CAMEROUN - AFFAIRE CAMPOST : LE MINISTRE PAUL ATANGA NJI ATTENDU AU TCS

Paul atanga nji120314282Le ministre chargé de Mission à la Présidence doit répondre de détournements de fonds.

Le tribunal criminel spécial (TCS) est saisi depuis quelques semaines du dossier de la gestion financière à scandales de la Cameroon Postal Services (Campost) sur la période 2004-2010. Parmi les éventuels clients de cette juridiction spéciale, se trouvent en vedettes le ministre chargé de mission à la présidence de la République, Paul Atanga Nji, et le patron du groupe de presse L’Anecdote, Amougou Belinga.

Les deux font partie des principales personnes mises en cause par une mission d’inspection du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) ayant séjourné à la Campost en 2011 et dont le rapport a été transmis le 31 décembre 2013 au ministère de la Justice. Ledit rapport, selon des sources bien introduites, a aussitôt été transmis au procureur général près le TCS. De fait, après trois mois à fouiner dans la gestion de cette entreprise publique, les limiers du Consupe repartis dans trois équipes travaillant sur des volets distincts ont remis leurs conclusions au ministre Etame Massoma en novembre 2011. Hélas, alors que les protagonistes «lui tournaient autour», il a été débarqué du gouvernement quelques semaines plus tard.

Est-ce la raison pour laquelle lesdites conclusions ont tardé à être transmises à la justice ? Il est difficile de savoir avec exactitude. Toutefois, les conclusions de la mission des trois équipes coordonnées par Mendouga Alima Marc, actuel secrétaire permanent du Conseil de discipline budgétaire, sont explosives. Elles mettent une nouvelle fois clairement en cause l’actuel ministre chargé de Mission à la Présidence, secrétaire permanent du Conseil de sécurité national et non moins président de la section Rdpc de la Mezam I, Paul Atanga Nji. Elles épinglent également le patron du groupe de presse L’Anecdote, M. Amougou Belinga. Et une multitude d’autres personnalités.

Côté dirigeants, plusieurs responsables de la Campost sur la période auditée sont accusés de fautes de gestion. Il s’agit entre autres du premier directeur général de cette entreprise publique, Maurice Bayemi et de l’administrateur provisoire qui lui a succédé, Charles Tawamba. Les conclusions du Consupe vont donc plus loin que les détournements déjà mis en lumière dans un audit confidentiel interne de Campost daté du 20 novembre 2007. Intitulé «Synthèse audit gestion et écriture comptables des Centres des chèques postaux de Yaoundé I et II», les enquêteurs de la Campost conduits par l’inspecteur Zourmba Clody avaient épluché pendant près de quatre mois, dans les deux centres de chèques postaux de Yaoundé (I et II), des virements irréguliers et des paiements dans les comptes sans provision nécessaires ou à partir des virements fictifs sur la période 2006 - 2007.

Au centre des chèques postaux de Yaoundé I, la mission a comptabilisé 243 paiements irréguliers dans 79 comptes courant pour un montant total d’un milliard cent cinquante millions sept cent soixante douze mille quatre cent dix francs Cfa (1.150 772 410 Fcfa) ; enregistré 144 paiements d’un montant total d’un milliard soixante quatre millions deux cent vingt trois mille neuf cent dix francs Cfa (1.064 223 910 Fcfa) réalisés sur la base des crédits fictifs dans 14 comptes courants et 99 paiements d’une valeur de quatre vingt six millions cinq cent quarante huit mille cinq cent francs Cfa (86.548 500 Fcfa) effectués dans 65 comptes sans provision.

