Cameroun - Affaire des listings bancaires: Voici les noms qu'Amadou Ali avait à dessein glissés dans la liste

La liste des «éperviables» transmise par l'ex Ministre de la Justice au chef de l'Etat comporte de nombreux ajouts.

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L'ex garde des Sceaux aurait, apprend-on de source introduite, manipulé le chef de l'Etat et instrumentalisé la justice pour régler des comptes à ses potentiels concurrents (et leurs proches). Dans la perspective de l'après Biya. Le Tribunal criminel spécial (Tcs) n'est pas au bout de ses découvertes. Le 08 mai dernier, le procureur près de cette institution judiciaire, qui ne juge que les crimes dont le préjudice est égal ou supérieur à 50 millions FCFA, n'en revenait pas d'en¬tendre Dooh Collins jurer sur procès-verbal, n'avoir transmis aucune liste de comptes bancaires de personnalités à Amadou Ali. Des dénégations que l'on avait tôt fait d'attribuer à la mauvaise foi d'un «expert financier» qui, sentant le roussi, s'est sans scrupule, défaussé sur son mandataire et bienfaiteur d'hier.

Aujourd'hui, le Tcs découvre que non seulement il y a eu transmission de liste entre Dooh Collins (au retour de sa mission d'investigation dans des paradis fiscaux) et Amadou Ali qui l'y avait missionné aux frais de la princesse (800 millions FCFA), mais aussi, que ce dernier a frauduleusement allongé ladite liste de noms de personnalités, dont quelques-unes sont aujourd'hui derrière les barreaux. La liste falsifiée se serait retrouvée sur la table de Paul Biya, convoyée par les bons soins de son ancien ministre de la Justice.

«Les procès instruits dans le cadre de l'Opération Epervier ne l'ont pas été sur la base de ces listes-là, sinon imaginer la pagaille que cela allait créer aujourd'hui et les répercussions sur l'image de la justice», renseigne une source proche du Tcs. Une étude attentive de ces ajouts (voir liste ci-dessous) arrache le même commentaire chez toutes les personnes l'ayant consulté: les personnalités dont les noms ont été ajoutés étaient, de part leur potentiel et charisme, à même de faire barrages aux desseins politiques d'Amadou Ali (celui-ci a toujours été conscient de ses lacunes et de son impopularité). L'ex garde des Sceaux n'a donc pas hésité, quand l'occasion s'est présentée à lui, de noircir ses concurrents politiques (et leurs roches) auprès du président Paul Biya. Un cynisme à donner froid dans le dos!

Présidentielle 2011

Selon des témoins, Amadou Ali qui à l'époque était délégué général au tourisme, avait fuit la capitale pour son Nord natal à la veille du putsch et n'en était revenu qu'au lendemain du 06 avril 1984. Suffisamment pour que d'aucuns le tiennent pour complices des auteurs de cette tentative de coup d'Etat soupçonnait Paul Biya de ne vouloir partir du pouvoir, et aurait pris les devants en se servant de l'épée de la justice non pas pour l'intérêt général, mais pour faire place nette entre lui et le palais d'Etoudi. Un câble de Wikileaks est à cet égard édifiant: Amadou Ali, aurait écrit l'ex ambassadrice Us dans une note confidentielle, était persuadé que Paul Biya n'allait pas être candidat à sa réélection en 2011. Son homme de main Dooh Collins aurait révélé à des hautes personnalités américaines que Paul Biya faisait confiance a Amadou Ali et se préparait même à lui passer le pouvoir, a confié la diplomate si l'on en croire Wikileaks.

Au nom du fameux axe Nord-Sud! A la lumière de ces révélations, on saisit mieux le sens de l'acharnement de l'alors ministre de la Justice à couper toute tête qui émerge. Ali craignait que le successeur d'Ahmadou Ahidjo au dernier moment remette en cause l'axe Nord-Sud, et se prépare lui-même ou quelqu'un de son choix, pour prendre le relais à la tête du pays. Peine perdue! Biya renonça subitement à se retirer des affaires, et fit pour cela modifier, en avril 2008, la Constitution pour briguer un troisième septennat en toute légalité. Amadou Ali (qui lui-même, est détenteur de colossales fortunes dont l'essentiel serait logée au Nigéria), à l'image d'un forcené, ne cessa pas pour autant de lancer son boomerang contre ses adversaires présomptifs.

Et voilà que ce même boomerang lui revient aujourd'hui à la figure. Après avoir plusieurs fois manifesté sa volonté de quitter le gouvernement pour «cause de fatigue et de vieillesse» pour mieux faire le chanter Paul Biya, après la liste des présumés voleurs et leurs comptes fictifs, après la farce Limane Oumaté, après l'affaire des «otages français», après les récents tracts de Garoua demandant la libération immédiate de Marafa, Haman Adama et lya Mohammed dont les mauvaises langues attribuent l'action à l'ancien garde des Sceaux qui continue de tout brouiller pour davantage se positionner, des observateurs avertis se demandent bien jusqu'où ira cette fois Amadou Ali, dans sa quête maladive et non moins légitime de prendre le pouvoir, question se venger et surtout d'échapper à la justice? Quelles vont donc être les conséquences de la présence indue de certains noms dans cette «liste des 64» que tout le monde aujourd'hui, y compris le Tcs, s'accorde à reconnaitre qu'elle semble fictive, même s'il faut avouer qu'à travers leurs différents postes occupés, ces 64 personnalités disposeraient toutes, beaucoup de biens? Chaud devant!

© Mamouda Labaran | La Météo

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