Cameroun - Affaire Michel Thierry Atangana : la plainte contre le gouvernement camerounais à Paris vouée à l’échec ?

Des indiscrétions indiquent que le dossier manque d’arguments probants. La responsabilité de Laurent Esso, Mebe Ngo’o et Amadou Ali n’est, à l’observation, pas véritablement établie. Libéré en début mars, après 17 ans de détention, suite à un décret du président de la République, le Franco-camerounais désormais installé à Paris en France, a saisi il y a quelques jours les tribunaux français.

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Il accuse des personnalités camerounaises de détention jugée abusive. Même si aucun nom n’est mentionné dans ladite plainte, dans l’entourage du Français d’origine camerounaise, l’on indique qu’il s’agirait d’Amadou Ali, d’Edgar Alain Mebe Ngo’o et de Laurent Esso. Cette plainte, apprend-on, s’inspire des recommandations du groupe de travail de l’Organisation des Nations-Unies qui, dans sa déclaration du 12 août 2013 adressée au gouvernement du Cameroun indiquait : «Il était question que Michel Thierry Atangana soit libéré immédiatement, qu’il soit indemnisé par le gouvernement camerounais et que les auteurs de cette détention abusive soient poursuivis. » Dans les milieux proches de la justice au Cameroun, l’on trouve cette initiative devant les juridictions françaises risible car, elle est bien loin de prospérer.

Jeu de dés.

Ceux qui pensent que la plainte déposée à Paris fera choux blanc s’appuient sur le rôle joué par chacune des personnes incriminées au moment des faits. Car, faut-il le rappeler, lorsque Michel Thierry Atangana est arrêté en 1997, Laurent Esso est alors ministre de la Justice, Garde des sceaux (Minjustice). Magistrat de formation lui-même, il est réputé discret et réservé. Ses collaborateurs l’ont toujours présenté comme quelqu’un qui ne se sert jamais de sa stature pour influencer le travail des autres. « Dans l’Affaire Michel Thierry Atangana, il n’a jamais été prouvé qu’il y est pour quelque chose, ni dans son arrestation, ni dans la décision des juges. D’ailleurs, il (Laurent Esso, ndlr) a été muté alors que l’autre affaire était encore en cours », soutient un des anciens secrétaires du Minjustice. S’agissant d’Edgar Alain Mebe Ngo’o, il était préfet du Mfoundi. Selon des informations parvenues à La Météo, l’ancien préfet de l’Océan ne s’était limité qu’à son rôle, en signant une détention administrative contre Michel Thierry Atangana que la police présentait comme un bandit de grand chemin, conformément au pouvoir que lui confère la loi.

Une décision qui s’était faite sans exaction, apprend-on. Quant à Amadou Ali, son rôle trouble dans cette affaire n’a jamais été démontré. L’on s’étonne du fait que, non seulement les reproches qu’on colle aux personnalités citées plus haut n’ont jamais été faits en audience publique pendant le procès, mais aussi, leur responsabilité ne ressort nulle part dans la déclaration du Conseil des droits de l’homme de l’Onu. Un avocat au barreau du Cameroun ayant requis l’anonymat relève que, dans cette communication il est écrit : « Les conditions de détention de M. Atangana, qui est confiné, depuis le premier jour, dans une cave du secrétariat d’Etat à la Défense, en isolement total, sans accès aux soins de santé et sans communication avec le monde extérieur et en particulier avec sa famille… Les autorités gouvernementales reprochent à M. Atangana d’avoir soutenu un opposant au gouvernement. »

Accusations.

Plus loin, l’on peut lire : « Le 04 octobre 2012, M. Atangana a été à nouveau condamné pour les mêmes faits à une peine de 20 ans d’emprisonnement… M. Atangana est un prisonnier politique… M. Atangana a été jugé et condamné pour avoir exercé son droit à la liberté d’opinion et d’expression et son droit de participer au gouvernement de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis. » Pour l’homme en robe en noir : « Il ne s’agit là que de pures inepties que les défendeurs de la partie camerounaise n’auront aucun mal à démonter. Qu’est-ce qui est reproché à Laurent Esso ou Mebe Ngo’o ? Il est tout à fait malhonnête de dire aujourd’hui que M. Atangana ne bénéficiait pas de la visite de ses proches. Il lui a été aménagé tout un balcon pour son temps d’ensoleillement. Et sur ce balcon, des membres du clergé venaient lui dire la messe tous les jours entre 9h et 11h. Le reste de la journée, il recevait des visites». Il poursuit : «Personne n’a jamais accusé M. Atangana pour ses idées politiques. Cela n’existe nulle part, ni dans les actes d’accusations contre lui, ni dans les procès verbaux d’audition. M. Atangana lui-même l’a souvent reconnu, il ne se considère pas comme un prisonnier politique. Les minutes des audiences lors du procès sont là. Ses différentes déclarations et sorties médiatiques font également foi.» Dans la même lancée, un magistrat du siège à Yaoundé s’interroge : « L’on raconte ici et là que M. Atangana a été jugé et condamné deux fois pour les mêmes faits.

Un détournement des fonds de la Stabex et le détournement de la taxe sur les produits pétroliers constituent-ils un même fait ? Détourner 300 millions chez un tel et détourner 1,13 milliards Fcfa chez un tel autre sont-ils une seule et même affaire ? Fallait-il bâcler les enquêtes de l’une afin de juger les deux en même temps ? » Dans tous les cas, l’on attend toujours l’issue qui sera donnée à cette plainte car, en France, l’on trouve cette histoire délicate pour le parquet de Paris qui n'a encore jamais eu à traiter ce genre d’affaire.

© Source : La Météo

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