Sénégal: Macky Sall élu président, Abdoulaye Wade reconnaît sa défaite

 

L'ex-Premier ministre Macky Sall est devenu dimanche le nouveau chef de l'Etat sénégalais en battant au second tour de la présidentielle son rival Abdoulaye Wade qui a reconnu sa défaite avant même les résultats officiels d'un scrutin qui s'est déroulé pacifiquement. En dépit des craintes suscitées par la nouvelle candidature du président Wade, 85 ans, élu en 2000 et réélu en 2007, la victoire acceptée de son ancien ministre et Premier ministre qu'il appelait son «apprenti», est le signe de la vitalité démocratique du Sénégal. Le président Wade «a appelé dimanche à 21h30 son rival Macky Sall» pour «le féliciter après les premières tendances qui le donnent vainqueur du second tour de la présidentielle», ont annoncé les médias publics (agence de presse et télévision).

L'information a été confirmée par Moussa Diop, un proche conseiller de Macky Sall qui a déclaré: «La victoire est officielle, Wade a reconnu sa défaite». Les premiers résultats officiels n'étaient pas attendus avant mardi ou mercredi, mais les chiffres bureau par bureau égrenés depuis la fermeture des bureaux de vote à 18h00 par les médias sénégalais donnaient M. Sall, 50 ans, en tête dans la plupart d'entre eux. Avant même l'annonce de sa victoire, des milliers de personnes se sont rassemblées devant le siège de campagne à Dakar de Macky Sall, aux cris de «Macky président», «Cette fois ça y est!» ou «On a gagné» et en dansant au son d'une musique rythmée poussée à fond par une puissante sonorisation.

Des scènes de liesse similaires ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Dakar, y compris au coeur de la ville, Place de l'Indépendance, proche du palais présidentiel. Hormis l'action d'hommes armés qui ont perturbé le vote dans quelques bureaux en Casamance (sud), région en proie à une rébellion indépendantiste depuis trente ans, aucun incident grave n'a été signalé lors du scrutin dans le reste du pays. Le Sénégal est souvent cité comme l'un des rares exemples de démocratie en Afrique, en particulier en Afrique de l'Ouest régulièrement secouée par des violences politico-militaires, comme en témoigne le coup d'Etat qui a renversé jeudi au Mali voisin le président Amadou Toumani Touré.

Wade oublie son bulletin

La campagne a donné lieu à quelques incidents entre partisans des deux candidats, sans commune mesure toutefois avec les manifestations et les violences avant le premier tour du 26 février et qui avaient fait entre 6 et 15 morts selon les sources, et au moins 150 blessés. Thijs Berman, chef des observateurs de l'Union européenne (UE), avait espéré que le Sénégal montrera «un exemple fort» de démocratie dans la région après le coup de force au Mali. Dès l'ouverture des bureaux, des files d'attente se sont formées, comme au premier tour, où la participation avait tout juste dépassé les 51%. Beaucoup d'électeurs avaient préféré ne pas révéler leur vote mais Ndèye Fall, une institutrice qui a voté dans un quartier populaire de Dakar, avait souhaité la victoire de Macky Sall «parce que les temps sont durs».

Candidat à sa propre succession, Abdoulaye Wade était arrivé en tête du premier tour avec 34,81% des voix, suivi de Macky Sall (26,58%). Mais ce dernier, âgé de 50 ans, a obtenu le ralliement des douze candidats battus du premier tour, qui voulaient barrer la route à M. Wade dont ils jugeaient la candidature «anticonstitutionnelle» après deux mandats. Macky Sall disposait également du soutien de mouvements de jeunes comme «Y'en a marre» et de celui du célèbre chanteur Youssou Ndour. M. Sall a voté dans la matinée dans une école de sa ville de Fatick (centre) et a salué «la mobilisation» des Sénégalais. Le président sortant a voté en famille dans son quartier du Point E à Dakar, où il a été accueilli sous les acclamations de 200 à 300 partisans. Il a oublié son bulletin dans l'isoloir et est allé le rechercher pour le glisser dans l'urne, a constaté un photographe de l'AFP. Lors du premier tour, il avait été copieusement sifflé dans ce même bureau. Au total, quelque 300 observateurs étrangers ont surveillé le vote, notamment de l'Union africaine (UA), de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et de l'Union européenne (UE).

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