Cameroun - Aide au développement: La France dément « la mise à l’écart » du Cameroun

Le pays de Paul Biya ne fait plus partie de la liste des « pays prioritaires » de l’Hexagone en matière de subventions car il est considéré aujourd’hui comme pays à revenus intermédiaires.

Les autres formes de coopération entre les deux pays continuent. Le pays de Paul Biya ne fait plus partie de la liste des « pays prioritaires » de l’Hexagone en matière de subventions car il est considéré aujourd’hui comme pays à revenus intermédiaires. Les autres formes de coopération entre les deux pays continuent. La nouvelle, relayée par certains confrères, a quelque peu fait paniquer les Camerounais lorsque la France a annoncé, le 31 juillet 2013, ses nouvelles priorités en matière de développement. Ces priorités ont été définies par le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement, que présidait Jean-Marc Ayrault.

Les enjeux de cette décision sont de rendre plus efficace, cohérente, lisible et transparente la politique de développement et de solidarité internationale. Ainsi, 16 pays africains sont considérés « prioritaires » dans cette nouvelle politique hexagonale. Le Cameroun, autrefois membre de ce club, n’en fait plus partie. Mais, cela ne veut pas dire que le pays est « écarté de l’aide au développement » octroyée par la France. Et pour cause : le Cameroun n’est plus considéré comme « pays pauvre ». Selon les explications de la représentation à Yaoundé de l’Agence française de développement (Afd), approchée par Le Messager, le Cameroun ne fait plus partie des pays prioritaires en ce qui concerne le volet subventions car son statut est parti de celui de « pays pauvre » à celui de « pays à revenu intermédiaire ».

En fait, explique-t-on, si la classification se faisait sur la base des couleurs rouge, orange et vert, on pourrait dire que le Cameroun est passé de l’orange au vert. « Donc, la France estime que le Cameroun n’a plus besoin de ces subventions », indique une source proche de la direction générale de l’Afd. Selon la définition en 1995 du Groupe de la Banque mondiale, un pays à revenu intermédiaire désigne celui dont le produit national brut (Pnb) annuel par habitant est supérieur à 765 dollars Us mais inférieur à 9 386 dollars Us. Ce type de pays a un niveau de vie plus élevé que les pays à faible revenu ; leurs habitants ont accès à plus de biens et services, mais beaucoup d’entre eux ne peuvent pas toujours subvenir à leurs besoins essentiels. C’est donc le cas du Cameroun qui ne bénéficiera plus des subventions françaises.

Les subventions dont on parle ici étaient accordées en fonction des besoins, des projets, et même des circonstances dans divers domaines. Il n’est donc pas question, expliquent les Français, de s’étonner de cette décision prise par leur gouvernement. Ce d’autant plus que toutes les autres formes de coopération entre leur pays et le Cameroun vont continuer. « Les mêmes projets continuent et nous sommes d’ailleurs en train d’instruire le 3e C2D [Contrat de désendettement et de développement, Ndlr]. Il n’y a donc à pas dire que le Cameroun est écarté de l’aide au développement », rassure notre source.

La France est le premier partenaire du Cameroun en matière d’aide au développement, à travers notamment des instruments comme le C2D. Pour la période 2006-2011, le premier C2D s’élevait à un peu plus de 352 milliards Fcfa. Le C2D de deuxième génération, qui court jusqu’en 2016, est bien moindre, soit 213,8 milliards Fcfa. Pour conclure, notre source au sein de l’Afd soutient qu’il s’agit là de quelque chose de bien pour le Cameroun, dans la mesure où il est classé au-dessus des pays comme le Sénégal ou le Ghana, généralement considérés au sein de l’opinion publique comme des pays mieux « nantis ». Pour rappel, l’Hexagone a décidé de redéfinir les priorités et mettre en relation les politiques publiques et le développement sous trois principaux axes.

Les priorités géographiques sont redéfinies et les aides concentrées en direction des pauvres prioritaires. Ainsi, 85% de l’effort financier seront dirigés par les 16 pays africains concernés, ainsi que les pays voisins du sud et de l’est de la Méditerranée. Deuxièmement, les politiques publiques sont mises en synergie avec le développement. Ici, en matière de développement durable, 50% des projets financés par l’Afd devront inclure la question de climat dans leur programme. Enfin, sur les questions de genres, 50% des projets et programmes de l’Afd devront concourir à l’égalité entre les hommes et les femmes.

Focal: Chiffres clés de l’aide française au développement

- 3,1 milliards d’euros : c’est le montant du budget de l’aide en 2013

- 9,4 milliards d’euros : c’est le montant global des dépenses qui concourent à l’aide française (budget, prêts, annulation de dette, secteur humanitaire, accueil des étudiants, etc.)

- 10% de l’aide mondiale : la France est la 4e contributrice de l’aide mondiale

- La France est la 2e contributrice au Fonds mondial contre le Sida, le paludisme et la tuberculose.

© Alain NOAH AWANA | Le Messager

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