Affaire des otages français: Boko Haram menace directement Paul Biya

La secte entend multiplier les enlèvements et opérations-suicides si le Chef de l'Etat n'accède pas à leurs revendications.

La secte islamiste Boko Haram refait parler d'elle. Dans une nouvelle vidéo mise en ligne hier et qui aurait été remise à des journalistes nigérians le 15 mars dernier, elle s'adresse directement au Président camerounais Paul Biya. Un homme, vraisemblablement l'otage français Tanguy Moulin-Fournier, le père de cette famille (dont trois enfants âgés entre 5 et 12 ans), enlevée le 19 février dernier à Dabanga dans la Région l'Extrême-Nord du Cameroun, s'écrie : «Ils nous libéreront si vous libérez les hommes qui ont été arrêtés au Cameroun», dit-il. «Boko Haram ne veut pas entrer en conflit avec le Cameroun, mais si vous arrêtez à nouveau leurs membres, ils multiplieront les enlèvements et les opérations-suicides avec plus de vigueur qu'au Nigeria», lance t-il d'une voix roque, et visiblement sous la menace des ravisseurs.

C'est la première fois que la secte islamiste fondée par Mohammed Yussuf en 2002 à Maiduguri dans l'Etat du Borno au Nigeria, s'adresse directement aux autorités camerounaises et plus précisément à Paul Biya. Certes, dans la première vidéo postée le 25 février 2013, ils interpellaient les autorités camerounaises, mais n'avaient brandi aucune menace. Ils affirmaient alors : «Nous avons été arrêtés par le groupe sunnite pour la prédication et le dji¬had, (GSPD, le nom arabe du groupe djihadiste nigérian Boko Haram, Ndlr). Ils veulent la libération des Frères (du groupe djihadiste) emprisonnés au Cameroun et la libération des femmes (du groupe) emprisonnés au Nigeria».

La diffusion de cette vidéo intervient 48 heures après la visite au Cameroun du Ministre français des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, où au cours de son entretien avec le Chef de l'Etat camerounais, vendredi dernier, il a largement été question de la situation des otages. Sur cette base, que recherche réellement les ravisseurs? Visiblement, mettre la pression sur le Cameroun qui, d'après eux, apparaîtrait comme le maillon faible de la chaîne. En effet, les services de sécurité camerounais ont été critiqués par les nigérians pour leur laxisme aux premières heures de l'enlèvement.

Endroit désertique

En plus, de nombreuses personnalités françaises ont dénoncé le manque de coopération entre les autorités nigérianes et camerounaises pour retrouver les otages. A ces deux facteurs, s'ajoute un autre et pas des moindres, le fait que contrairement aux Présidents François Hollande et Goodluck Jonathan qui ont eu des positions très fermes vis-à-vis des ravisseurs dès les premiers jours de la prise d'otage, Paul Biya est resté muet. Un mutisme qui peut être interprété comme signe de faiblesse par les preneurs d'otages. A priori, Boko Haram voudrait exploiter toutes ces failles dans la posture du Cameroun, afin d'obtenir éventuellement gain de cause. Cependant, rien n'est si sûr car les autorités nigérianes s'opposent radicalement à toutes négociations avec cette organisation islamiste qui a déjà entraîné la mort de près d'un millier de personnes. La nouvelle vidéo nous donne des précisions sur la situation physique et morale des otages et éventuellement leur localisation.

«Nous sommes détenus depuis 25 jours dans un endroit désertique. Nos conditions de vie sont très dures, notamment pour les enfants. Nous perdons nos forces chaque jour et commençons à être malades. Nous ne tiendrons pas longtemps», souligne Tanguy- Moulin. Samedi dernier, devant la communauté française de Yaoundé, Laurent Fabius est resté peu disert sur la situation des otages. A cet effet, il a souligné : «Le plus grand souhait, le seul souhait, que nous pouvons formuler, c'est de les retrouver vite et vivants. Tous les moyens sont mobilisés à cette fin. Les moyens de la France et les moyens des pays concernés (...). C'est légitime que le Gouvernement de la République se mobilise et c'est le sens de ma visite».

source: mutations

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