Biya-Hollande: Tête-à-tête manqué à l’Elysée

Le sommet Biya-Hollande n’a pas eu lieu. Il n’y a pas eu de tête-à-tête entre les deux présidents. Le protocole français a opté pour une rencontre entre les deux délégations à l’Elysée.

Selon un communiqué de la présidence de la République camerounaise, c’est à l’invitation du président français François Hollande que Paul Biya, président de la République du Cameroun, s’est rendu lundi 28 janvier 2013 à Paris, en France pour une visite de travail en France où, il a eu des entretiens avec son homologue français le 30 janvier 2013 et a pris part, le 31 janvier 2013, au Forum économique franco-camerounais… avec une délégation forte de plus de 20 personnes dont 12 ministres. L’hôte français n’a pas eu d’égards pour son visiteur camerounais : protocole allégé à l’arrivée du président Biya, rencontre entre les deux délégations à l’Elysée. Réticence à prendre une photo d’au revoir au perron de l’Elysée…L’embarras de la délégation camerounaise était tellement grande que le très officiel Cameroon-Tribune a cru bon titrer à la « une » du mercredi 30 janvier 2013: « Biya-Hollande ; le tête-à-tête ». Problème : la photo triomphalement brandie sur quatre colonnes à la une du quotidien est une ancienne image de la rencontre glaciale de 32 minutes entre les deux présidents à…Kinshasa, en marge du sommet de la Francophonie en 2012.

Pas vraiment de quoi pavoiser. Cela sent de la manipulation à plein nez. Séjour parisien à consommation camerounaise donc, il fallait bien une photo pour habiller le corps du délit. La seule image où les deux présidents sont face à face est celle de la séance de travail à l’Elysée, entourés de leurs collaborateurs, ministres du côté camerounais, fonctionnaires du côté français. Mais si le président Biya a accepté de se rendre à Paris, c´est qu´il aurait eu la garantie qu´il serait reçu par le président François Hollande. Visite de travail, voyage économique, jusqu'à présent, aucun accord concluant n’est venu justifier cette débauche d’énergies et de dépenses donc le Cameroun est coutumier lorsqu’il s’agit de voyage à l’étranger. Du coté du Medef qui était le véritable prétexte au séjour présidentiel en France, les assises ont rassemblé des membres de la suite officielle du chef de l’Etat - les ministres, notamment ceux en charge des questions économiques et les représentants du secteur privé national- ainsi que plus d’une centaine d’entrepreneurs français, sous la conduite de l’ancien ministre Michel Roussin. Avec une centaine de filiales et environ 200 entreprises appartenant à des ressortissants français, la France compte parmi les premiers investisseurs étrangers au Cameroun.

Développement économique

Cette présence économique est diversifiée et en adéquation avec les principales composantes de l’économie camerounaise. Le Cameroun méritait donc mieux que la présence d’un représentant du ministère français de l’Economie et des finances. L’ennui est que Roussin est en bout de course. Il a hérité d’un poste de vice- président Afrique du Medef. Pas vraiment un major. Les Camerounais auraient souhaité que le Medef aligne son président et ses capitaines d’industrie au lieu de libérer quelques comparses déjà bien en cour au Cameroun dans le sucre ; la bière ; le coton etc.

Pour le Medef ,"cette rencontre permettra aux entreprises implantées au Cameroun et à celles qui souhaitent y développer leurs activités de s’informer de l’avancement des projets structurants, de l’évolution du cadre des affaires, des réformes à venir, des priorités du gouvernement en termes de développement économique y compris à l’échelle régionale ;de réaffirmer leur volonté de participer au développement économique du pays et d’identifier les formes de partenariat adaptées ;de présenter leurs projets et les conditions de la réussite ;de faire part des éventuelles difficultés qu’elles peuvent rencontrer dans leur développement". Du bla-bla diplomatico-économique qui n’engage personne bien sur. Dans quelques mois, on en parlera plus…

La dernière apparition officielle de Paul Biya dans l'Hexagone remonte au 14 juillet 2010, à l'occasion de la célébration du cinquantenaire des indépendances de 13 anciennes colonies d'Afrique francophone. L’axe Yaoundé-Paris a du plomb dans l’aile. La rencontre Biya-Hollande marque-t-elle le début d’un nouveau cycle franco-camerounais ? Rien n’est moins sûr. La froideur de Hollande vis-à-vis de son hôte ne présage pas une nouvelle rencontre de sitôt entre les deux présidents. Et ce n’est pas demain la veille que Hollande mettra pied au Cameroun…

© Edouard Kingue | Le Messager

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