Lutte contre le terrorisme : Après le Tchad et le Cameroun, le Sénégal renonce à la burqa et à ses suppôts

Face à l’activisme islamiste sur le continent africain, le président sénégalais a pris une décision à contre-courant dans un pays à 95% musulman. Il a interdit aux femmes le port du voile intégral qui, selon lui, ne correspond en rien à «notre conception de l’Islam». Une mesure qui intervient près de six mois après celle prise par le Tchad, le Cameroun et le Gabon pour des raisons de sécurité.

Tchadienne, revêtue de la Burqa, le voile intégral qui ne laisse voir que les yeux, faisant la queue devant un bureau de vote à N'Djamena le 3 mai 2006 pour le premier tour de la présidentielle. | © AFP PHOTO/ISSOUF SANOGO

Confrontés aux attentats meurtriers des islamistes de Boko Haram, certains pays africains ont commencé à prendre des mesures préventives. Dernier pays en date, le Sénégal où le président Macky Sall a pris la décision d’interdire aux femmes le port de la Burqa ou Niqab, ce vêtement islamique qui ne laisse apparaître que les yeux.

La burqa contraire à la conception sénégalaise de l’Islam

Pour lui, «le port du voile intégral ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions, ni même à notre conception de l’Islam.» Il faut avoir «le courage de combattre cette façon excessive de nous imposer une manière d’être», a-t-il précisé, «nous ne pouvons pas accepter qu’on nous impose des modèles d’habillement venus d’ailleurs.»

Une mesure de sécurité nationale, corroborée par le ministre de l’intérieur Abdoulaye Daouda Diallo pour qui le pays n’est pas à l’abri du terrorisme religieux. «L’Etat restera intransigeant sur l’interdiction de porter le Niqab», a-t-il prévenu, parce qu’il empêche l’identification de tous les citoyens et la prévention du terrorisme.

En effet, ce sont les forces de sécurité du pays, police, gendarmerie et forces armées qui auraient, selon le quotidien sénégalais l’Observateur, convaincu le président de prendre une telle disposition.

Même si les autorités ont pris soin de préciser que cette décision ne visait pas à affaiblir l’Islam, religion de 95% de la population, elle est loin de faire l’unanimité.

Des jeunes refusent de se déguiser comme des Ninjas

Selon Senenews, elle a été bien accueillie par les étudiants de l’université Cheikh Antra Diop (UCAD) qui y voient «un bon moyen de nous protéger des Djihadistes en Burqa». Même une jeune musulmane disciple de la confrérie Tidjane voit dans la burqa «une hypocrisie, du pur fanatisme. Notre religion, dit-elle, ne nous a pas dit de nous cacher derrière des masques pour sortir dans la rue tels des Ninjas.»

Toutefois, dans un pays où les marabouts restent incontournables en politique, la décision fait polémique. Certains comme le jeune Iba, habillé en boubou et pantalon trois-quart, estime : «Nous ne devons même pas en parler, car en matière de religion la politique n’a pas sa place.»

Quant à l’Imam de la grande mosquée de l’UCAD, même s’il estime que «les narco-djihadistes souillent les symboles vestimentaires de l’Islam», il rappelle que «le port du voile est un commandement divin» et «c’est méconnaître l’Islam que de dire que la Burqa ne fait pas partie de la culture musulmane».

Enfin, témoignant de l’importance de l’imbrication du religieux dans la gestion du pays, l’ancien ministre des Affaires religieuses de l’ère Wade, Bamba Ndiaye, a vertement critiqué la décision du président. «Nous ne sommes pas dans un Etat d’urgence», a-t-il dit en allusion à la situation française, et en l’absence d’une insécurité totale il suggère à Macky Sall de passer par l’Assemblée Nationale pour une telle décision.

Des mesures préventives contre les djihadistes sur le continent

Le Sénégal n’est en tout cas pas le premier pays du continent à prendre une telle disposition. Deux jours après un double attentat-suicide qui avait fait 33 morts à Ndjamena, le Tchad, musulman à plus de 50%, a décrété, le 17 juin 2015: «Le port de la burqa doit cesser immédiatement à compter de ce jour, non seulement dans les lieux publics mais sur toute l’étendue du territoire.»

Le 24 juillet 2015, au lendemain d’une attaque-suicide menée à Maroua par deux femmes, qui a fait 13 morts et 31 blessés, le Cameroun, où moins d’un tiers de la population est musulmane, avait décidé d’étendre l’interdiction du voile intégral aux régions de l’Est et du littoral Ouest où se trouve la capitale économique Douala. La mesure avait été instaurée une semaine auparavant dans l’extrême nord du pays, frontalier du Nigeria et en butte aux islamistes de Boko Haram.

Enfin le Gabon, bien que sans frontière avec le Nigeria et épargné par les djihadistes, a pris le 14 juillet 2015 des mesures similaires. «Pour des raisons de sécurité», le gouvernement a ordonné aux forces de police «de procéder à tout moment à l’identification de toute personne portant un voile intégral sur la voie, les services et espaces publics ainsi que dans les transports en commun».

Le ministre gabonais de l’Intérieur Guy Bertrand Mapangou a jugé bon préciser que cette mesure «ne constituait point une entrave aux libertés fondamentales individuelles».

Source : © France TV Info

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