Sur l’ensemble de ces préjudices, la mission avait relevé que l’actuel ministre chargé de Mission à la présidence de la République, Paul Atanga Nji, propriétaire du compte n°031562-004-58 au nom des «Ets des Jeunes hommes d’affaires », a obtenu de façon irrégulière la rondelette somme de trois cent dix neuf millions Fcfa (319.000.000 Fcfa). Le rapport de cet audit révélait que Jean Pierre Amougou Belinga a encaissé frauduleusement, via 13 comptes logés à la CCP I, la somme de six cent vingt trois millions huit cent trois mille cinq cent trente cinq francs Cfa (623.803.535 Fcfa) ! Le magazine Africa Express (cpte n°026914-004-55), dont M. Amougou Bélinga est le promoteur, a participé à cette déconfiture de la Campost en encaissant frauduleusement, le 31 décembre 2006, trois crédits fictifs d’un total de 49.000.000 Fcfa. Voilà pour les transactions financières indélicates au centre des chèques postaux de Yaoundé I.

Au CCP II, les auditeurs internes de Campost avaient constaté un préjudice «négligeable» de 488.588.525 Fcfa. Avec cependant, à la manoeuvre, les mêmes acteurs. Les comptes des établissements Universal World (cpte n°1002004130) et Satellite Sarl Fm (cpte n°1002002754) appartenant à Jean Pierre Amougou Belinga avaient été frauduleusement crédités de 21.316.000 Fcfa et de 49.983.282 Fcfa. Celui du ministre Paul Atanga Nji (cpte n°1002002440) avait reçu pour sa part la rondelette somme de 150.550.000 Fcfa. Donc, en l’espace de quelques mois, les comptes du ministre Paul Atanga Nji et Jean Pierre Amougou Belinga avaient été frauduleusement crédités respectivement de 469.550.000 Fcfa et de 695.102.817 Fcfa.

De ce contrôle interne, il ressort que le duo Paul Atanga Nji – Jean Pierre Amougou Belinga n’avait pas fait preuve de modération à l’égard de la Campost. Sur des pertes alors estimées à près de 1,7 milliard de Fcfa, ils avaient grappillé à eux deux près de 1,2 milliard de Fcfa. Ce rapport interne, entre les mains de la Justice, n’a donné lieu à aucune suite judiciaire jusqu’ici. Cela, en raison des circonstances politiques car Paul Atanga Nji était entré au gouvernement et avait vu l’étau se desserrer atour de lui. Que les conclusions de la mission du Consupe atterrissent aujourd’hui au TCS en provenance de la présidence de la République est lourd de signification.

CONCLUSIONS DU CONSUPE

En fait, les conclusions de la mission du Consupe sont encore plus sévères à l’endroit de Paul Atanga Nji et de Jean Pierre Amougou Belinga que les constats faits par les auditeurs internes de Campost il y a six ans. Par exemple, des sources proches du dossier, les virements irréguliers et les paiements dans les comptes sans provision nécessaire ou à partir des virements fictifs dans les Centres des chèques postaux I et II ont mis en lumière des malversations financières estimées à sept milliards Fcfa, contre seulement un peu plus de 1,6 milliards Fcfa en 2007. Il est vrai, selon nos sources, que le travail du Contrôle supérieur de l’Etat s’est fait sur une période plus longue, ceci pouvant expliquer cela.

L’oeil du Sahel a appris de source crédible que les découvertes du Contrôle supérieur de l’Etat auraient pu être plus importantes encore, si les missions d’inspection avaient élargi l’assiette de contrôle. Selon ces sources, si le Consupe avait intégré la période 2000 - 2004 dans l’audit, les malversations financières mises à nu dans la gestion de l’épargne postale auraient été de loin plus colossales encore. A ce jour, la gestion de la Sonapost et de la Caisse d’épargne postale, qui a englouti plus de 100 milliards Fcfa, n’a pas encore été passée au peigne fin par le Consupe. Nul doute qu’elle réserve également de grosses surprises.

En attendant de revenir sur les détails du rapport dans nos prochaines éditions, L’oeil du Sahel est en mesure d’indiquer que tous ceux dont les noms figurent dans le rapport de l’audit interne de Campost de 2007 sont indexés dans les conclusions de la mission du Consupe. Les montants présumés détournés par les uns et les autres ont été largement revus à la hausse. Beaucoup d’autres noms s’y sont ajoutés.

www.camer.be

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau