Autoroute Yaoundé-Nsimalen: Gilbert Tsimi Evouna au centre d’une nouvelle controverse

Alors que les travaux sont prévus pour démarrer en septembre prochain, les riverains situés sur le parcours de la zone urbaine du projet de cette autoroute estiment que le délégué du gouvernement veut arracher leurs terrains à travers les nouvelles casses annoncées.

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Les désaccords sont immenses aussi bien au sein des populations riveraines que chez le maître d’ouvrage du projet.

1)- Des riverains en colère

Lieu dit Carrefour sous-préfecture de Tsinga, dans l’arrondissement de Yaoundé 2è. Il y a de cela environ trois semaines, à la fin de la visite de la partie urbaine du projet de réalisation de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, Gilbert Tsimi Evouna a eu des propos des plus durs pour les riverains localisés au bord du parcours urbain que va suivre la future autoroute. « Nous allons procéder à des déguerpissements sur le tronçon qui va suivre l’autoroute, telle que la commission inter ministérielle vient de le confirmer.

Il y aura évidemment des casses, mais aussi des indemnisations», lançait alors le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé aux hommes des médias présents avant de préciser que c’est tout le côté gauche du parcours qui sera détruit. Pour la plupart des riverains du tronçon qui va du lieu dit Carrefour sous-préfecture de Tsinga, jusqu’au niveau du Carrefour Aurore situé à proximité du Palais des sports, c’est désormais l’inquiétude, doublée d’anxiété, avant l’étape de la colère populaire. K.M., propriétaire d’un immeuble situé non loin du lieu dit Tsinga Dubaï explique : «C’est étonnant ce que Tsimi Evouna veut faire là.

J’ai l’impression qu’il cherche les problèmes. Comment on peut faire passer une autoroute ici en plein quartier populaire ? Il faut savoir que nous avons des investissements immobiliers de plus de 20 ans d’âge. Il s’agit pour certains parmi nous du travail de toute une vie. On ne peut pas venir ainsi dire du jour au lendemain qu’on va détruire un immeuble moderne de plus de quatre étages, et nous dire de manière vague que nous serons dédommagés et recasés ailleurs loin, en banlieue. Ce n’est pas acceptable. » Simon P., fils de propriétaire d’un immeuble de trois étages situé non loin du lieu dit Tsinga polyclinique, et dont on annonce la destruction se montre encore plus véhément : «Tout ceci est une forfaiture doublée d’une dérive mégalomaniaque qui n’a plus de nom.

Le délégué du gouvernement de Yaoundé se prend pour qui pour faire ce qu’il veut faire là ? Non seulement personne n’est venu nous voir, nous les riverains, pour engager des négociations d’expropriation comme le voudrait la loi, mais encore, on ignore sur quelle base les dédommagements seront effectués. Ce qu’on apprend par média interposé est que les destructions vont se faire et que les travaux vont démarrer au mois de septembre prochain. Il faut arrêter de se comporter comme si nous sommes dans un Etat voyou. Nous sommes, je voudrais l’espérer, dans un état de droit. Il ne faudrait pas que Tsimi Evouna fasse ce qu’il a fait ailleurs dans cette ville de Yaoundé. On l’a vu par exemple détruire des quartiers entiers sous le prétexte que ces quartiers avaient des habitations vétustes, puis après, il s’est personnellement réapproprié les terrains qui sont pourtant bien titrés. Cette «folie»-là, nous ne sommes pas prêts à l’accepter. Il faut bien que le délégué Tsimi Evouna le sache.»

2)- Soupçons de règlements de comptes ?

Rendu à la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy), après un rendez-vous pris depuis une semaine à l’avame avec son cabinet, le délégué du gouvernement ainsi décrié n’a pas eu le temps de nous recevoir personnellement. Mais un cadre des services techniques de la Cuy qui dit bien connaître le dossier, a accepté de nous fournir quelques explications : «Il faudrait que les gens arrêtent de s’agiter. Il s’agit d’un projet qui tient à cœur au chef de l’Etat. Il va être exécuté selon les études qui ont été réalisées le long du parcours qui a été retenu pour ce qui est de la partie urbaine.

Vous verrez que la ville de Yaoundé sera transformée avec le passage de cette autoroute non seulement à Tsinga et au lieu dit «Ecole de police» où les gens semblent avoir plus des états d’âme, mais aussi du côté du quartier Nsam, à la Poste centrale et autres. Lorsqu’on veut exécuter un tel projet, il n’y a pas de particularisme à intégrer. Il s’agit d’un projet républicain qui doit être exécuté selon les principes républicains dans sa globalité. Ceux qui seront touchés par le passage du projet, selon indemnisés selon les règles. Renseignez-vous chez le maître d’ouvrage, vous verrez que les sites de recasement ont déjà été trouvés comme cela a été indiqué lors de la descente sur le terrain de la commission interministérielle. Il n’y a pas de demi-mesure, ni de faiblesse.

