Cameroun - Affaire Lydienne Eyoum : Quand Mebara écrivait à Abah Abah

Faisant part d'une instruction de Paul Biya, l'ex-Sg/Pr demandait à l'ex-Minfi que les sommes saisies par l'avocate dans le compte de la Sgbc soient restituées à banque.

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D'après l'accusation, malgré les correspondances qui leur ont été adressées. Polycarpe Abah Abah et Me Lydienne Eyoum ont outrepassé les ordres du Chef de l'Etat. L'affaire remonte à 1994, pendant la liquidation de l'ex-Oncpb. Celle-ci débouche à une bataille judiciaire qui met aux prises la Sgbc où les fonds de la liquidation étaient logés et le Ministère des Finances. Le Minfi estime que la banque détient par devers elle 3,6 milliards de FCFA. Le 6 mai 1998, Me Lydienne Eyoum est constituée par le Ministère des Finances. Après une décision du Tgi du Wouri, l'avocate va mener une saisie attribution dans le compte de la Sgbc domicilié à la Beac. L'opération se passe avec succès. L'avocate adresse sa note d'honoraires au Ministre des Finances d'alors, Edouard Akame Mfoumou.

Elle réclame 450 millions de FCFA. Le 2 juin 1999, le Minfi lui verse 379 millions de FCFA «en règlement total de ses honoraires». Tel que l'a indiqué Edouard Akame Mfoumou. Après cette opération, un accord de règlement amiable est trouvé entre la Sgbc et le Minfi. Le 3 avril 2001, Akame Mfoumou écrit à la Beac pour demander une main levée de la saisie effectuée sur les avoirs de la Sgbc. Quelque temps après, Akame Mfoumou quitte du gouvernement. Il est remplacé par Michel Meva'a Meboutou. Alors que la Sgbc sait que cette affaire est réglée, le secrétaire général du Ministère des Finances, Henri Engoulou convoque une réunion où il demande au Dg de la Sgbc de payer 3. 6 milliards de FCFA à l'Etat. Au terme de cette réunion, Engoulou adresse une correspondance à Me Eyoum pour lui faire savoir qu' «aucune convention d'accord n'a été trouvée avec la Sgbc et la somme de 3,6 milliards de FCFA reste due». Lors de son audition, Michel Meva'a Meboutou avait relevé que «ces discussions se sont passées à son insu».

Procuration spéciale

Fort de la correspondance d'Henri Engoulou, le 15 juillet 2004, Me Eyoum informe la banque qu'elle procédera à une nouvelle saisie attribution de ses créances domiciliées à la Beac. La Sgbc proteste contre cette deuxième saisie. Elle trame le Minfi en justice. La banque est déboutée devant le juge de contentieux qui ordonne que la somme de 2, 2 milliards de FCFA soit restituée à l'Etat du Cameroun. A cette période-là, Meva'a Meboutou n'est plus au gouvernement. Son successeur s'appelle Polycarpe Abah Abah, Me Eyoum écrit au Ministre Abah pour qu'il lui délivre une procuration spéciale» afin qu'elle puisse procéder à cette Saisie. Ce à quoi Abah Abah cède. Me Eyoum se présente à la Beac munie de ce document et demande que les 2, 2 milliards de FCFA soit virés dans son compte.

La Beac s'oppose. Abah Abah accorde cette fois un «pouvoir spécial» à Me Eyoum. En exécution de ce «pouvoir spécial», 2.155.911.800 FCFA sont virés dans le compte personnel de Lydienne Eyoum ouvert à la Standard chartered Bank. Henri Engoulou écrit aussitôt à Yen Eyoum pour lui demander de virer la moitié de la somme saisie dans le compte du trésor public, «en attendant que nous nous mettions d'accord sur vos honoraires», écrit le Sg d’alors du Ministère des Finances. Me Eyoum conserve 1,077 milliard. C'est alors que le 20 janvier 2006, Jean-Marie Atangana Mebara, secrétaire général de la présidence de la République écrit au Ministre des Finances. «J'ai l'honneur de vous faire savoir que le Chef de l'Etat a marqué son accord pour que les sommes saisies dans le compte de la Sgbc lui soit restituées.

La saisie attribution ayant été abusive», écrit Mebara. Ce qui fait dire à l'avocat général qu'«ils (Abah Abah et Yen Eyoum, Ndlr) ont refusé d’exécuter les hautes instructions du Chef de l'Etat. Me Eyoum a recouvré cet argent au nom pour le compte de l'Etat. Malgré les interpellations, les sommes litigieuses demeurent hors des caisses de l'Etat». Yap Abdou le Président du Tcs a estimé que les éléments de preuves sont suffisants pour maintenir les accusés dans les liens de l'accusation. Ils vont présenter leur défense le 2 avril prochain.

© Le Jour : Eitel Elessa Mbassi

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