L’intervention française au Mali : la France-Afrique est-elle en marche ?

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La France-Afrique est une gigantesque machine destructive imaginée, organisée et savamment exécutée par la France de Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy.

L’objectif principal est de s’assurer le monopole des richesses, des ressources minières et énergétiques des anciennes colonies d’Afrique.Alors à sa guise, la France fait et défait les régimes dans les pays qui avaient eu la malchance d’être colonisés par elle.

Elle propulsait les uns au perchoir du pouvoir et en chassait d’autres chaque fois que ses intérêts sont menacés. Charles de Gaulle avait bien dit que la France n’a pas d’amis ; elle n’a que des intérêts à défendre en Afrique.

Tant pis pour ceux qui, comme Mêka, avaient naïvement cru à une franche amitié franco-africaine.

Des exemples foisonnent qui prouvent combien la France a contribué au retard de ses anciennes colonies par cette pratique d’une sauvagerie extrême. Pendant cinquante ans, on a traité les Africains sans état d’âme, pourvu que les Français vivent heureux. Au moment où nos richesses développent la France, au moment où les Français engraissent des joyaux de nos sols et de nos sous-sols, en Afrique nous croupissons dans la misère et mourons de paludisme faute de soins adéquats.

Au moment où, sur leur sol, les Français foulaient les autoroutes des plus larges et des plus modernes du monde, des sentiers menaient à nos capitales. Au moment où ils améliorent leur système éducatif et leur système sanitaire, au moment où ils se dotent des infrastructures des plus sophistiquées du monde, notre chance d’envol s’amenuise.

Le développement serait-il aussi un luxe pour les Africains ? Au moment où les Français s’expriment librement et choisissent librement leurs dirigeants, la France impose à la tête de nos pays des dictateurs, des corrompus, des démagogues, bref les ennemis de leurs propres peuples qu’elle entretient et maintient au pouvoir tant qu’ils sont ses béni-oui-oui.

Et aux nôtres qui osaient réclamer plus de liberté et plus de démocratie, Jacques Chirac, l’un des farouches défenseurs de l’odieuse France-Afrique, a répondu sans vergogne que la démocratie est un luxe pour les Africains. Ce propos prouve à quel point la classe politique française a cultivé la négation et la haine de l’homme noir.

Trop de victimes étaient faites parmi les nationalistes qui osaient réclamer plus d’humanité envers les Noirs. Ahmed Sékou Touré savait jusqu’où ce système odieux peut nuire.

Son régime avait été l’objet de tous les coups-bas qui n’honorent en rien ceux qui se disent plus civilisés que d’autres. Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance du Togo, Thomas Sankara, le révolutionnaire socialiste à la tête du Burkina Faso et l’opposant camerounais Félix Moumié avaient été sauvagement assassinés. Leur nationalisme leur a coûté la vie. Ils avaient tort d’aimer leurs peuples.

Ils avaient tort de rêver de bonheur à leurs compatriotes au lieu de crier : « La France d’abord ! Vive la France !» Mathieu Kérékou avait échappé à la mort pour avoir osé initier au Bénin le socialisme d’obédience marxiste-léniniste. Qui est-il pour habituer ses compatriotes à insulter la France, à vociférer à longueur de journée : « A bas l’impérialisme ! A bas le colonialisme ! A bas le néocolonialisme ! » ?

Comme une feuille dont on a fini de se torcher, Jean Bokassa, une fois devenu gênant, était remplacé à la tête de la Centrafrique par David Dako. Pascal Lissouba s’était trompé en croyant que les Congolais sont plus propriétaires du pétrole congolais que les Français. On l’a très tôt chassé du pouvoir pour le remplacer par celui qu’il a battu démocratiquement par les urnes : Sassou Nguesso. Laurent Gbagbo a subi le même sort. On le remplaça à la tête de son pays par Alassane Ouattara.

On ne gêne pas impunément les intérêts français dans les anciennes colonies du pays de Jacques Chirac.

