2013 et ses objectifs: Ce que nous voulons aujourd’hui

 

Comme disait Ruben Um Nyobè à la Tribune de la 4è Session de l’Organisation des Nations-Unies le 17 décembre 1952, «notre pays doit progresser vers l’Indépendance».

Et au début du discours que nous allons re-écouter ce 15 décembre, il donne quelques explications à propos de ce « projet de l’Indépendance du Kameroun ». De même, 60 ans après, nous devons vous redire pourquoi ce projet reste le nôtre ! A l’ époque trois reproches principaux était faits aux Upécistes : l’ UPC n’était pas présent à l’ Assemblée (Territoriale)-nous savons pourquoi ; accepter d’entendre son représentant à cette tribune universelle allait donner encore plus de prestige à une organisation que les colons qualifiaient alors de terroriste... et enfin, l’ UPC avait violé les règles administratives en s’adressant directement au Représentant des Nations-Unies au lieu de passer par le Conseil de tutelle pour faire sa demande d’audition.

Objectifs immédiats

Or nous le savons tous aujourd’hui : non seulement l’UPC a été le seul parti qui représentait vraiment l’ensemble de la population camerounaise mais d’avoir été le porte-parole de ce mouvement nationaliste jusqu’à la Tribune des Nations-Unies, a - malgré 50 ans de répression et de clandestinité- donné un prestige historique aux militants nationalistes et par ricochet, la fierté à nous tous, d’être Camerounais !

Il nous faut donc d’abord rassembler tous les résistants au régime en place : c'est-à-dire tous les nationalistes, tous les socialistes et surtout tous les Nouveaux Mouvement Sociaux (appelés partis d’opposition) qui comme la Coordination des Forces Alternatives, ont la prétention d’avoir continué ce combat et qui sont maintenant convaincus que nous n’arriverons à résoudre aucun problème dans ce pays tant que nous ne sortirons pas du régime politique qui nous est imposé depuis 60 ans.

Ensuite Nous devons encore aujourd’hui solliciter le soutien des Nations-Unies si nous voulons sortir pacifiquement de la tutelle de la France. Nous devons remettre l’Organisation des Nations unies devant ses responsabilités : Um Nyobè rappelle dans ce discours la différence entre le régime de Mandat et celui de Tutelle « Les théoriciens de la colonisation laissent aussi accréditer l’idée que le régime de tutelle est la simple continuation du régime de mandat. Mais cela n’est pas vrai.

Le régime de mandat a été institué dans l’esprit du Pacte colonial...Le régime du mandat a donc été un camouflage de la colonisation pure et simple et toute substance des pratiques découlant de ce régime dans un pays sous-tutelle des Nations-Unies ne peut que compromettre les buts poursuivis par celles-ci dans le territoire en question... ».

Cinquante deux ans de pratiques de la tutelle de la France permettent aujourd’hui à ceux d’entre nous qui peuvent comprendre l’importance de ces enjeux qu’aucun pays ne devient indépendant par décret d’un Etat étranger, d’un autre pays : ce qui est notre cas. Avoir proclamé l’indépendance du Cameroun le 1er Janvier 1960 n’a pas fait du Cameroun un pays souverain...

Enfin, nous devons convoquer et tenir cette Consultation Générale qui nous est refusée depuis 60 ans parce que ce n’est que par l’Assemblée des peuples qui va en sortir que les peuples camerounais pourront –s’asseoir autour d’une table, se regarder dans les yeux, se reconnaître les uns les autres (avec nos défauts mais aussi nos qualités...) et pouvoir enfin se dire : Nous peuples camerounais , rassemblées ici ce matin, décidons de constituer une seule et même Nation et donnons –nous les institutions qui peuvent nous permettre de vivre ensemble sur le Terre de nos ancêtres à nous tous !

Pourquoi ce droit des peuples à disposer d’eux-mêmes nous est refusé depuis des décennies ?

Les objectifs de 2013 Il nous faut donc au moins une année à enregistrer toutes les revendications nationales de nos populations et créer des Commissions spécialisées qui travailleront à trouver des stratégies et des solutions à tous ces problèmes décrits déjà tant et tant de fois dans les livres et les articles.

