Soudan du Sud: au moins quatre morts dans des violences ethniques

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Au moins quatre personnes ont été tuées mercredi dans la ville sud-soudanaise de Wau au cours d'affrontements entre des groupes ethniques qui ont poussé plusieurs milliers d'habitants à se réfugier auprès de la force de l'ONU, selon des témoins. "Quatre personnes sont mortes (...) Elles avaient des blessures à la tête.

Certaines ont été écrasées, d'autres ont été brûlées", a déclaré soeur Rosemary Oduol, travaillant à l'hôpital Comboni, le seul établissement de soins de Wau. La religieuse craint que des blessés ne puissent pas recevoir de soins: "Il n'est pas possible de parvenir jusqu'à l'hôpital (...) les soldats ne font que ramener des gens et les déchargent" à l'hôpital, a-t-elle dit.

De son côté, la police de Wau ne fait état que d'un seul mort. Les violences ont duré plusieurs heures, mais le calme était revenu mercredi en fin d'après-midi à Wau, capitale de l'Etat sud-soudanais du Bahr el-Ghazal Occidental (nord-ouest) où des maisons et des boutiques ont été incendiées et de nombreux coups de feu entendus. "J'ai vu deux personnes tuées.

L'une avec une importante blessure à la poitrine, une autre coupée en morceaux à la machette et la tête fracassée", a déclaré Deng Dimo, correspondant à Wau du site internet sud-soudanais d'informations Gurtong. Un officier de police à Wau, Juma Rafi, a indiqué ne pas savoir combien de personnes avaient été tuées. Il a simplement confirmé la mort d'un homme de la tribu Balanda, tué "à coups de machette et de bâton". "L'information sur un autre mort n'est pas claire", a-t-il ajouté, évoquant également de "nombreux blessés" et "plus de 200 maisons incendiées".

Un journaliste d'une radio locale, Assad al-Tahir, a raconté avoir vu "1.000 à 2.000 (membres de la tribu) Dinka" attaquer des Balanda, les accusant d'être responsables de la mort de six Dinka, dont les corps ont été trouvés ces derniers jours à l'extérieur de la ville. Les assaillants ont également incendié des maisons et pillé des commerces. "Il y a tellement de coups de feu et tellement de maisons incendiées, je vois tellement de bâtiments en flammes", avait déclaré plus tôt dans la journée Bible Manding, un membre de la société civile présent à Wau.

Fuite de civils "Toutes les personnes qui se trouvent dans la zone sont dehors, en train de courir", avait renchéri une autre responsable de la société civile, Natalina Andrea Mabo. Le ministre de l'Information de l'Etat du Bahr el-Ghazal Occidental, Derek Alfred, a confirmé que la police avait "tiré en l'air pour disperser" les assaillants. Wau avait été le théâtre de violentes manifestations début décembre.

Neuf manifestants avaient alors été tués par les forces de l'ordre. Liam McDowal, porte-parole de la mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), a indiqué à l'AFP que "plusieurs milliers de civils sont sous la protection de l'ONU en dehors et à l'intérieur du camp" de la Minuss. Des Casques bleus ont été déployés dans la ville pour y effectuer des patrouilles.

La force de l'ONU avait auparavant indiqué avoir autorisé une centaine de personnes à se réfugier dans sa base. Certains des civils ont cependant quitté le refuge du camp de l'ONU et ont regagné leur domicile, à l'instar d'Osborne Buhere, un homme d'affaires qui a précisé que l'armée sud-soudanaise (SPLA) patrouillait aussi en ville et qu'il n'entendait plus de coups de feu. "La plupart des maisons où les affrontements ont débuté ont été brûlées (...)

Je ne peux pas dire combien, mais beaucoup", a-t-il dit. Les premières manifestations avaient éclaté en décembre après l'annonce par les autorités locales que le siège de l'Etat du Bahr el-Ghazal Occidental serait transféré de Wau à Bagare, une petite ville voisine. Des membres de la société civile accusent cependant des responsables du gouvernement local d'alimenter les tensions ethniques.

Le jeune Soudan du Sud, qui a acquis son indépendance du Soudan en juillet 2011, est infesté d'armes à feu, issues de décennies de conflit civil entre une rébellion sudiste aujourd'hui au pouvoir à Juba et les autorités de Khartoum au Nord.

Les forces de sécurité sud-soudanaises sont aussi composées d'ex-rebelles. Le Soudan du Sud, dont les relations restent très tendues avec le Soudan, est régulièrement frappé par des affrontements entre groupes ethniques.

© 2012 AFP

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