Laurent Fabius aux prises avec la rumeur

"Libération" lui attribue un compte en Suisse. Le ministre des Affaires étrangères a annoncé des poursuites contre le quotidien. La suspicion continue...

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Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a démenti lundi détenir un compte bancaire en Suisse, une rumeur évoquée par le journal Libération, et menacé de poursuites judiciaires ceux qui la propagent. Son avocat, Me Jean-Michel Darrois, en lien avec un avocat suisse, va demander formellement à des banques suisses de confirmer qu'il ne possède pas de compte dans leurs établissements, a-t-on appris de source proche du dossier.

"Je démens formellement la rumeur, relayée par Libération, (...) m'attribuant un compte en Suisse. Elle ne repose sur aucun élément matériel et est dénuée de tout fondement", a assuré le chef de la diplomatie dans un communiqué. Selon Libération, l'hypothèse d'un compte bancaire caché de Laurent Fabius en Suisse inquiète l'Élysée depuis trois jours, en raison d'une enquête menée par le site d'informations Mediapart, en pleine crise provoquée par la démission de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac. Ce ministre-clé du gouvernement avait nié détenir un compte illégal en Suisse, puis à Singapour, pendant quatre mois avant de le reconnaître mardi dernier, le jour de sa mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale. "Si Fabius a effectivement un compte en Suisse, c'est tout le gouvernement qui tombe", écrit le quotidien.

Le chef de la diplomatie indique dans son communiqué avoir mandaté son avocat, Me Jean-Michel Darrois, "pour qu'il engage les procédures juridiques permettant de le démontrer et de faire cesser la diffusion de ces informations fausses et calomnieuses". Le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, qui a promis vendredi d'autres révélations sur un "scandale républicain" après avoir révélé "l'affaire Cahuzac" en décembre, a critiqué l'information relayée par Libération. "Libération perd la tête : (...) il transforme en information une rumeur sur Fabius en prétendant démentir une non-information de Mediapart", écrivait-il tard dimanche soir.

"Faute déontologique grave"

La Société civile des personnels de Libération (SCPL) a également déploré que le journal ait relayé "une rumeur sans fondement", parlant de "faute déontologique grave". "Notre travail de journalistes ne consiste pas à rendre publique une rumeur, mais à enquêter pour savoir si elle correspond à des faits. Ce travail élémentaire n'a pas été fait", écrit-elle dans un communiqué.

En demandant à des banques suisses de confirmer qu'il n'a pas de compte chez elles, Laurent Fabius s'inspire de la démarche effectuée dans un premier temps par Jérôme Cahuzac auprès de la banque UBS. Cette dernière ayant indiqué qu'elle ne donnait pas par principe de confirmation négative, le ministère de l'Économie avait par la suite actionné une entraide administrative avec la Suisse jugée intempestive et partielle par l'opposition politique. La réponse des autorités helvètes blanchissait l'ex-ministre du Budget, à en croire un responsable à Bercy, mais l'enquête de police a accrédité l'idée inverse, conduisant le parquet à ouvrir une information judiciaire.

Invité sur i>Télé lundi matin, le patron du PS, Harlem Désir, a appelé à s'en tenir aux faits. "Cela a été démenti par Laurent Fabius, et Mediapart aussi s'est distancié de ces rumeurs. Il faut s'en tenir aux faits", a-t-il dit. Pour le député UMP Xavier Bertrand, l'affaire Cahuzac "consacre la faillite de cette gauche morale qui donnait des leçons". "L'affaire Cahuzac montre bien aujourd'hui que chacun des hommes politiques doit prendre conscience qu'il y a maintenant une exigence absolue d'exemplarité", a-t-il dit sur France Info.

AFP

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Date de dernière mise à jour : 08/04/2013