Cameroun - Bénoué: Qui cèdera la place à Aminatou Ahidjo au gouvernement?

Les membres du gouvernement originaires de la Bénoué croisent les doigts.

aminatou-ahidjo-023-ns-600.jpgAminatou Ahidjo et les cadres du RDPC, Garoua, 16/09/2013 Photo: © Campagne Aminatou

Pour de nombreux analystes politiques, la messe est désormais dite. Aminatou Ahidjo entrera dans le prochain gouvernement de Paul Biya. Et cela, quels que soient les résultats obtenus par sa nouvelle formation politique, le Rdpc, aux élections législatives et municipales dans la Bénoué et principalement dans la ville de Garoua. La parade est en tout cas toute trouvée pour justifier les incertitudes de l'impact de sa venue sur les résultats du 30 septembre.

«Si l'Undp prend le dessus sur le Rdpc, il s'agira de reconnaître que tous les autres n'ont pas le gabarit nécessaire et qu'il faille lui donner les moyens politiques et financiers pour réimplanter le Rdpc et renverser la vapeur. A contrario, si le Rdpc conserve sa position de coude à coude avec l'Undp dans les trois communes d'arrondissement de Garoua et dans la circonscription de Bénoué-Ouest, il sera toujours loisible de lui tresser des lauriers. Quant à l'hypothèse peu évidente d'une nette victoire du parti au pouvoir, inutile de conclure que tout sera mis à son actif», explique une source introduite.

Le ramdam médiatique que son équipe d'experts orchestre et qui débute ce 16 septembre 2013 à Garoua à la faveur du lancement de la campagne du parti au pouvoir dans la région du Nord, vise à l'imposer comme la plaque tournante du parti dans la Bénoué. La hiérarchie du Rdpc, instruite par le chef de l'Etat, participe à cette manœuvre d'élévation pour préparer subtilement les esprits. D'où la venue à Garoua du Secrétaire général du Rdpc, Jean Nkuété. «Aminatou Ahidjo a bouleversé notre agenda. Jusqu'à ce qu'elle se rallie officiellement au parti, il n'était pas question que le Sg lance la campagne dans le Nord. Mais voilà, les instructions sont les instructions», confirme un proche de Jean Nkuété.

L'entrée dans le futur gouvernement de la benjamine de l'ex-Président, nouvelle égérie du Chef de l'Etat, devrait parachever la stratégie présidentielle. En l'associant étroitement la marche du pays, il montrera que non seulement il rassemble au-delà de vaines querelles, mais qu'il a toujours été dans de bonnes dispositions à l'égard de la famille de son prédécesseur. Et qu'in fine, si sa dépouille n'est toujours pas rapatriée au Cameroun, c'est uniquement en raison des positions rigides de Germaine Ahidjo. «Mme Ahidjo est actuellement perturbée, sérieusement même. Elle refuse officiellement de s'exprimer sur le ralliement de sa fille, mais reconnaît que le Président a réalisé un grand coup politique et craint qu'il ne lui ait coupé l'herbe sous le pied. Elle a expliqué qu'il lui sera difficile de le critiquer, de dénoncer la gestion du pays si sa fille fait partie du gouvernement. Ce qu'elle craint aussi par-dessus tout, c'est que sa fille, une fois enrôlée dans le gouvernement, ne fasse partie de la délégation présidentielle lors des voyages du Chef de l'Etat à l'étranger et qu'on l'exhibe à tout bout de champ comme un trophée», témoigne un proche de la famille qui s'est longuement entretenu avec l'ex-Première Dame.

STRAPONTIN

Aminatou Ahidjo dans le futur gouvernement? Qui lui cédera la place? Bien qu'elle ait des prétentions à jouer un rôle national au nom de la réconciliation, force est de constater que son parti, petit à petit, et pour des raisons d'efficacité politique, va la confiner à la Bénoué où elle est un atout précieux pour rogner l'électorat de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) dont scander le nom de son défunt père est l'unique programme politique. Or ce département est déjà surreprésenté dans le gouvernement: Mme Youssouf Hadidja, Ministre de l’Éducation nationale; Bello Bouba Maïgari, Ministre d'Etat, Ministre du Tourisme et des loisirs; Issa Tchiroma Bakary, Ministre de la Communication et Alim Hayatou, Secrétaire d'Etat à la Santé publique.

De ce beau monde, sauf coup de théâtre politique, le Ministre d'Etat Bello Bouba Maïgari peut dormir sur ses deux oreillers. L'Undp, sa formation politique, est toujours officiellement liée au parti au pouvoir par une plate-forme de gouvernement signée en 1997, laquelle n'est pas tributaire des résultats des élections locales. Alim Garga Hayatou, Secrétaire d'Etat à la Santé publique, lamido de Garoua et non moins président de l'Association nationale des chefs traditionnels du Cameroun, est également loin d'être inquiété. Au gouvernement depuis 1996, les observateurs politiques voient mal la fille d'Ahidjo remplacer numériquement le lamido de Garoua. Cela créerait en tout cas un effet boomerang préjudiciable au parti au pouvoir. A contrario, Issa Tchiroma, qui n'a pas vu d'un bon œil le ralliement de la fille de l'ex-Président, a de quoi être sérieusement troublé.

Recruté au gouvernement en 2007 pour contenir et harceler l'ex-Ministre d'Etat Marafa Hamidou Yaya déjà dans le collimateur de Paul Biya, il avait aussi pour mission de travailler à l'affaiblissement de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès dans le Nord, lui-même étant issu de cette formation politique. Marafa Hamidou Yaya est aujourd'hui en prison. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il a joué parfaitement sa partition. L'Undp est-elle affaiblie malgré les dizaines de millions investies sur le terrain ? Rien n'est moins sûr. De toute évidence, avec la présence dans ses rangs de la fille d'Ahidjo, le Rdpc n'a plus besoin de supplétif pour harceler son principal adversaire dans la région du Nord et peut donc aisément se pisser du «pion Tchiroma». Son parcours pourrait donc s'arrêter net au gouvernement, d'autant plus que l'échec de son parti aux élections législatives du 30 septembre qui se dessine pourrait être agité pour justifier son départ après six années de bons et loyaux services.

Cependant, de tous, le membre du gouvernement dont on ne vend pas chère la peau est l'actuelle Ministre de l'Education de base, Mme Youssouf Hadidja Alim. Son départ, pour beaucoup, aurait été acté par le Président. Lequel avait déjà, bien avant le ralliement de la fille de son prédécesseur, exploré dans le cadre de sa politique de réconciliation la piste de son remplacement par l'épouse de Mohamadou Ahidjo, actuelle Maire de Garoua II. Fille de Moussa Yaya et épouse du fils de son prédécesseur, Paul Biya espérait ainsi semer la zizanie à l'Undp tout en faisant preuve de bonnes dispositions à l'égard de la famille Ahidjo...

De plus, Mme Youssouf Hadidja Alim, proposée au Chef de l'Etat par l'ex-Minatd Marafa Hamidou Yaya et membre de la famille de l'ex-Directeur général de la Sodecoton, n'est pas un maillon indispensable de la vie politique dans la Bénoué et la preuve est administrée chaque jour par le comité central du Rdpc. Elle n'a, par exemple, pas été informée de ce que c'est Jean Nkuété en personne qui allait présider le meeting de lancement de la campagne dans le Nord, le 16 septembre 2013. Est-ce un mauvais présage? Ou alors Aminatou Ahidjo capte-t-elle déjà, toute seule, la lumière?

© GUIBAI GATAMA | L'Oeil du Sahel

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