Cameroun - Affaire Michel Thierry Atangana: la fermeté molle des autorités françaises

Ces dernières années, la France est souvent intervenue en faveur de ses ressortissants détenus à l’étranger, tant en ce qui concerne les otages de groupes armés que les personnes emprisonnées dans un cadre judiciaire.

Atangana

L’ancien président Nicolas Sarkozy, après avoir obtenu la libération des infirmières bulgares en Libye, avait promis de faire rapatrier les six membres de l’Arche de Zoé condamnés aux travaux forcés au Tchad. Ce qui fut fait alors même que ces personnes finalement graciées par le président Deby n’étaient pas exemptes de reproches dans leur stupéfiante opération d’exfiltration vers l’Europe d’une centaine de faux orphelins tchadiens.

L’affaire Florence Cassez en est une autre illustration : malgré les charges gravissimes d’enlèvement, séquestration et délinquance en bande organisée qui lui valurent une condamnation à 60 ans de prison, la jeune femme détenue pendant 7 ans fut libérée en janvier 2013 par la justice mexicaine grâce à l’action volontariste et ferme de Nicolas Sarkozy poursuivie il faut le dire par François Hollande.

En Libye, au Niger, au Tchad, au Mali, la diplomatie française appliquant les consignes élyséennes fait merveille lorsqu’il s’agit de protéger ou soustraire des ressortissants français de l’arbitraire politico-judiciaire. Force est de constater qu’il en est tout autrement en ce qui concerne le cas de Michel Atangana, expert financier français aujourd’hui âgé de 48 ans et embastillé illégalement depuis près de 17 ans dans les geôles du régime camerounais de Paul Biya. La chute de Michel Atangana était utile au régime camerounais afin de faire condamner l’ex n°2 devenu opposant au régime.

Michel Atangana sera alors condamné à 15 ans de prison pour détournement de deniers publics en 1997 puis, à la fin de sa première peine, subira une deuxième condamnation à 20 ans de prison pour les mêmes faits et à l’issue d’une grotesque parodie de justice. Victime d’acharnement judiciaire, Michel Atangana croupit depuis toutes ces années dans une cellule de 7m² au sous-sol du Secrétariat d’Etat à la Défense dans l’indifférence quasi générale des autorités françaises et des grands médias parisiens. Ce prisonnier – cet otage ? - est pourtant français, faut-il le rappeler ? Il est père de 2 enfants français âgés de 22 et 18 ans, faut-il le préciser ?

« Français noir d’origine camerounaise » doit-on le souligner ? Assurément, car là réside peut-être la mollesse dont font preuve les autorités dans cette affaire. Certes, après avoir évoqué avec beaucoup de fermeté ce dossier auprès de Paul Biya lors de la venue de ce dernier à Paris en janvier de cette année, le président François Hollande a, dans une interview donnée au mois de mai, affirmé que la situation faite à Michel Atangana était « inadmissible ».

Parallèlement, quelques diplomates consciencieux se sont inquiétés de son sort. Mais six mois plus tard, le calvaire continue pour Michel Atangana. Six mois après la forte prise de position présidentielle, la très discrète ministre des Français de l’étranger n’a pas dit un mot sur le cas Atangana, ni daigné recevoir son comité de soutien en France. Que penser de cela ? S’agirait-il de consignes reçues par son ministère de tutelle – celui des Affaires Etrangères – ou ne faut-il y voir qu’une étrange et fort coupable incurie ?

Les intérêts et les amitiés priment-ils sur les valeurs et les principes ? Car pourquoi malgré les déclarations officielles et prises de position de François Hollande sur la défense des droits de l’homme au Mali ou en République centrafricaine, règne-t-il ce silence assourdissant, lancinant, mortel autour d’Atangana qui attend fébrile dans sa cellule du SED l’ultime décision de la Cour Suprême sur son pourvoi en cassation qui devrait intervenir en ce mardi 17 décembre ?

Si le pourvoir était rejeté comme le craignent sa famille et ses amis des comités de soutien au Cameroun et en France, Michel Atangana écoperait de 20 années supplémentaires dans ce cachot sordide. Ce serait le dénouement tragique d’un acharnement politico-judiciaire sans précédent. Un dénouement qui annoncerait la mort programmée d’un homme mais aussi celle d’une certaine idée de la France.

René Dassie

Journaliste camerounais Membre du Comité de Soutien à Michel Thierry ATANGANA

© René Dassie | Cameroun-info.net

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau