Cameroun - Affaire CNPS : Pierre Désiré Engo sur le chemin de la liberté !

L’accusation a requis la libération de l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale en attendant de boucler un complément d’enquête sur l’affaire de détournements de deniers publics imputés à Engo.

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Délibéré le 7 mai prochain. Le propos du ministère public ce jeudi 24 avril 2014 dans la nouvelle affaire Pierre Désiré Engo, ouverte depuis mars dernier au tribunal criminel spécial (Tcs) de Yaoundé, pourrait épouser ce schéma : « Monsieur le président du tribunal, j’accuse PDE d’avoir détourné de l’argent. Mais je n’ai pas suffisamment de preuves. Veuillez bien, monsieur le président du tribunal, relaxer le prévenu, le temps pour moi de retrouver ces preuves. ».

En effet, le Parquet du Tcs a fait savoir au cours de l’audience que le procès-verbal daté du 4 juillet 2002 et signé du capitaine Phillipe Gérard, rattaché au cabinet de la juge française Edith Boizette, n’indique pas les modalités de transfèrement de l’ordre de paiement de 25 milliards de F CFA en mai 1999 par l’entreprise belge Six International dans le compte de l’ancien directeur de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), Pierre Désiré Engo, au Crédit Lyonnais en France. Le représentant du ministère public a par conséquent requis la libération de Pierre Désiré Engo : « la libération du prévénu ne pourrait en rien perturber la recherche du complément d’information ». En effet, le code de procédure pénale prévoir que lorsque le ministère public requiert un complément d’information, l’accusé doit être relaxé. La partie civile s’est associée aux réquisitions du ministère public.

La partie civile enfin au rendez-vous

Cette dernière, qui a enfin daigné honorer l’audience de sa présence, était représentée par deux avocats, dont Me Ngallè Miano. Ce dernier, qui serait un proche de Foumane Akame, conseiller juridique et proche parent du président camerounais Paul Biya, aurait par le passé mené des commissions rogatoires dans les comptes bancaires de Pierre Désiré Engo par le passé. Les conseils de l’accusé quant à eux affichent un léger sourire : « L’accusation aurait dû aller jusqu’au bout de sa logique, à savoir abandonner les poursuites contre Pierre Désiré Engo, face à l’inexistence des charges », confie Me Pierre Bayebeck, avocat de Pierre Désiré Engo.

D’après ce dernier, après la décision du 7 mai prochain, l’accusé pourra bénéficier de la grâce présidentielle du 18 février 2014. Arrêté le 3 septembre 1999, Pierre Désiré Engo a été placé sous mandat de détention préventive à la prison centrale de Kondengui pour « prise d’intérêt dans un acte » et « trafic d’influence », alors qu’il a été entendu chez la juge Claire Ntolo pour « détournements de deniers publics », « tentative de détournements de deniers publics », « suppression de preuves », etc. Il sera successivement condamné à 6 mois de prison en février 2000 pour « chèque sans provision », à 10 ans de prison en novembre 2002 pour complicité de détournements de deniers publics. La peine sera portée à 15 ans de prison en appel en 2003, confirmé par la cour suprême en 2005.

La main invisible de la France ?

C’est précisément en février 2005 qu’un mandat de détention préventive lui a été servi pour le détournement de 25 milliards de F CFA, objet de son procès devant le Tcs. L’accusation a été portée en 2004 par Atangana Bengono Pierre Célestin (ce dernier est aussi l’auteur des premières accusations), ancien directeur de la Prévoyance immobilière de gestion (Pigt), une structure créée en début des années 1990 pour percevoir les loyers des immeubles appartenant à la Cnps. Mais cet accusateur que l’on a aperçu avant le début de l’audience du 24 avril a pris la clé des champs (du moins, il n’était pas présent dans le box de la partie civile).

Il est indéniable que face à l’implacabilité des faits et pour éviter de sombrer dans une forfaiture, le ministère public, groggy, a été obligé de céder en requérant la liberté de Pierre Désiré Engo. Ce d’autant plus qu’à en croire les avocats de Pierre Désiré Engo, deux autres commissions rogatoires ont été menées dans le compte bancaire d’Engo au crédit lyonnais avant et après celle prétendûment diligentée par le capitaine Phillipe Gérard. Ces commissions rogatoires sont retournées bredouilles. Au cas où cette affaire aboutit à un happy end, l’on ne pourra s’empêcher d’y voir la main cachée des autorités françaises, mis au parfum de ce dossier. Car il est difficile d’imaginer que le Tcs ait connu un tel revirement, quand on sait que la justice camerounaise, dans le cadre de la fameuse Opération Epervier, nous a habitué à des croc-en-jambes et des entourloupes bien plus cinglants que celui vers lequel on s’acheminait.

En effet, le 28 mars dernier, profitant de l’accueil que le président français, François Hollande réservait à Michel Thiery Atangana et à son comité de soutien, le fils de l’ancien Dg de la Cnps, Jöel Didier Engo (par ailleurs membre de ce comité) a remis une correspondance au numéro 1 français sur le cas de son père. Mais le fils Engo, face à ce nouveau rebondissement qui est sur le point de conduire à une issue heureuse, a plutôt le triomphe modeste : « attendons le 07 mai...Nous avons tellement vu de drôles de retournements judiciaires depuis bientôt 15 ans, qu'il faut patiemment attendre le 07 mai pour être définitivement fixé sur le sort d'un homme traîné dans la boue et dépouillé aujourd'hui de tout, y compris de son Honneur » a déclaré Jöel Didier Engo, que nous avons contacté.

© Camer.be/ Michel Biem Tong

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