CAMEROUN - ALTERNANCE : PAUL BIYA MYSTÉRIEUX SUR SON AVENIR

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En visite à Paris, le Chef de l’Etat a fait des déclarations contradictoires sur ses intentions à la tête du Cameroun.

Analyse. Paul Biya est-il parti pour un long bail encore à la tête du Cameroun ? La réponse à cette question n’est pas aisée, au regard de ses déclarations lors de sa visite à Paris.

A la journaliste française qui lui demandait « Est-ce que vous n’êtes pas un peu fatigué ? », il a répondu ironique « Ai-je l’air si fatigué ? », avant d’ajouter dans la foulée «… Evidemment, personne n’est éternel », tout en précisant qu’il entendait conduire son mandat à son terme.

La tentation du pouvoir éternel

Ce message, a priori, se veut sans équivoque à l’endroit de ses contempteurs à qui il semble dire « Ce n’est pas demain la veille que vous me verrez quitter le pouvoir. Je suis en forme, je m’y sens bien et je ne partirai pas ». Cette posture rejoint en tout cas celle de certains boutefeux de son camp qui, de Jacques Fame Ndongo à Jean Pierre Biyiti Bi Essam en passant par Françoise Foning, Issa Tchiroma Bakary ou encore Charles Atangana Manda et Charlemagne Messanga Nyamding, n’ont jamais envisagé qu’il quitte le pouvoir un de ces jours. Allant plus avant, ils n’excluent pas que Paul Biya puisse se représenter à la présidentielle de 2018. Ils expliquent que Robert Mugabe, plus de 80 ans, Paul Biya n’aura 80 ans que le 13 février prochain, l’increvable président zimbabwéen, tient encore fermement le gouvernail de son pays, qui plus est dans un contexte hostile. Les mêmes rappellent souvent que la Reine d’Angleterre est au pouvoir depuis 1953, peu importe pour eux qu’elle ne détienne pas la réalité du pouvoir. Le cas Fidel Castro, longtemps évoqué, ne l’est plus depuis que le Lider Maximo a passé la main à son frère Raoul Castro.

Si Paul Biya ne s’est jamais exprimé de manière explicite sur ces thèses de ses lieutenants, en revanche, ses actes incitent à croire qu’il pourrait nourrir ce projet. Il y a d’abord la révision de la constitution en 2008. A l’évidence, Paul Biya, qui devait s’en tenir aux prescriptions de la constitution du 18 janvier 1996 qui lui interdisait de solliciter un nouveau mandat, a passé outre et s’est représenté.

Ce qui lui a permis de rempiler à la tête de l’Etat en 2011, au grand dam de ses opposants et de nombre de Camerounais qui le voyaient bien prendre sa retraite politique. Ensuite, il ya cette vacuité chronique sur son potentiel successeur, non pas dans l’opposition mais dans son propre camp, tant beaucoup pensent que la dévolution de son pouvoir, au regard du fonctionnement actuel de son régime, pourrait s’opérer en faveur d’un de ses proches.

Enfin, il y a l’Opération Epervier. Elle apparait aux yeux de beaucoup, malgré les dénégations de Paul Biya, comme une opération politique visant à trancher la tête à tous ceux qui ambitionnent de lui succéder.

Ahidjo pour exemple ?

Pour certain, le modus operandi de Paul Biya épouse fidèlement la logique de ce qu’il avait indiqué en Juin 2004, lorsqu’il avait été donné pour mort à Genève en Suisse. De retour à Yaoundé, il avait affirmé avoir encore une longue vie devant lui, laquelle semble bien liée à son pouvoir. La preuve fut la présidentielle de 2011. Mais Paul Biya a aussi laissé entendre à Paris qu’il n’est pas éternel. Cette déclaration suggère qu’il réitère d’abord la finitude de l’homme.

Logiquement, il ne peut en être autrement. Quid de la politique alors ? Nul ne sait. Cependant, le chef de l’Etat peut aussi penser sérieusement à quitter le pouvoir. Ou inéluctablement à la fin qui arrivera fatalement. Après 30 ans à la tête du Cameroun, ne mérite t-il pas de se retirer des affaires ? Sans doute qu’il y songe, il ne peut pas en être autrement. Lui, qui a fait ses humanités, connait cet adage latin qui dit « in cauda venenum », le venin est à la queue.

En d’autres termes, que le plus important c’est la fin. Celle-ci doit s’opérer de sorte qu’on en retienne la grandeur et qu’on manifeste du respect à celui qui arrive au terme de sa mission. En la matière, Paul Biya a un exemple qui pourrait bien lui servir. En 1980, lors du congrès de la maturité de l’Union nationale Cameroun (Unc), à Bafoussam, Ahmadou Ahidjo avait indiqué qu’il n’était pas éternel. Deux ans plus tard, en 1982, il passait le témoin à Paul Biya. L’histoire l’a retenu. Peu importe le différend qui allait opposer les deux hommes plus tard.

© camerounactu.net : Guy Zogo

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