Mais Chirac a parlé sans compter avec la détermination des Africains. Ce système destructif qui a longtemps nui est désormais critiqué ouvertement. Chaque fois qu’il y a une élection truquée dans une ancienne colonie de la France sur le continent, la France est aussitôt indexée. La jeunesse africaine a commencé à nourrir la haine de la France.

Les dénonciations des peuples africains deviennent de plus en plus accablantes à la France. La France sachant que ses manigances et ses mascarades sont sues, elle sent la nécessité de mettre fin à cette pratique pour donner une nouvelle orientation à ses relations avec les anciennes colonies. Avant aucun pays francophone d’Afrique ne pouvait choisir de partenaires économiques sans la bénédiction de la France. Mais aujourd’hui les nouveaux dirigeants africains se libèrent de plus en plus.

Ils se réfèrent de moins en moins à cette France dans le choix de leurs partenaires économiques. Ils veulent maintenant un partenariat gagnant gagnant. Par exemple la Chine s’implante davantage dans l’espace francophone d’Afrique et les Français en sont choqués. La France n’a plus à elle seule le monopole de nos richesses.

Elle les partage désormais avec des concurrents de taille. Le phénomène France-Afrique devient de jour en jour un frein dans la coopération de la France avec nos pays. Par conséquent, le système n’est plus seulement décrié par ceux qui en souffrent mais aussi par ceux-là même qui en jouissent. Ainsi tout postulant à la magistrature suprême en France se voit obligé de placer la rupture de la France-Afrique au cœur de son programme politique.

Sarkozy l’avait fait de manière tapageuse mais il n’a pas été moins démagogue qu’un malin politicien. Mais que dire de François Hollande ? Inspire-t-il espoir quant à la mort de la France-Afrique ? A cette question, risquons la réponse par oui. Ce Monsieur ne semble pas rusé comme son prédécesseur. Il semble plus homme de parole que fanfaron. Pour preuve, il vient de décevoir un chef d’Etat africain. Il a refusé l’assistance militaire française à François Bozizé harcelé de toutes parts par les rebelles.

Sa promesse de rompre avec ce triste passé qui n’honore pas la France n’est pas un leurre. Il vient de prouver qu’il n’est pas homme à bluffer. Cette fois-ci, Hollande a changé la donne : l’ère où la France est faiseuse de rois en Afrique est révolue. Les Africains n’ont qu’à désormais régler leurs querelles politiques entre eux. Il a envoyé les militaires français en Centrafrique pas pour écraser la rébellion et renforcer le pouvoir d’un chef d’Etat ami. Les militaires français étaient en Centrafrique dans le but précis de protéger les ressortissants et les intérêts français. Ce n’est pas une intervention française à l’ivoirienne.

Il est donc des Français qui savent tenir parole. Il est aussi des Français, peut-être pas nombreux mais bien éduqués, qui savent que la démocratie est indispensable à toutes les races humaines. Hollande veut et va réellement marquer la différence. Une autre raison qui peut rassurer que la France-Afrique se meurt à l’ère Hollande : la lutte des militaires français aux côtés des soldats maliens. Ce sacrifice, à en croire la classe politique française, est dénué de toute velléité politique.

La France n’est pas présente au Mali dans l’espoir de s’assurer son hégémonie sur le pays. Elle s’y trouve pour lutter seulement contre le terrorisme international. Du moins c’est l’intention affichée et tous les acteurs politiques français s’y accordent. Mais trois questions me taraudent l’esprit. Si la France n’a pas de visées particulières et égoïstes, pourquoi, n’intervient-elle pas au Mali sous la houlette de l’OTAN ? Pourquoi a-t-elle choisi de faire cavalier seul ? Faut-il y voir plus l’orgueil d’une ancienne puissance colonisatrice que la volonté affichée de combattre le terrorisme ?

© L'Evènement Précis : Philippe AKODJENOU

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