Pour notre Parti, ces préoccupations qui bloquent le développement de notre pays s’articulent autour de trois questions principales qui constituent les « fondamentaux » de notre réflexion et de notre programme politique depuis des années :

- La question de notre Souveraineté implique non seulement de faire le bilan de la gestion de notre fortune nationale ces cinquante dernières années, mais aussi de revoir probablement les Accords économiques qui nous lient aux pays étrangers dans tous les secteurs de notre activité économique afin de faire valoir d’autres modes d’organisation ;

- La question de l’Etat de droit implique de revoir la nature même de nos institutions : instituer des droits inaliénables aux citoyens, une justice indépendante et la question des élections : pourquoi serions-nous les seuls peuples de la terre incapables de trouver des modes de passation de pouvoir autrement que tragiques ! Comme depuis 60 ans, l’Etat-Parti s’organise déjà pour continuer à piller le pays à l’occasion de la nième mascarade électorale prévue en 2013.

Le Mouvement de résistance que nous convoquons ce 15 décembre doit prendre les devant et montrer – en organisant les primaires de « l’Opposition », que nous sommes capables de mieux faire.

- La question du tribalisme qui mine notre Société et toute conscience de l’intérêt général dans ce pays. Il existe des contributions importantes (historiques et sociologiques) sur ce problème de l’unité nationale. Nous ne devons pas continuer à faire l’autruche...

C’est comme je l’ai dit dans une de mes chroniques « l’arme fatale » pour détruire nos pays et dans tous les cas bloquer notre humanité au stade primaire et élémentaire sous le fallacieux prétexte d’identité.

La question qui reste à ce jour sans réponse est : pourquoi les Africains seraient les seuls peuples au monde dont la conscience identitaire n’est faite que d’un seul élément : la tribu ?

Tant que nous n’aurons pas de réponse satisfaisante à cette question, notre parti sera le seul (sur les 300 ?)à préconiser l’abolition des tribus... La libération du Peuple Camerounais Comme nous le disons dans nos statuts (article 1er) depuis 1997 Le but de la Coordination est de la création de conditions d'une réelle alternative politique, économique et sociale au Cameroun.

Les objectifs de la CFA sont à cet effet :

- La libération de l'État camerounais du totalitarisme

- La libération de l'économie camerounaise de l'impérialisme

- La libération des femmes camerounaises du patriarcat et donc du tribalisme

Rien que ce dernier aspect de la libération de plus de la moitié de ce peuple est tout un combat etl’histoire de ce combat fait également référence aux différentes stratégies que les femmes ont conçues à travers les âges sur toute l’étendue de la Terre.

1. Rechercher le dialogue

2. Etablir des relais

3. Créer des lieux de formation et d’échanges

4. Peser sur les instances et les orientations politiques

5. Alerter l’opinion, on parle aujourd’hui de « plaidoyer »

6. S’appuyer sur la laïcité, valeur fondatrice de la république !

7. Inscrire la parité dans les Constitutions et les institutions

8. Promouvoir les candidatures de femmes à tous les postes et fonctions électifs

9. S’associer à tous les combats pour la reconnaissance des droits des femmes

Sur la longue durée, dans le passé comme dans l’avenir, il s’agit de modifier la conscience sociale pour faire prévaloir l’intérêt des femmes aussi, ce qui ne peut que favoriser le développement d’une autre approche de la politique.

Pour ce faire, nous avons ensuite mis en œuvre un certain nombre de mécanismes :

- Des assemblées des femmes de l’Egypte pharaonique aux rébellions des femmes dans nos sociétés traditionnelles du Cameroun.

- De la Déclaration universelle des droits des femmes d’Olympe de Gouges (1791) aux ministères de la condition féminine imposés par les Nations-Unies;

- Des centaines et de milliers d’associations de femmes camerounaises (de lutte contre les violences faites aux femmes) ...aux lois sur la parité en France, sur le statut des femmes dans des Codes de la famille.

Tout cela en près de trois mille ans n’a pas pu nous garantir une société qui fonctionne sur la base de nos valeurs fondamentales aussi : le bonheur, le courage et ...la beauté. Tout le monde dit aujourd’hui que : le degré de démocratie d’un pays se mesure au statut réservé aux femmes.

C’est quoi le statut des femmes au Cameroun ?

