Cameroun/Affaire Jean Marie Aboganena: Une affaire trouble de 400 millions au cœur du désaccord avec le DGSN

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Malgré l'actualité brûlante marquée par l'organisation des premières élections sénatoriales le 14 avril 2013, la disparition de Jean Marie Aboganena, le Directeur Général de Jama Conseils, cabinet de communication, n'est pas passée inaperçue.

Dans certains milieux de la police où l'information circule par petits jets, la tronche du promoteur de Jama Conseils est connue de tous. Même dans le cabinet du DGSN où l'on indique que Martin Mbarga Nguélé et Jean Marie Aboganena se connaissent très bien.

Pour la petite histoire, aussitôt nommé à la tête de la DGSN, Martin Mbarga Nguélé est très vite séduit par un projet que lui présente le promoteur de Jama Conseils. Il s'agit de l'organisation d'une Semaine Nationale de l'Ethique (SENETHIQUE). Pour marquer son accord, plusieurs séances de travail sont menées dans les locaux même de la DGSN, surtout parce que la police devait être le point d'orgue de l'évènement. Sur la plaquette concoctée par le DG de Jama Conseils, il ressort l'idée de lancer une vaste campagne de sensibilisation et de promouvoir la bonne tenue des hommes au béret noir sur la voie publique. Si Martin Mbarga Nguélé trouve cette initiative louable, c'est parce que, dans son discours, il est déterminé à nettoyer les écuries d'Augias dans un corps étiqueté comme l'un des plus corrompus de la République.

Seulement, ceux qui connaissent très bien Jean Marie Aboganena, vont tiquer en apprenant que le promoteur de Jama Conseils est désormais dans les bonnes grâces du nouveau patron de la police. Ils auront raison. Car l'événement présenté au DGSN comme étant son premier coup d'éclat ne sera qu'un fiasco. Néanmoins, le discours séducteur du DG de Jama Conseils va lui permettre de rester encore très proche de Martin Mbarga Nguélé. En bon flic, le nouveau DGSN qui est surpris par la qualité des renseignements que lui fournit régulièrement le DG de Jama Conseils, va le garder comme un ami.

La confiance va définitivement s'installer entre les 2 hommes. Au niveau de la Présidence de la République, Penda Ekoka est cité par nos sources comme étant un relais sûr de Jean Marie Aboganena. Pour certains observateurs donc, bien rémunéré par un carnet d'adresses suffisamment étoffé, l'agence de communication ne serait qu'un paravent qui permet à son promoteur de masquer ses activités d'espionnage de hautes personnalités et de mouchard impénitent. Ainsi très bien connu dans les milieux de la police qui maîtrise d'ailleurs tous ses mouvements, Jean Marie Aboganena va être interpellé le 11 avril 2013. Après un bref séjour dans les locaux de la DPJ à Elig Essono, il va être transféré au GSO à Ekounou. Jusqu'à son déferrement à la Prison Centrale de Kondengui, certaines sources ont tantôt parlé d'une affaire d'escroquerie, d'autres parlent d'une histoire d'imitation de la signature du DGSN, d'autres encore d'une violation de correspondance et de trafic d'influence.

Indic indélicat

Aujourd'hui, selon une nouvelle version des faits relatée par les proches parents de Jean Marie Aboganena, actuellement en prison, «leur fils paierait les frais d'un acte d'escobardise perpétré dans une affaire qui concerne la Directrice Générale des Douanes, Minette Libom Li Likeng». Plus grave, ils ne mettent pas les gants pour accuser le DGSN d'avoir perçu un gros bakchich estimé à près de 400 millions de FCFA. Pour eux, il s'agirait d'étouffer cette affaire de prétendus détournements de deniers publics qui auraient été virés dans un compte bancaire appartenant à l'un de ses fils, étudiant aux Etats-Unis. Ces parents, pratiquement courroucés, fustigent l'ingratitude du DGSN qui, après avoir copieusement utilisé leur fils, n'aurait trouvé pour seule récompense que de l'envoyer en taule.

Pourtant, se souviennent-ils, c'est lui, Jean Marie Aboganena, qui aurait mené la transaction de bout en bout. De jour comme de nuit, par l'intermédiaire d'un certain Ndjock, trait d'union entre Aboganena et la DG des Douanes. Pour se faire davantage convaincants, ces proches d'Aboganena déclarent que cet intermédiaire avait fini par devenir envahissant. Tant que Minette Libom Li Likeng n'avait pas eu la certitude que la transaction a abouti. Connaissant le tempérament et l'intégrité du DGSN, ce morceau parait trop gros pour être ainsi avalé d'un trait. Même comme c'est toujours la loi de l'omerta dans le proche entourage du DGSN. Pourtant du côté des proches de Jean Marie Aboganena, les langues, bonnes ou mauvaises ne manquent pas de se délier. C'est ainsi qu'on apprend encore que, n'ayant rien reçu en contrepartie de son entregent, leur fils aurait entrepris de proférer des menaces contre Martin Mbarga Nguélé. Ainsi, pour ne pas salir sa réputation d'homme intègre, nos sources indiquent que le DGSN aurait alors programmé la mise aux arrêts du DG de Jama Conseils.

Pour préparer le terrain, d'autres sources proches de la Présidence de la République indiquent aujourd'hui que le DGSN aurait préalablement requis l'autorisation du Chef de l'Etat pour actionner sa machine de répression. Lui aurait-il soufflé à l'occasion cette version des faits actuellement véhiculée par les proches parents du patron de Jama Conseils? On en doute fort. Ou alors Martin Mbarga Nguélé se serait-il contenté d'étaler aux yeux de son chef, Jean Marie Aboganena comme un indic indélicat? C'est plus vraisemblable. Dans l'entourage du DGSN où personne ne veut faire le moindre commentaire sur ces informations, l'on se contente de nous dire d'attendre le procès. En espérant qu'entre-temps, les langues «des 2 amis intimes» se délient véritablement pour nous sortir des ténèbres de leur sorcellerie.

© La Nouvelle : François Owona

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