Cameroun : Atangana Mebara met au défi le Ministère public

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L'ex-Sgpr a exigé du Procureur général d'apporter la moindre preuve attestant du paiement en trop à Ansett des 1,4 milliard Fcfa détournés.

«Il n’ya pas eu de paiement en trop, si l’on s’en tient à la note du 24 juin 2003 qui fixe le montant de la dette de la Camair vis-à-vis de Ansett à 12 millions de dollars, loyers et maintenance inclus», a martelé l’ex-Sgpr alors qu’il parachevait son contre interrogatoire devant la barre du Tribunal criminel spécial(Tcs). Apostrophant le représentant du Ministère public et le mettant au défi d’apporter la moindre preuve ou un témoignage étayant ses accusations, l’accusé prend le collège des trois hauts magistrats à témoin: l’accusation n’a jusqu’ici apporté aucun élément pouvant prouver que le prétendu surplus est retourné dans un quelconque compte appartenant à Atangana Mebara, pas plus qu’un témoignage n’a été présenté devant ce tribunal. «Nous avons par contre, poursuit-il, présenté des pièces prouvant que le montant présenté par les autorités de la Camair était de 15 millions de dollars».

Aucun élément, réitère-t-il, aucun témoignage n’a été présenté devant ce tribunal attestant du paiement en trop à Ansett. Répondant à une préoccupation de son conseil Me Assira à l’occasion de la reexamination, notamment au sujet d’un ordre de payer donné à Adolphe Moudiki, l’ex-Sgpr est formel : «je n’ai donné aucun ordre, j’ai transmis les instructions du chef de l’Etat à l’Adg de la Snh pour le paiement de 04 milliards Fcfa, en règlement partiel de la créance due à Ansett. Par la suite, Ansett nous avait informé à travers la Camair et le ministre des Transports que les 12 millions de dollars de dette avaient été bel et bien reçus. Me Assira a ensuite écrit à Ansett au sujet du paiement de cette créance et confirmation a été donnée par Ansett dans une correspondance datée du 9 septembre 2009».

Le Gouvernement, rappelle-t-il, avait promis de payer le 18 avril 2003 la moitié de la dette due par la Camair à Ansett, engagement non tenu par le ministre des Transports John Begheni Ndeh. D’où la lettre de mise en demeure du loueur d’avions du 02 mai 2003 par laquelle Ansett exigeait le paiement de 5,4 millions de dollars, sous peine de repossession de ses aéronefs. Faillite financière Rejetant sa responsabilité sur les contrats de location d’avions signés entre la Camair et ansett à des coûts prohibitifs, Atangana Mebara déclare que lesdites conventions ont été signées entre 1998 et 2000 à l’époque où il était ministre de l’Enseignement supérieur(Minesup). «Par conséquent, je n’ai pas participé à leur négociation. Je ne pouvais donc pas influencer leur signature en qualité de Minesup». Le Gouvernement camerounais avait par ailleurs, révèle-t-il, signé des garanties de sorte qu’en cas de défaillance de la Camair, l’État s’engageait à se substituer à elle.

Au sujet de la possibilité d’une rupture unilatérale des contrats de location d’aéronefs par le Cameroun, l’accusé est catégorique : le Cameroun, explique-t-il, ne pouvait pas prendre le risque de rompre ces conventions, sous peine de paiement d’une lourde indemnité s’élevant jusqu’à 22 millions de dollars. Face à ce gros risque, le Cameroun a préféré payer les 12 millions de dollars d’arriérés de loyers, quitte à engager par la suite le processus de renégociation desdits contrats.

Sur l’offre de Apm Londres de mettre la Camair en situation de faillite financière, l’ex-Sgpr estime que une telle décision aurait créé un problème plus grave au sein de la société. D’autant plus qu’à l’époque des faits en juin 2003, rappelle-t-il, la Camair n’était plus associée à l’international des compagnies aériennes. Sa crédibilité ayant été écornée, la société payait tout en cash, y compris le kérosène. Une mise en faillite aurait tout précipité. En tout état de cause, conclut-il, le rapport de Apm demandant la mise en faillite de la Camair ne liait en aucun cas le Cameroun.

A la question de savoir s’il a, par quelque moyen que ce soit, obtenu ou retenu frauduleusement 4 milliards Fcfa, 3,3 milliards ou 1,4 milliard, Atangana Mebara fait valoir qu’il ya déjà eu un non lieu prononcé par le juge d’instruction sur le détournement de 4 et 3,3 milliards Fcfa. «Je n’ai jamais, clame-t-il, obtenu ou retenu frauduleusement les 1,4 milliard Fcfa, et je le dis sur la foi de mon serment. D’ailleurs, relève-t-il, depuis le début de ce procès, personne n’a apporté la preuve que j’ai obtenu ce montant en trop ; et quand bien même on aurait payé en trop, estce là une infraction ? De plus, même les commissions rogatoires n’ont pas pu établir que Mebara a un compte à l’étranger. Où sont donc allés les 1,4 milliard Fcfa ? Qu’on apporte la preuve que j’ai obtenu ou retenu frauduleusement ladite somme, de quelque manière que ce soit, en fait et en droit».

© Mutations : EVARISTE MENOUNGA

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