Cacao camerounais: un label à sauver

Les exportations de fèves de cacao du Cameroun vers l’Union européenne (UE), premier débouché de ce produit de rente dont seulement 5% sont transformés localement, sont menacées. L’UE ne veut plus acheter des fèves impropres à la consommation, c’est-à-dire susceptibles de nuire à la santé de ses populations.

Les normes de sécurité alimentaire en vigueur dans cet espace sont assorties d’un calendrier de mise en œuvre. En effet, le Règlement européen (UE n° 835/2011) du 19 août 2011 entre en vigueur le 1er avril 2013. Par conséquent, l’UE ne tolérera aucun écart pour le cacao séché sur le bitume et contaminé par les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), substances qui développent certaines formes de cancer chez l’homme.

La « qualité » du cacao dont il est question est entendue ici au sens le plus large, englobant non seulement les aspects essentiels en termes d’arôme et de pureté, mais aussi les caractéristiques physiques des fèves. L’ordonnance-type des standards internationaux sur le cacao stipule que le cacao de qualité marchande doit être: « (a) … sans goût de fumigation, sans odeurs étranges ou anormales et sans signe apparent d’altération. (b) D’une taille relativement uniforme, sans fèves brisées ni fragments de coque et virtuellement exempt de corps étrangers ». Généralement, trois types de fèves sont mises sur le marché au Cameroun: le cacao dit de grade I dont le prix est bonifié du fait de sa qualité supérieure, le grade II et enfin le hors standard qui subit de ce fait une décote.

A quelques mois de l’échéance fixée par l’UE, André Bélébénie, président national de l’Association nationale des producteurs de cacao et de café du Cameroun, se montre très préoccupé. Imaginez-vous que nos clients continuent de refuser notre cacao parce qu’ils le jugent de mauvaise qualité. Qu’allons-nous devenir, nous qui vivons grâce au cacao? », s’est-il interrogé le 28 décembre dernier à Bokito et Makénéné dans le département du Mbam-et-Inoubou. C’était lors de la clôture de la première phase de l’opération coup de poing lancée par le ministère du Commerce en collaboration avec le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), le long de l’axe routier Yaoundé-Tonga. Objectif, combattre le séchage des fèves sur le bitume. « C’est une tournée de sensibilisation musclée qui vise à montrer à la communauté internationale que nous avons pris des mesures pour éradiquer les mauvaises pratiques dans la filière cacao-café », a expliqué Omer Gatien Malédy, le secrétaire exécutif du CICC.

Tirant la sonnette d’alarme face aux conséquences de la baisse de la qualité de nos fèves, il a révélé que « la nouvelle s’est répandue sur le marché international que le cacao du Cameroun est séché sur le bitume, donc, est dangereux. Et depuis quelques mois, notre origine devient suspecte et se vend avec décote. Cela se traduit simplement par une baisse du prix qui s’aggravera tant que rien n’est fait et cela se répercute déjà sur le producteur ». André Bélébénie ajoute que « 2000 tonnes de cacao ont été refoulées des ports européens pour Douala parce que sentant de la fumée ». On comprend dès lors les raisons de la campagne qui vise à redonner ses lettres de noblesse au cacao camerounais dont la couleur rougeâtre (rouge brique) des fèves, qui lui est propre, a longtemps fait le bonheur des grands chocolatiers du monde.

© Rousseau-Rousseau-Joël FOUTE | Cameroon Tribune

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