Affaire Enoh Meyomesse: Un Ministre accusé d'avoir manipulé la justice

L'écrivain et blogueur, incarcéré à la Prison Centrale de Kondengui depuis fin décembre 2011 pour «vente illégale d'or», accuse un Ministre de la République d'être à l'origine de ses malheurs.

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Il se veut reconnaissant envers Paul Biya qui a allégé sa procédure judiciaire. Vêtu d'une longue culotte kaki et d'un tee-shirt bigarré, chaussé d'une lire de babouches «sans confiance» bleues, c'est un Enoh Meyomesse tout sourire et resplendissant de bonne humeur qui nous accueille ce samedi 15 juin 2013 dans sa cellule du quartier 3, à la Prison Centrale de Kondengui. Il est environ 16h. Le crâne à la chevelure grisonnante de ce presque sexagénaire est barré par une paire de lunettes transparentes. «Elles sont toutes neuves. Ce sont des Français qui me les ont offertes. Vous savez, à la gendarmerie de Bertoua, j'ai failli perdre la vue», confie l'écrivain et homme politique, incarcéré dans ce pénitencier depuis le 22 décembre 2011.

Enoh Meyomesse, malgré le caractère hostile et bruyant de ce milieu carcéral, se réjouit de ses conditions de détention. «Contrairement à la gendarmerie où j'étais gardé à vue, moi je suis bien ici, je n'ai pas de problème, j'ai un lit, un téléviseur. Pour avoir été accusé de port d'arme on a failli m'envoyer dans une cellule où l'on retrouve des fumeurs de chanvre et des braqueurs. Mais grâce à un gardien de prison, je me suis retrouvé dans cette cellule», confie-t-il. Seul hic, l'auteur de La chute d'André Marie Mbida se dit lâché par les siens. «Toute ma famille m'a abandonné, mes frères et sœurs ne veulent pas venir me rendre visite ici parce qu'ils ont peur de perdre leurs postes, disent-ils», regrette l'écrivain.

Autre frustration, il est interdit d'accès à la salle d'informatique où il s'est abonné pour écrire un ouvrage. «Le régisseur a estimé que j'étais subversif et n'a pas répondu à mes demandes de remboursement de frais d'abonnement. Il a même failli me faire transférer à Yoko (l'une des prisons politiques de l'ex-Président Ahmadou Ahidjo), des gens lui ont dit que si RFI rend compte de ce transfèrement, il va perdre son poste, il s'est ravisé», relate Enoh Meyomesse, le sourire en coin.

«LA JUSTICE MANIPULÉE»

Arrêté fin novembre 2011 en compagnie de 3 autres personnes puis placé en garde à vue à la légion de gendarmerie de Bertoua, il a été accusé de détention illégale d'armes, de trafic illicite d'or, entre autres. Condamné le 26 décembre 2012 à 7 ans de prison par le Tribunal Militaire de Yaoundé, Enoh Meyomesse se dit victime d'un procès kafkaïen. «On m'accuse d'avoir vendu de l'or à Singapour, c'est grotesque! Si je veux vendre de l'or, n'est-il pas plus facile pour moi de me rendre au quartier Briqueterie? Suis-je obligé pour ce faire de me rendre à Singapour, à 25h de vol d'ici? Autre chose, on dit que j'ai vendu de l'or mais nulle part on ne donne le montant de la transaction, l'acheteur et la quantité d'or vendu», s'étonne le blogueur qui dit avoir été accusé sans preuves, ni témoin.

Entre salut d'un geste de la main à un gardien de prison qui passe par là et pique à un détenu, Enoh Meyomesse, accusé également de complicité de braquage, fait savoir que l'auteur principal de ce forfait l'a dédouané. «L'auteur du braquage a avoué au Tribunal Militaire que je ne l'avais jamais envoyé», confie l'écrivain. Pour lui, c'est un Ministre originaire comme lui du Sud-Cameroun (il se garde de le citer nommément) qui est à l'origine de ses ennuis judiciaires. «C'est lui qui a manipulé la justice parce qu'il estimait que je voulais sa place au gouvernement».

Le blogueur en veut également au Ministre de la Communication, Issa Tchiroma qui, lors d'une de ses sorties médiatiques fin décembre 2011, avait déclaré que l'arrestation d'Enoh Meyomesse rentre dans le cadre du grand banditisme. «Celui-là va m'entendre quand je serai libéré, je lui dirai deux mots!», promet l'écrivain, un brin revanchard. Eh oui! Enoh croit en sa sortie prochaine de prison, lui dont le procès en appel s'ouvre ce jeudi 20 juin 2013. «La Cour d'appel ne dit que le droit, donc c'est sûr que je serai relaxé», lance-t-il, serein. Et pour cela, celui qui a battu campagne pour le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) d'Anicet Ekané lors de la présidentielle de 2011, fait une fleur au Président de la République Paul Biya qui, d'après lui, a allégé sa procédure judiciaire qui était en train d'être torpillée par ses bourreaux.

«NIAT NJIFENJI HOMME MODÈLE»

L'échange avec le politologue et journaliste vire à l'actualité. Rien à ce propos n'a échappé à Enoh Meyomesse ces dernières semaines. Niat Njifenji Marcel, Président du Sénat? «C'est un homme modèle, qui n'est pas un adepte des cercles ésotériques, de la franc-maçonnerie. Mais ce qui m'a déçu concernant ce Sénat, c'est la présence en ce lieu du lamido de Rey Bouba qui bafoue les droits de l'Homme dans son lamidat».

Les lettres de Marafa ? «N'importe qui peut écrire des lettres, quand il était au pouvoir, il avait la signature, il aurait dû dénoncer tout ce qu'il écrit aujourd'hui, pourquoi attendre d'être incarcéré?» L'Affaire Michel Thierry Atangana? «C'est un citoyen français et c'est normal que les autorités françaises fassent pression sur nos autorités, même si la Cour Suprême qui va bientôt plancher sur son cas est désormais forclose». On le voit, malgré son cadre de vie restreint, Enoh Meyomesse a gardé sa liberté de ton, en attendant que le verdict de la Cour d'Appel du Centre ne lui rende éventuellement la liberté.

© Michel Biem TongI | Le Soir

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