Une parmi nous a dit qu’elle n’a rien trouvé sur la parité au Cameroun ! Prenons seulement depuis la fin de la 2è guerre mondiale : tout ce que les femmes ont fait au Cameroun pour « féminiser un peu plus notre société » tout cela n’apparait nulle part : pas plus sur Internet que dans nos consciences ! Mais on nous balance régulièrement que « les femmes sont les piliers de la société » !

- Lutte pour l’indépendance : combien sont mortes dans les maquis et les camps de la mort ?

On nous a « accordé » le droit de vote, depuis 1946 et alors, il nous sert à quoi depuis 50 ans ? Regardons notre représentativité dans les lieux de « leur » Pouvoir ! Nous a-t-on jamais demandé notre avis sur un seul problèmeconcernant la gestion de ce pays ? Qu’il s’agisse des questions de souveraineté national, des questions de droit nous concernant et encore moins des affaires touchant l’avenir des enfants que nous mettons au monde chaque jour en risquant nos vies ! - Travail de production et de reproduction : aucune rémunération, des générations de femmes, nos mères et grands-mères mortes dans la misère ! Ce travail n’apparait même pas dans la comptabilité nationale si tant est qu’il y en ait une !

Combien de femmes riches y a t-il au Cameroun ?

L’Opération « Epervier » en a attrapé combien ? Non contents d’avoir tant et si bien pillé ce pays que les hommes qui gèrent nos vies, nos familles en viennent aujourd’hui à organiser des circuits de trafics de nos bébés... et bientôt je vous le dis, ce sera nos utérus ! - Luttes pour nos droits sociaux : aller à l’école, avoir un travail salarié, un compte en banque, contre les violences, pour êtres des citoyennes à part entière, porter le pantalon, disposer de notre corps, décider de notre maternité comme travailler à notre épanouissement personnel reste un privilège, etc ... on en vient à regretter le temps des médailles aux familles nombreuses...

Nous avons dû nous battre au Cameroun pour porter le pantalon si pratique et encore, il reste des endroits publics interdits aux femmes en pantalon dans notre pays... Alors les femmes ont décidé de reprendre l’initiative... Dans toutes nos langues traditionnelles la femme reste la « chose » de quelqu’un !Si nous devons « travailler sur la Parité », il nous faut :

1 - une volonté politique forte si tant est que nous sommes vraiment les piliers de notre société ! Cela ne peut se limiter à un simple décret ni même une loi sur la parité tant nous en avons vu les limites sous d’autres cieux. Cela va chercher loin dans notre passé, très loin... au bord du Nil, pour renouer avec notre tradition de bicaméralisme politique. Voilà pourquoi, le CRI des femmes camerounaises avait lancé « l’opération 100 femmes au Parlement » en mars 2007

2- Cela nous permettra de résoudre de nombreux problèmes qui restent sans solution depuis au moins 50 ans dans ce pays. Voilà pourquoi le CRI des femmes camerounaises propose une assemblée des peuples camerounais depuis 2008 et que le Cardinal Tumi nous a répondu en disant qu’un véritable espace de débat politique doit donc s’ouvrir.

3 - En tout état de cause, il s’agira pour nous de continuer à travailler aussi pour la Nation toute entière et en particulier pour les jeunes femmes qui sont notre avenir. Voilà pourquoi, ce 8 mars 2012, une jeune femme, a proposé l’ouverture d’une Université des femmes pour promouvoir la reconquête d’espaces élargies de (l’autre) parole et des connaissances des femmes car cela fait partie de notre héritage culturel comme Cheik ANTA DIOP nous y invitait il y a 30 ans: « De l’étude de notre passé, nous pouvons tirer une leçon de gouverner.

La régime matrimonial aidant, nos ancêtres, antérieurement à toute influence étrangère, avaient fait à la femme une place de choix. Ils voyaient en elle, non seulement la courtisane, mais la mère de famille. Ceci est vrai depuis l’Egypte pharaonique jusqu’à nos jours. Aussi, les femmes participaient-elles à la direction des affaires publiques dans le cadre d’une assemblée féminine siégeant à part mais jouissant de privilèges analogues à celles des hommes... »

Marie Louise Eteki-Otabela, Présidente de le Coordination des Forces Alternatives

© Marie Louise Eteki-Otabela | La Nouvelle Expression

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