Russie : l'opposition peine à mobiliser

moscou.jpg

Le rassemblement moscovite de l'opposition à Vladimir Poutine , sur la place Loubianka, siège du FSB, s'est soldé samedi par de nombreuses arrestations. Deux heures trente après le début de la manifestation, et sous les cris de «Honte» et «à bas l'état policier», les troupes anti-émeutes avaient déjà procédé à près de 40 interpellations, aussi bien des jeunes que des femmes d'âge mur. Le quartier était totalement quadrillé. Les deux principaux leaders du mouvement de contestation, Alexeï Navalny et Sergueï Oudaltsov, ont à peine eu le temps de s'adresser à la foule. Ce dernier, responsable du mouvement Solidarnost (extrême gauche) a été embarqué quelques minutes après son arrivée.

Boris Nemtsov, pour sa part, autre figure du mouvement d'opposition, n'a pas été inquiété. Un peu plus d'un millier de personnes (700 selon des sources policières) s'étaient réunies sur la place Loubianka pour un rassemblement qui, pour la fois première depuis le début du mouvement de contestation, n'avait pas été autorisé par les autorités russes. À Saint-Pétersbourg, on a compté 500 personnes de sources policières, avec 26 arrestations.

Sans aucune pancarte ou signes distinctifs, nombre des participants moscovites étaient venues déposer des fleurs sur la stèle de la place Loubianka, érigée lord de la chute de l'URSS, en mémoire des victimes des répressions staliniennes. Au début de la manifestation, bien qu'un hélicoptère tournoyait en permanence au-dessus de la place, les forces du ministère de l'Intérieur se sont plutôt montrées discrètes. À l'aide d'un mégaphone, des policiers demandaient à la foule de «ne pas céder aux provocations et de rejoindre le métro».

Lorsqu'au bout de deux heures, un cordon de manifestants s'est formé autour de la stèle, en criant «liberté pour les prisonniers politiques», les forces spéciales anti-émeutes (OMON) ont commencé à embarquer les manifestants, certains en les traînant par terre. «Le pouvoir a peur mais aussi désormais la population, qu'on essaye d'intimider», déplorait Anna, une retraitée, qui, pour sa part, n'a pas manqué une seule des manifestations anti-Poutine organisées depuis un an. Malgré le faible nombre de manifestants samedi, «l'opposition n'est pas dans une impasse, elle est en voie de reconfiguration, simplement elle ne peut pas se contenter, indéfiniment, de dénoncer les falsifications électorales qui ont déjà eu lieu il y a un an», estime le politologue Dmitri Arechkine, membre du Conseil des droits de l'homme auprès du Kremlin, et présent sur la Loubianka.

Pour sa part, le seul député de la Douma opposant à Poutine, Lev Ponomarev, s'est félicité des résultats du rassemblement, compte tenu du fait que la manifestation avait été interdite. «La prochaine fois, ce n'est même pas la peine de chercher à se mettre d'accord avec les autorités, autant continuer à exerces des manifestations illégales» conseillait ce parlementaire. Néanmoins, le mouvement de contestation est réellement en perte de vitesse et ses leaders se déchirent sur la future stratégie à adopter. Conscient de ce rapport de forces qui tourne en sa faveur, le pouvoir russe pourrait être tenté de serrer encore plus la vis dans l'espoir de forcer définitivement ses opposants au silence.

Le Figaro.fr

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau