Bakassi: Vers la fin de la double nationalité

Dès le 14 août prochain, les populations de la presqu'île de Bakassi devront choisir entre la nationalité camerounaise ou nigériane.

bakassi.jpg

Plus que quatre mois, et le régime spécial transitoire adopté par le Cameroun sous l'égide des Nations Unies sur la presqu'ile de Bakassi prendra fin. En l'adoptant en 2008, Yaoundé s'était engagé à ne pas appliquer sa législation douanière et d'immigration sur les ressortissants nigérians qui viennent du Nigeria pour cette zone, afin d'exercer leurs activités (commerce, agriculture, pêche ou artisanat).

D'après les clauses signées sous l'égide des Nations-unies, le Cameroun pouvait aussi autoriser les officiers et forces policières nigérianes à avoir accès dans la zone, en collaboration avec les forces de défense camerounaises, pour débusquer les malfrats en fuite du Nigeria. Les mêmes clauses stipulaient que le Cameroun était astreint à accorder le passage dans ses eaux à des navires inoffensifs nigérians.

Quand aux populations, le débat sur la nationalité a été évacué et rien ne devrait leur être imposé dans le choix pour leur appartenance au Nigeria ou au Cameroun. A quelques mois de la fin de cette période transitoire, les spécialistes du droit international restent sceptiques. Au demeurant, la souveraineté camerounaise sur la presqu’île de Bakassi est reconnue. Par ailleurs, la fin du régime spécial transitoire met fin à certaines compétences territoriales qu'Abuja a conservées ces cinq dernières années vis-à-vis de ses ressortissants.

Soulignons que la plupart des habitants de ce territoire est d'origine nigériane et exempte d'impôts depuis le mois d'août 2008. Ils auront la liberté soit d'adopter la nationalité camerounaise et résider à Bakassi, soit de rester Nigérians et de remplir les conditions diplomatiques et administratives en vigueur.

En rappel.

Tout commence, il y a plus de vingt ans, lorsque le Nigeria annexe la péninsule, une zone riche en ressources halieutiques et pétrolières et qui regroupe plus d'un millier d'habitants repartis dans plusieurs villes (Idabato, Djabane etc). Le Cameroun exclut tout recours à la force des armes et fait appel au dialogue. C'est ainsi que le 29 mars 1994, le Cameroun saisit la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye (Hollande), par une requête introductive d'instance contre le Nigeria sur la question de la souveraineté sur Bakassi. Poussant le bouchon plus loin, Yaoundé dépose une requête additionnelle aux fins d'élargissement de l'objet du différend à la question de la souveraineté sur une partie du territoire camerounais située dans la zone du Lac Tchad. Mais dans l'esprit des autorités camerounaises, il était question d'amener la CIJ à préciser définitivement la frontière entre les deux pays, longue de 2000 km environ.

Et tout le monde va connaître le dénouement heureux de cette affaire qui est restée dans les annales de l'histoire mondiale, comme un cas d'école dans la résolution des conflits par les moyens diplomatiques et pacifiques. A travers le dialogue et la concertation, sans recours aux velléités militaro-guerrières. Notons qu'un accord d'emplacement des bornes sur 1913 km sur les 2000 environ de la frontière entre les deux pays a été signé la semaine dernière, lors des 31 sessions de la Commission Mixte Cameroun-Nigeria, sous l'égide du Président de cette Commission, et représentant spécial du SG de l'ONU pour l'Afrique, Saïd Djinnit.

© Élie Pagal | La Météo

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau