Cameroun : Bravo Paul Biya !

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En l’espace de deux mois, le chef de l’etat du cameroun s’est illustré par deux actes majeurs aux résonnances internationales.

il y a eu le coup d’etat en centrafrique d’une part, et les otages français enlevés en territoire camerounais d’autre part. Dans chacun des cas, paul Biya avait adopté une posture très critiquable au départ. mais la suite des évènements ne lui confère pas de tort. pour les troubles menaçant le régime légitime de françois Bozizé. paul Biya déclina l’invitation à lui adressée par Sassou nguesso en sa qualité de président en exercice de la cemac, à se rendre à Libreville le 11 janvier, afin de contribuer (officiellement) à trouver une solution qui empêcherait les éléments de la Séléka déjà positionnés aux portes de la capitale du pays, à s’emparer du pouvoir par la force.

Dans nos positions éditoriales à Mutations, nous n’avions pas dressé des couronnes de lauriers au chef de l’etat pour n’avoir pas effectué le déplacement de Libreville afin d’y faire entendre la voix du cameroun. Savait-il que les marrons étaient déjà cuits contre françois Bozizé, que cette rencontre de Libreville n’était qu’une formalité qu’il ne tenait pas à cautionner de sa présence ? c’est probable.

Les chefs d’etat présents à cette rencontre avaient placé Bozizé dans une pièce attenante à celle de la réunion, alors que le chef de la Séléka, michel Djotodia, était lui autorisé à débattre avec eux ! obiang nguema de Guinée equatoriale n’acceptant pas cette scène, claqua la porte. il rejoignit Bozizé esseulé. en lui appliquant une accolade de réconfort, eut à son endroit ces mots : «Je ne voudrais pas continuer de prendre part à ce complot qui se monte contre toi. Sois courageux. Je rentre à Malabo. Si tu as besoin de moi, n’hésite pas…».

Bozizé renversé le 24 mars, il s’est rendu à Yaoundé. contrairement à ses habitudes, paul Biya l’a accueilli ; il l’a rassuré de se sentir chez lui ; que sa sécurité était assurée. par cette attitude, le chef de l’etat voudrait rappeler à ses pairs que ce énième coup d’etat en Rca n’était pas nécessaire ; qu’il n’avait rien de convainquant. La suite des événements à travers ce qui apparait comme un etat néant à Bangui, donne raison à Biya. en mars dernier, 7 français en villégiature au parc de Waza dans l’extrême-nord du pays, sont enlevés à Dabanga et emmenés en territoire nigérian. ce drame mobilise tous les dirigeants français. Qu’ils soient en france ou en déplacement, les plus hauts responsables de ce pays se prononcent sur cet acte crapuleux.

Laurent fabius, le ministre des Affaires étrangères, se rend en urgence à Yaoundé et à Abuja pour s’enquérir de la situation. Le 16 mars, avant de quitter Yaoundé, le chef de la diplomatie française accorde un entretien à mutations. Le visage ferme, il contrôle tous ses mots pour éviter de prononcer le nom de paul Biya que l’hexagone politique estime «infréquentable». Là également, dans nos positions éditoriales, nous comprenions mal que la france et le nigéria occupent à eux seuls le terrain de la communication sur ce dossier des otages, pourtant enlevés du territoire camerounais. il y avait là, selon nous, un déficit de diplomatie et de communication de crise de la part de nos autorités.

En Rca, ceux qui ont organisé le renversement de Bozizé n’ont pas prévu que le chaos s’installerait. ils n’ont pas prévu aussi que le retour à la paix, chaque fois que les institutions de l’etat sont remises en cause, ce retour à la sérénité sociale, économique et institutionnelle a un coût que personne ne semble à l’heure actuelle vouloir payer. nous ne sommes pas gênés de reconnaitre que sur ce dossier centrafricain, c’est la posture de paul Biya qui a été la meilleure.

Il en est de même du dossier des otages. ce n’est plus un secret, paul Biya s’est personnellement investi pour la libération des otages français. Quand il n’a pas pu s’impliquer à certains moments, il a instruit son secrétaire général de la présidence de République de mener des actions sous son contrôle. certaines hautes autorités françaises avec lesquelles nous avons échangé avant de commencer la rédaction de cet éditorial, n’ont pas eu d’ombrage dans leurs propos : «A l’Elysées et au Quai d’Orsay, nous sommes très reconnaissants de ce que le président camerounais a fait pour la libération de nos compatriotes», dit-on en choeur là-bas.

Incontestablement, ramener les otages d’abord en territoire camerounais et non nigérian ou français, cela est une grande victoire pour paul Biya. il faut la saluer comme telle. c’est l’occasion ici de s’interroger encore sur l’option camerounaise de la «diplomatie de présence et de discrétion». c’est vrai que dans une opération aussi délicate comme celle engageant des vies humaines, nul n’a besoin d’exhibition ni de tintamarre. on a besoin plutôt régulièrement d’une communication ponctuelle, régulière et précise, surtout en temps de crise, comme pendant cette période que le cameroun venait de traverser. Le mutisme total ne construit pas une image. il atténue même les actions d’éclat qu’on gagnerait à faire connaître.

© Mutations : XAVIER MESSÈ

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