Cameroun - Au Tribunal - Haman Adama: La délivrance au bout de 47 mois de détention

Haman Adama retrouve les siens au terme d’un véritable chemin de croix judiciaire tant devant le Tgi du Mfoundi que le Tcs.

haman-adama-013-thn-475.jpg

C'est au terme d'un véritable chemin de croix judiciaire que Haman Adama a définitivement recouvré, ce jeudi 19 septembre 2013, sa liberté. La fin d'un calvaire qui a commencé le 06 janvier 2010 avec l'interpellation de celle qui est déjà à l'époque des faits ancien Ministre de l’Éducation de base. Elle est aussitôt déférée au Parquet d'instance de Yaoundé centre administratif dès le lendemain 07 janvier et présentée au juge d'instruction qui l'inculpe de détournement de deniers publics. L'ex-Minedub qui ne réalise pas encore ce qui lui arrive lorsque l'information judiciaire s'ouvre contre elle est écrouée le même soir à la prison centrale de Kondengui dans le cadre d'un mandat de détention provisoire de 06 mois renouvelable deux fois. S'en suit alors une longue traversée du désert judiciaire de plus de 12 mois pendant lesquels l'information judiciaire semble dans l'impasse.

Elle piétine. L'on évoque même la remise en liberté de l'accusée. C'est à ce moment que le magistrat instructeur décide de donner un coup d'accélérateur à sa procédure. Il clôt son instruction le 04 juillet 2011 au pas de charge et rend son ordonnance de non-lieu partiel et de renvoi devant le Tgi du Mfoundi. Une ordonnance aussitôt attaquée par le Ministère public qui saisit la Chambre de contrôle de l'instruction de la Cour d'appel du Centre. Pourvoi est ensuite formé contre l'Arrêt de renvoi rendu par ladite Cour. La Chambre spécialisée de la Cour suprême, saisie d'une demande de révision à la hausse des sommes détournées rendra son arrêt le 10 janvier 2013. Haman Adama saisit la balle au bond et s'empresse de rembourser les 212, 5 millions FCFA mis à sa charge.

Cette restitution est effective le 15 février 2013. Renvoyée malgré tout devant le Tribunal criminel pour répondre de ces détournements cumulés, Haman Adama se présente devant la barre de ladite juridiction le 13 juin 2013, date d'ouverture de son procès. Le Ministère public l'accuse de malversations, notamment dans la gestion des fonds alloués aux projets et autres programmes financés sur ressources pays pauvres très endettés (Ppte). L'ex-Minedub doit également s'expliquer sur la passation des marchés publics liés au paquet minimum au cours des exercices 2005 et 2006, marchés qui auraient été conclus en violation du code des marchés publics. L'ex-Ministre qui pense qu'elle est enfin au bout de ses peines devant le Tcs, est loin de se douter qu'elle vient d'amorcer là une autre bataille dans la lutte acharnée qu'elle mène pour recouvrer sa liberté. La restitution du corps du délit dont se prévalent ses avocats pour exiger l'arrêt des poursuites est l'objet des débats houleux entre la défense et l'accusation.

Le Ministère public s'accroche comme à une bouée de sauvetage aux dispositions de l'article 18 de la loi créant le Tcs qui stipule que le Procureur général peut, sur autorisation du garde des Sceaux, ordonne l'arrêt des poursuites. Il exige par conséquent du Tribunal qu'il ouvre les débats pendant que la demande d'arrêt des poursuites est en cours d'examen à la Chancellerie. Le Président Yap Abdou refuse d'entériner cette imposture et exige plutôt du Procureur qu'il statue avant tout débat au fond sur les demandes d'arrêt des poursuites à lui adressée. De promesses non tenues en renvois imposes par le Tribunal, trois mois s'écoulent.

Jusqu'au dénouement heureux de ce jeudi 19 septembre 2013, à la faveur du décret d'application du 4 septembre dernier par lequel le Chef de l'Etat fixe les modalités d'application du corps du délit. Le moins qu'on puisse dire c'est que les 47 mois de détention préventive à la prison centrale de Kondengui n'ont en rien émousse la ferveur militante de l'ancienne commissaire aux comptes du Rdpc qui a surpris plus d'un en déclarant aussitôt sa libération prononcée: «dès que je recouvre ma liberté, je vais tout de suite rejoindre la caravane de campagne du Rdpc, le parti de mon cœur».

© EVARISTE MENOUNGA | Mutations

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau