Cameroun - Affaire dite des "crimes rituels" au Cameroun: L'identité des présumés coupables dévoilée

Le Ministre Issa Tchiroma Bakary a livré les résultats de l'enquête policière sur ce sujet au cours d'un point de presse hier à Yaoundé Issa Tchiroma

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Monsieur le Secrétaire général du Ministère de la Communication,

Monsieur l'Inspecteur général,

Messieurs les Conseillers techniques,

Madame, Messieurs les Inspecteurs,

Madame, Messieurs les Directeurs et chefs de Divisions,

Chers collaboratrices, Chers collaborateurs,

Mesdames, Messieurs les Journalistes, Chers Invités,

Mesdames, Messieurs,

Il vous revient certainement qu'il y a quelques mois, précisément en date du 23 janvier 2013, je vous informais en ces mêmes lieux, en présence de Monsieur le Délégué général à la Sûreté nationale et de Monsieur le Secrétaire d'État à la Défense chargé de la Gendarmerie, que sur les Très hautes instructions du Président de la République, une enquête avait été ouverte, afin de faire toute la lumière sur des crimes à répétition, perpétrés sur des victimes féminines dans les villes de Bafoussam, de Yaoundé et de leurs environs, et qui, avant même que personne ait pu savoir de quoi il retournait, avalent alors été désignés sous le vocable de «crimes rituels».

Je vous indiquais à cette occasion, que des premiers suspects avaient été interpellés dans le cadre de cette enquête, et qu'ils étaient en phase d'exploitation dans les services de police compétents. Cette enquête étant aujourd'hui parvenue à un stade avancé, le chef de l'État a de nouveau ordonné que les faits établis soient portés à la connaissance de l'opinion publique nationale et internationale.

C'est l'objet de ma communication, de ce jour laquelle je vous ai conviés, comme à l'accoutumée.

Il s'agit donc de vous entretenir sur ce sujet, dont la gravité n'est plus à démontrer, au regard de la cruauté des actes commis, qui ont endeuillé de nombreuses familles au sein de la communauté nationale, installé une psychose sans précédent parmi nos populations, et en fin de compte, contribué malheureusement à écorner l'image de notre pays à travers le monde. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, permettez-moi tout de même de vous souhaiter une chaleureuse bienvenue dans cette salle de conférences de mon Département ministériel, qui est devenue un lieu familier d'échanges pour nous. Permettez-moi aussi de vous exprimer toute ma gratitude, pour votre présence ici, à un moment où l'actualité politique est des plus accaparantes en raison notamment de l'agenda électoral qui, cela se comprend aisément, vous interpelle au plus haut point.

Mesdames, Messieurs les Journalistes, Chers Invités,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord rappeler les faits, tels qu'ils se sont déroulés depuis le mois d'août 2012 jusqu'au mois de janvier 2013, période au cours de laquelle ces crimes ont été perpétrés. Tout commence donc dans la proche banlieue de la ville de Bafoussam, chef-lieu de la Région de l'Ouest, lorsque dans la nuit du 18 août 2012, la jeune KENGNE Mirianne Annette, qui se rendait au marché de Bapi pour vendre des poulets, a été retrouvée assassinée dans un champ de maïs au quartier Bakajou par Bandeng, dans l'arrondissement de Baleng, département de la Mifi, La victime avait été violée avant d'être étranglée à l'aide de son propre foulard.

Deux jours plus tard, dans la nuit du 20 août 2012, c'est au tour de Madame YOUMBI Anne, épouse FOTSO, alors âgée de 37 ans, mère de cinq enfants, enceinte de sept (07) mois et enseignante à l'École publique de Lafé I, toujours dans l'arrondissement de Baleng, d'être retrouvée morte dans des conditions similaires.

Le 28 août 2012, Madame ZOUOZOUO Marie Noélle, cultivatrice, est violée puis assassinée, alors qu'elle se rendait dans son champ au village Ndoppé par Bapi, arrondissement de Baleng.

Le 22 novembre 2012, la jeune MAKEU FONGANG Nibelle, élève en classe de 4ème espagnole au Lycée de Djounang à Bafoussam, est, elle aussi, assassinée sur le chemin de l'école. Son corps est retrouvé deux jours plus tard au quartier Tchipou. Alors que les Autorités administratives et les Forces de sécurité s'activent à rechercher les auteurs de ces crimes horribles dans la zone de Bafoussam, le phénomène se transpose à Yaoundé, plus précisément dans les quartiers Mimboman, Biteng, Nkoabang et Okoui.

Entre décembre 2012 et janvier 2013, des crimes similaires vont être constatés dans ces différents quartiers de la ville de Yaoundé, avec pour épicentre le quartier Mimboman. A chaque fois, des organes sont prélevés sur les corps des victimes, soit les paupières, soit les yeux eux-mêmes, soit les cheveux, et toujours, les organes génitaux. C'est le cas notamment de la nommée MOMO Calice, âgée de 23 ans, dont le corps est retrouvé complètement mutilé et aspergé d'un produit chimique, au lieu dit Mimboman Chefferie II nord, dans une maison en construction.

