Royaume-Uni: une campagne de communication anti-clandestins fait polémique

111-menottes-generic-corruption-431695618-copie.jpg

 

Rentrez chez vous», c’est le message qui est en ce moment martelé en Grande-Bretagne à l’adresse des clandestins. Difficile d’y échapper, car il est au cœur d’une vaste campagne publicitaire. Une initiative qui provoque une belle polémique. C’est à la fois le message et la méthode qui choquent les Britanniques. De notre correspondante à Londres, Cette campagne ne fait pas dans la dentelle. Pendant une semaine les habitants de six arrondissements londoniens ont vu deux camionnettes sillonner leurs rues, avec cet avertissement brutal : « Vous êtes au Royaume-Uni illégalement, rentrez chez vous, ou vous serez arrêtés ».

A côté de ce slogan, on voit sur l’affiche une paire de menottes et encadré, le nombre d’arrestations effectuées la semaine précédente, dans le quartier. Les camionnettes ne sont plus en service actuellement, mais des dépliants et des affichettes, avec un numéro de téléphone, sur lequel on peut envoyer des messages pour recevoir une aide au départ, sont, eux, toujours en circulation, dans les cafés internet et les marchands de journaux de ces quartiers. Le ministère de l’Intérieur, qui est à l’origine du projet, estime que c’est un moyen plus rentable de renvoyer les sans-papiers, en faisant valoir que cette campagne n’a coûté que quelque 11 000 euros, contre 17 000 euros pour renvoyer un immigré, de force, dans son pays.

Et selon le ministère, il suffit qu’un seul clandestin se présente volontairement, pour que cette campagne pilote soit un succès. Il envisage d’ailleurs de l’étendre à tout le pays. Division au sein de la majorité au pouvoir L’initiative passe mal, jusque dans la majorité au pouvoir. Les libéraux-démocrates, qui font partie de la coalition de David Cameron, n’ont pas caché leur colère. Et à en croire le ministre du Commerce, libéral démocrate, Vince Cabel, cette campagne n’a absolument pas été approuvée par son parti. Et il l’a d’ailleurs qualifiée de « stupide et insultante ». Les libéraux-démocrates se désolidarisent donc complètement du projet, qu’ils estiment dangereux pour la cohésion entre les différentes communautés des quartiers de Londres.

Ils ne sont pas les seuls, l’opposition travailliste a jugé l’initiative ridicule. Et plus étonnant encore, même le Ukip, le petit parti anti-européen qui a fait récemment une percée électorale, en faisant justement de l’immigration son cheval de bataille, a lui aussi condamné la campagne. Pour le chef de l’Ukip, Nigel Farage, le ton de ces publicités est extrêmement déplaisant, il estime que ça fait très « Big Brother » et que c’est tout simplement une façon lamentable d’inciter les sans-papiers à retourner dans leur pays. Car ce qui choque, c’est surtout, effectivement, ce slogan « Go home » : « Rentrez chez vous », qui rappelle en fait à beaucoup, les graffitis racistes qui florissaient sur les murs du pays dans les années 90.

Engagement de David Cameron à réduire le nombre d’immigrés avant 2015

Le gouvernement conservateur fait aujourd’hui dans la surenchère sur l’immigration, car cela a toujours été le sujet de prédilection de David Cameron. Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, et même avant, le Premier ministre s’est engagé à réduire de 250 000 à 100 000 par an, le nombre d’immigrés d’ici 2015, date des prochaines élections législatives. Et cet objectif a été exacerbé ces derniers mois, par le succès de ce petit parti Ukip qui s’est attiré les suffrages de nombreux électeurs conservateurs, en prônant une politique encore plus dure sur l’immigration et la protection des frontières contre les clandestins.

Mais cette surenchère intervient, alors même qu’une commission parlementaire vient de critiquer les statistiques officielles avancées par le gouvernement, qui pour elle, ne sont pas plus que des suppositions et ne veulent en réalité rien dire. Donc pour beaucoup, la croisade du parti conservateur apparaît avant tout très politique et pourrait même se retourner contre lui à force de vouloir surpasser les partis populistes britanniques, à coup de slogans aux relents racistes.

@  Muriel Delcroix / RFI

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 01/08/2013