Attentats de Paris et compassion à géométrie variable : Peut-on reprocher aux occidentaux de ne pleurer que pour les leurs ?

 

Pourquoi certains drames sont surmédiatisés et pas d’autres ? Pourquoi les malheurs de l’occident deviennent si vite des problèmes mondiaux et pas les nôtres ?

Ndjama benjamin:Camer.be

Au moment où la planète entière compatit aux morts de la France, des innocents meurent au Nigeria et au Nord du Cameroun du fait du terrorisme international et personne en parle ou très peu dans <<les molles contrées européennes>> . Pourquoi cette compassion à géométrie variable ? Voici quelques-unes des interrogations qu’on entend de plus en plus chaque fois les populations européennes reçoivent un flot de sympathies venant du monde entier à la suite d’une agression terroriste.

Quand la sympathie dont bénéficient certaines victimes suscite chez d’autres victimes de la jalousie, on parle de concurrence ou de jalousie victimaire.

Il existe une concurrence victimaire entre les victimes de la Shoah et les victimes de l’esclave. On parlera de plus dans les années qui viennent d’une jalousie victimaire entre les différentes victimes du terrorisme islamiste en fonction du fait qu’elles seront riches ou pauvres, blanches ou noires.

Le vent de cette jalousie souffle déjà très fort dans ce monde en turbulence. On reproche à la France de ne pas accorder la même attention à toutes les victimes de la folie islamiste. On lui reproche d’accorder à ses victimes des commémorations grandioses et pas aux autres. Cette jalousie est -elle justifiée ?C’est la grande interrogation de ce billet. Nous doutons qu’elle le soit ? Elle pèche d’abord par naïveté. La France n’aimera jamais toutes les victimes de la manière parce que la compassion n’est jamais universelle et sans frontiériste. L’être humain ne pleure habituellement que pour les siens.

Nous voulons qu’on parle aussi des morts du Nigéria et du Cameroun. Nous voulons qu’elles cessent de disparaître dans l’anonymat, Que leurs photos circulent la planète entière et soient associées à des noms. Nous avons tort d’attendre d’une autre civilisation qu’elle fasse ce travail à notre place.

Apprenons d’abord à resacraliser la vie humaine en Afrique, à donner à la protection de chaque citoyen l’investissement qu’elle mérite, à nos victimes les hommages qu’elles auraient eu ailleurs si elles vivaient dans une démocratie.

Vu d’Afrique, l’observateur attentif au tumulte de Marianne est souvent impressionné par le niveau de mobilisation de tous les instruments de la l’Etat : la police, l’armée, le renseignement, la diplomatie…chaque fois que la vie d’un français est menacée quelque part dans le monde, qu’il soit coupable ou innocent. Il est impressionné parce que ça ne se passe pas comme ça chez nous, dans les quasi-Etats d’Afrique subsaharienne. On pourrait s’attendre à la suite d’un attentat terroriste à Fotokol que le chef de l’Etat s’y rende le jour même du drame ou le jour suivant comme cela se fait en France. Il ne le fera pas et aucun membre élevé de la hiérarchie de l’Etat ne s’y rendra, ni le premier ministre(ce collaborateur inutile et invisible),ni le ministre de la défense ,ni celui de l’administration territoriale, ni celui de la communication. Tous vont s’exprimer à partir de Yaoundé.

Comment l’actualité sera-t-elle traitée par la CRTV, cette aspiratrice de redevances ? Un communiqué laconique peut suffire Puisqu’elle n’y possède aucun reporter de guerre. Et pourtant l’actualité terroriste de la région est permanente.

Le fait que certaines victimes du terrorisme soient mieux célébrées que d’autres est d’abord un problème de culture politique et après de puissance.

Il y a une autre vérité qu’on ne saurait occulter. C’est que cela tient aussi en grande partie au cynisme du journalisme. Il y a dans le jargon journalistique la loi bien connu du<< mort kilomètre>>.Une règle qui veut que deux morts dans un accident de métro à Paris pèsent plus lourd que 100 morts dans un accident de train au Nigeria.

Ce qu’on considère généralement comme des émotions collectives planétaires ne sont en réalité qu’un déferlement de sentimentalisme à géométrie variable. Les morts du terrorisme ne se valent pas dans la bourse des émotions.

Revenons au travail des journalistes ? Ce sont les médias qui donnent aux évènements leurs poids politiques par l’intérêt qu’ils leur accordent. Un phénomène mobilise les élites mondiales relativement à son retentissement médiatique. Mais les journalistes ont été préparés dès l’école à traiter l’actualité d’une certaine manière. Ils sont formatés par une méthodologie qui privilégie certaines données bien précises qui vont déterminer la hiérarchie de l’information et la construction de l’actualité.

Qu’est-ce qui fait qu’une information intéresse les journalistes ? N’importe quel étudiant en journalisme pourra évoquer entre autres considérations ;la proximité, la notoriété, l’identité du public, l’impact, la controverse, l’insolite,L’opportunité... Il existe dans cette liste, des considérations qui peuvent jouer contre les damnés de la terre lorsqu’elles interviennent dans le travail d’un journaliste européen. C’est le cas lorsqu’on privilégie la notoriété, la proximité, l’identité du public.

La proximité :

L’évènement s’est il produit près de chez vous ou concerne t-il les habitants de votre ville ,de votre pays ?Ainsi un accident d’avion survenu au Tchad fera les gros titres à N’djamena. Mais il est peu probable qu’une telle information fasse également la Une en Norvège sauf si l’avion transportait des norvégiens.

La notoriété :

Une personnalité connue est-elle en cause ? Un évènement ou un accident banal peut retenir l’attention si une personnalité éminente s’y trouve mêlée. Par exemple un premier ministre ou une vedette de cinéma. Pour revenir à l’accident d’avion au Tchad, la nouvelle fera le tour du monde si l’un des passagers était une star de Rock.

 

L’identité du public :

L’information n’est jamais désincarnée. Elle s’adresse toujours à un public bien précis. Les grands médias d’occident travaillent d’abord pour leurs populations.

Ces populations préfèrent qu’on leur parle des problèmes qui les concernent au premier chef.

© Camer.be : Ndjama Benjamin, Consultant en management stratégique,ndjama@yahoo.com
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