À Biteng Maetur, au lieu dit Complexe Foé, le corps de la jeune MBALLA MVOGO Claude Michelle, âgée de 17 ans, élève en classe de Terminale, est lui aussi retrouvé. Okoui Maetur, la nommée IVIAJINI FEZEK Marinette est violemment agressée, étranglée et abandonnée dans un buisson. Elle succombera un peu plus tard des coups et blessures reçus, à l'Hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé. Nkoabang, au lieu dit Nkolo I, Mademoiselle MENDJINA MBANGA Loyse Schiphra, élève en classe de Troisième au Collège Père Monti, subira le même sort. Non loin de là, à Nkolo II, la nommée NGA NGONO Germaine, âgée de 17 ans, est assassinée dans la nuit du 31 décembre 2012 et son corps jeté dans un cours d'eau.

Viendra ensuite le tour de Madame NGEUT-SOP, épouse BEASSO Delphine, qui avait emprunté une moto pour se rendre à Odza, borne 12, au lieu dit Nkolgok. Avant d'être parvenue à destination, l'intéressée est appréhendée par des malfrats, puis violentée et violée. Elle n'aura la vie sauve que grâce à des passants arrivés par hasard sur le lieu du forfait. D'autres crimes de même nature vont également être perpétrés, les uns après les autres, avec, comme dans les cas précédents, des corps abandonnés et toujours mutilés.

Le théâtre des opérations se situe toujours au quartier Mimboman, soit au lieu dit petit stade, soit à Mimboman école, soit encore à Mimboman chapelle. Entre-temps, les enquêtes avancent au niveau de la police et les investigations menées vont permettre de remonter vers le nommé NDEAMBOU Bertrand, puis de l'identifier comme suspect N°1.

En effet, parti de la Région de l'Ouest le 24 novembre 2012 à destination de Yaoundé, le nommé NDEAMBOU Bertrand noue des contacts dès son arrivée avec deux autres malfrats qui deviendront plus tard ses comparses. Il s'agit de WAFFO Jean Thierry et KEMTA Julius alias Général, tous deux conducteurs de moto-taxis exerçant dans la zone de Mimboman Terminus.

La première victime de ce trio diabolique sera la jeune MOMO Calice, venue de Douala le 02 décembre 2012 aux environs de 23 heures. Après l'avoir violée puis assassinée, les trois (03) malfrats emportent avec eux les deux (02) téléphones portables de la jeune femme et se fondent dans la nature.

L'exploitation du numéro de téléphone de la victime à partir des listings téléphoniques, va conduire sur la piste d'une jeune fille dénommée Joceline NIZFCH, à qui NDEAMBOU Bertrand avait passé un coup de fil au cours de la nuit du drame. De l'interpellation de cette autre suspecte et de l'exploitation qui s'en suit, les enquêteurs réussissent à remonter jusqu'à NDEAMBOU Bertrand. Celui-ci, après avoir feint de tout ignorer, passe aux aveux complets et reconnaît être l'auteur de l'assassinat de MOMO Calice.

Pendant ses multiples auditions, l'intéressé va citer WAFFO Jean Thierry et KEMTA Julius alias Général comme étant ses complices. Il précise en outre que la mise à mort de MOMO Calice lui a rapporté la somme de cinquante mille (50 000) francs CFA. A chaque fois, aux dires des malfrats, le mode opératoire consistait à transporter leurs victimes comme de simples clientes.

Entre-temps, d'autres complices prenaient la moto transportant la victime en filature, suivant un itinéraire préalablement choisi. Puis, à un endroit obscur et isolé, l'une des motos en filature venait dépasser celle transportant la victime pour la bousculer au passage. Se retrouvant à même le sol, la victime pouvait alors être aisément maitrisée, violée puis assassinée. C'est au nommé KEMTA Julius qu'il revenait à chaque fois le redoutable privilège de charcuter la victime, pour l'amputer de ses organes et extraire ses yeux, le nommé NDEAMBOU se chargeant quant à lui du contact avec le commanditaire jusque-là inconnu.

Poursuivant l'exploitation du chef de gang NDEAMBOU Bertrand, les enquêteurs parviennent à capturer deux autres suspects. Il s'agit de NGUEGANG KEUMO Willy Thierry alias DOUDOU et TTOTSOP TSENOU Landry alias PUYOL.

Un troisième suspect est cité au cours de leurs auditions, en la personne de ESSAMA alias le COQ, toujours en fuite, mais activement recherché. C'est à ce niveau de l'enquête que NDEAMBOU se met à table, pour révéler l'identité de son commanditaire, le nommé NONO Emmanuel, ancien Directeur Général d'un concessionnaire automobile de renommée internationale, aujourd'hui en dépôt de bilan au Cameroun.

NONO Emmanuel se serait depuis reconverti dans les affaires et aurait choisi de résider à Bafoussam, au lieu dit Carrefour le Maire. L'enquête s'étant transportée sur les lieux à Bafoussam, le domicile de NONO Emmanuel est rapidement localisé. Il s'avère cependant, aux dires du vigile en poste, que le propriétaire, le nommé NONO Emmanuel, est absent du Cameroun.

En pareil circonstance, c'est un certain TAHOC MONGHO FOTSO Jean Luc qui gère la concession. Ce dernier est à son tour interpellé et mis en exploitation. NDEAMBOU Bertrand expliquera par la suite aux enquêteurs qu'il avait rencontré TAHOC MONGHO FOTSO Jean Luc pour la première fois, dans des agences de voyages à Bafoussam, alors qu'il exerçait lui-même la profession de moto-taximan.

Après plusieurs entrevues, le nommé TAHOC MONGHO propose à NDEAMBOU de lui faire livraison des organes humains provenant de jeunes filles âgées de 17 à 22 ans. Ce que NDEAMBOU accepte et pour y faire suite, il met à sa solde les nommés CHIGUENG Patrick, TALLA et MOUMOU. De fait, c'est TAHOC MONGHO FOTSO qui assure l'interface entre NONO Emmanuel, «le grand patron», et NDEAMBOU Bertrand. Juste avant la descente de l'enquête sur le terrain à Bafoussam, NDEAMBOU avait déjà mis en cause deux autres personnes: les nommés MBOUKAM François et TAFFO FODIOP Titus.

Ce dernier est toujours en fuite, semble-t-il, dans un pays voisin. Voilà donc, Mesdames, Messieurs les journalistes, comment ce gang de dangereux criminels a fini par être neutralisé, puis démantelé et mis hors d'état de nuire. À ce jour, les concernés ont été déférés au Parquet et placés sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé. Les nommés NDEAMBOU Bertrand, WAFFO Jean Thierry, KEMTA Julius, NGEGANG KEUMOE Willy Thierry, TIOTSOP TSENOU Landry sont poursuivis pour coups et blessures volontaires, assassinats et viols, alors que NONO Emmanuel (le commanditaire), MBOUKAM François et TAHOC MONGHO FOTSO, le sont pour complicité d'assassinats et trafic d'organes humains.

Pour l'instant, l'affaire demeure donc pendante devant la justice, qui pour ses investigations. Mais, on peut d'ores et déjà se réjouir de ce que les principaux acteurs de ce macabre épisode, aient été appréhendés, mis aux arrêts, et que la sérénité soit revenue au sein de nos populations. Je voudrais donc, au nom du gouvernement, rendre un hommage appuyé à nos forces de sécurité et en l'occurrence, aux éléments de notre police nationale qui, en toute discrétion, mais avec endurance, tact et opiniâtreté, sont parvenus à remonter la filière morbide de, ces assassins d'une cruauté jusque-là inédite dans notre pays.

Le mérite revient également à nos populations, dont la collaboration avec les forces de police aura été d'un précieux apport, pour l'atteinte des résultats auxquels l'enquête est parvenue. Quant aux préjugés et aux allégations qui ont alimenté les commentaires notés ci et là, et faisant état d'une mascarade d'enquête ou d'un subterfuge habile visant à camoufler la vérité et à protéger de hautes personnalités au sein de l'appareil étatique, les résultats de cette enquête, au stade où elle en est, parlent déjà d'eux-mêmes.

Ils infligent en tout cas un cinglant revers à ces bonimenteurs intrépide, intrépide dans la désinformation et l'affolement des populations d'une part, et d'autre part, l'essaimage de la discorde et de la déstabilisation. Le Chef de l'État, Son Excellence Paul Biya, n'a quant à lui, jamais fait aucun mystère de sa volonté d'œuvrer pour la sécurité de ses compatriotes, pour l'assainissement des mœurs au sein de notre société et l'avènement d'une République exemplaire dans notre pays. Il n'a jamais ménagé aucun effort, pour qu'aucune place ne soit jamais faite à l'immoralité, à la criminalité et aux déviations de tout genre parmi nous.

Il vient, une fois de plus, d'en faire une brillante démonstration s'il en était encore besoin, à travers la tournure que le dénouement de cette affaire est en train de prendre. Car, c'est bien sous sa férule que nos vaillantes forces de police ont pu, jusqu'alors, mener à bien leur mission. Il revient maintenant à la justice de conduire le procès à son terme. Elle le fera en toute indépendance, pour que la vérité, où qu'elle se trouve, toute la vérité soit connue sur cette affaire, et que les responsables soient punis conformément à la loi.

Je vous remercie de votre aimable attention».

© MONDA BAKOA | Cameroon Tribune

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