Le délégué va faire son travail, point à la ligne. C’est peut-être douloureux, mais il faudrait bien qu’on fasse des sacrifices si on veut réussir un tel projet. » En tout cas, il s’agit là d’un point de vue qui n’est pas partagé par certaines notabilités autochtones du Mfoundi qui se trouvent sur le parcours retenu pour l’exécution du projet. C’est le cas de sieur Atangana Ignace. Membre du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), ancien président de la section Rdpc de Yaoundé 2è, Ignace Atangana est absolument convaincu que Gilbert Tsimi Evouna a persuadé la commission interministérielle de faire passer le projet dans le tracé actuel pour s’emparer de ses terrains. Selon nos enquêtes les deux hommes entretiennent en effet des relations extrêmement tendues. «Ils se détestent copieusement. Et pour cause?

A un moment donné il s’est dit à tort ou à raison que Ignace Atangana avait été pressenti, après la mort du délégué Amougou Noma au poste de délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé. Ce qui fait que dès que Tsimi Evouna a pris les rênes de la Cuy, Ignace Atangana semble être devenu une de ses cibles. Vous verrez que sous un prétexte assez fallacieux toutes les constructions qui se trouvaient au lieu dit Derrière combattant ont été détruites par la Cuy. Tout ce terrain appartient à Ignace Atangana selon le titre foncier N° 748 de l’année 1950 de l’ex région du Nyong et Sanaga. Les habitations détruites, le délégué Tsimi Evouna y a fait installer la base de la société française Razel qui, selon toute vraisemblance, lui paierait un loyer mensuel de près de 8 millions par mois. Allez donc comprendre ce qui se passe maintenant», explique la main sur le cœur, le nommé Owona Ngadomene, autochtone Mvog Ada du quartier Ekorzoa, encore appelé lieu dit derrière Combattant ou descente Parafifi.

3)- Et si on revenait aux origines…

A ce niveau, personne parmi les sources que Le Messager a contacté à la Cuy n’a pu confirmer ou infirmer ce conflit réel ou supposé entre l’actuel délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine et son frère du Mfoundi, Ignace Atangana. Par contre au ministère du Développement urbain et de l’habitat (Minduh), qui est d’ailleurs le département ministériel où Gilbert Tsimi Evouna a fait presque toute sa carrière de fonctionnaire, la plupart des cadres de haut niveau affirment que l’actuel délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé a fait un forcing pour obtenir le tracé de la partie urbaine du projet d’autoroute Yaoundé Nsimalen. Selon nos enquêtes dans les coulisses du Minduh, le dossier a été relancé au lendemain de la nomination de Jean-Claude Mbwentchou à la tête du Minduh en décembre 2011.

Initialement le tracé de ce projet né de la volonté du chef de l’Etat partait d’Etoudi, pour Nsimalen en passant par Olembé, Soa, Nkoabang avant d’atteindre son point d’achèvement. Jean-Claude Mbwentchou et ses collaborateurs après avoir obtenu l’accord de la haute hiérarchie ont réalisé un autre tracé qui part du boulevard Jean-Paul II, passe par le lieu dit nouvelle route Bastos, débouche sur le centre urbain, puis passe respectivement par Mvog Mbi et l’ancien aéroport pour se poursuivre dans la partie rase campagne. La réunion interministérielle que le Minduh, maître d’ouvrage convoque sur instruction du Premier ministre en présence du vice président dudit comité qu’est le Mintp et les représentants du ministère de l’Economie et de la Communauté urbaine se termine début février 2012 en queue de poisson. Il se trouve que la Communauté urbaine de Yaoundé voudrait de son côté faire valoir son propre tracé dont il dit avoir déjà fait des études.

Le Minduh désemparé convoque alors Tsimi Evouna et lui demande de faire envoyer les études qu’il dit avoir déjà réalisées. C’est alors que le délégué du gouvernement de Yaoundé, coincé dans son jeu fait dire au Minduh qu’il est plutôt pour un système étude-réalisation, et qu’il a même déjà trouvé des entreprises. Jean-Claude Mbwentchou et ses collaborateurs se rendent même compte que pour cela Tsimi Evouna a suffisamment pris les devants en saisissant directement le ministre en charge des Marchés publics sans consulter le Minduh qui est le maître d’ouvrage du projet. Colère de Jean-Claude Mbwentchou qui, ne pouvant supporter un tel affront, écrit au délégué Tsimi une sanglante lettre de rappel à l’ordre avec ampliations au Premier ministère et à la présidence de la République. Panique de Tsimi Evouna qui comprend qu’il faut faire profil bas et commencer par respecter les initiatives du maître d’ouvrage en se rapprochant de lui. L’arbitrage du Premier qui intervient par la suite ne fera que conduire à une descente sur le terrain qui va confirmer, pour l’instant, le tracé voulu par le délégué Tsimi Evouna. Pour le malheur hélas des riverains qui entendent défendre leurs édifices jusqu’à la dernière goutte de sang pour certains.

© Jean François CHANNON | Le Messager

Commentaires (1)

1. yamba elodie (site web) 12/06/2013

vraiment nous sommes desolé mais s'il faut qu'on passe par un develloppement forcement il y'en a qui vont en souffrir que ce soit un reglement de compte ou pas je trouve que ce qu'il fait un bien et avec ça on aurra vraiment les grandes realisations en 2035

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Date de dernière mise à jour : 12/06/2013