JOURNALISTES EXÉCUTÉS AU MALI : HOLLANDE INDIGNÉ, RFI SOUS LE CHOC

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Ghislaine Dupont et Claude Verlon, envoyés spéciaux de RFI au Mali, ont été kidnappés puis criblés de balles dans le nord du pays, près de Kidal.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été enlevés et tués par un groupe armé au Mali. Journalistes à Radio France Internationale (RFI), ils travaillaient comme envoyés spéciaux dans le nord du pays. L’information a été confirmée par le ministère des Affaires étrangères français samedi en fin d’après-midi. «Les services de l’Etat français, en lien avec les autorités maliennes, mettent tout en oeuvre pour que la lumière soit faite le plus rapidement possible sur les circonstances de leur décès», a déclaré Laurent Fabius dans un communiqué . Plus tôt dans la journée, les journalistes avaient rencontré les militaires de l’opération Serval à Bamako et leur avaient demandé de les transporter jusqu’à Kidal, selon le ministère de la Défense. « Conseil leur avait été donné de ne pas s’y rendre, en raison de l’insécurité qui y persiste et de la rivalité des différents groupes qui agissent sur zone », a dit le ministère de la Défense. « En dépit de ce conseil, les deux journalistes ont emprunté un transport de la Minusma pour se rendre à Kidal », ajoute-t-il, précisant que les forces françaises disposent d’une présence « légère et discrète » dans cette ville.

Par la suite, apprenant qu’ils avaient été enlevés, l’armée française a envoyé une patrouille terrestre et deux hélicoptères à la recherche des journalistes, mais n’a établi aucun contact physique ou visuel avec le véhicule des ravisseurs avant de retrouver ce dernier ainsi que les deux corps, a déclaré son porte-parole militaire. Le porte-parole a indiqué que l’armée avait été alertée de l’enlèvement vers 13h15 par un citoyen malien. « Nos forces n’ont eu aucun contact visuel ou physique avec le véhicule des ravisseurs avant de retrouver celui-ci à l’arrêt », a expliqué le porte-parole de l’état-major des armées françaises, le colonel Gilles Jaron. C’est une patrouille terrestre partie à l’est de Kidal qui a trouvé à une dizaine de kilomètres de la ville le véhicule, un 4x4, puis les corps des journalistes qui gisaient à côté de celui-ci, a-t-il dit. Les hélicoptères, partis de Tessalit, sont arrivés 50 minutes après cette patrouille, a-t-il ajouté. Réunion à l’Elysée Le président François Hollande a exprimé samedi soir dans un communiqué son « indignation » après la mort de deux journalistes au Mali et a annoncé qu’il réunira dimanche matin les ministres concernés « pour établir précisément les conditions de ces assassinats ». Le président de la République « a appris avec consternation » leur mort et « exprime son indignation à l’égard de cet acte odieux ». Il « s’associe à la douleur des familles » et « adresse un message de solidarité à toute la rédaction de RFI ». Le chef de l’Etat « réunira demain matin, les ministres concernés pour établir précisément, en lien avec les autorités maliennes et les forces de l’ONU, les conditions de ces assassinats ». François Hollande et le président malien Ibrahim Boubacar Keïta ont affirmé en parallèle leur détermination « à poursuivre et à remporter » le « combat commun contre le terrorisme », après l’enlèvement et la mort de deux journalistes français au Mali. Lors d’un entretien téléphonique dans la soirée, les deux chefs d’Etat « ont marqué leur volonté de poursuivre sans relâche la lutte contre les groupes terroristes qui restent présents au Nord du Mali », selon un communiqué de l’Elysée. Ibrahim Boubacar Keïta a présenté à son homologue « les condoléances du peuple malien, à la suite de l’assassinat des deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ». Le parquet de Paris a de son côté ouvert une enquête samedi après la mort de deux journalistes français de RFI, a annoncé une source judiciaire. Cette enquête préliminaire est ouverte pour des faits d’enlèvement et séquestration suivis de meurtres en lien avec une entreprise terroriste, a précisé cette source. Choc immense La rédaction de RFI est, elle, « sous le choc » après l’enlèvement et l’assassinat de deux de leurs confrères journalistes, selon un communiqué publié samedi. « Toutes les équipes de RFI et du groupe France Médias Monde sont sous le choc, profondément tristes, indignées et en colère, et leurs pensées vont aujourd’hui aux familles et aux proches de leurs collègues et amis », déclarent-ils dans ce communiqué. La journaliste Ghislaine Dupont, 51 ans, et le technicien de reportage Claude Verlon, 58 ans, « deux grands professionnels et spécialistes de l’Afrique depuis de nombreuses années », « rendaient compte sur le terrain du quotidien des Maliens à la veille des élections législatives », explique la radio. Le reportage qu’ils réalisaient s’inscrivait dans le cadre d’une opération spéciale de délocalisation des émissions de RFI prévues le 7 novembre à Bamako. « Cette opération est aujourd’hui annulée », a annoncé la radio.

Criblés de balles Revenant sur les circonstances de ces exécutions, un haut responsable du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, séparatistes touaregs) a expliqué que les corps avaient été découverts à l’extérieur de Kidal. « Quelques minutes après le début de la poursuite des ravisseurs des deux Français, on nous a informés que leurs corps ont été retrouvés criblés de balles à l’extérieur de la ville », a déclaré Paul-Marie Sidibé, préfet de la localité de Tinzawaten, qui est basé à Kidal et se trouvait dans la mairie au moment des faits. Selon une source de la sécurité malienne, les journalistes ont été tués à une dizaine de kilomètres à l’extérieur de la ville.

Ghislaine Dupont et de Claude Verlon s’étaient déjà rendus à Kidal lors du premier tour de la récente élection présidentielle. Selon RFI, les ravisseurs ont envoyé des tirs de sommation et ont forcé le chauffeur des journalistes à se coucher par terre. « Ce dernier a ensuite entendu Ghislain Dupont et Claude Verlon protester et résister et c’est la dernière fois que nos journalistes ont été vus », a dit à Paris un journaliste de Radio France Internationale. « Selon plusieurs sources les ravisseurs se sont enfuis avec nos reporters et ont mis le cap vers Tin-Essako », a-t-il ajouté. « Rentre tout de suite chez toi ! » Les journalistes venaient d’interviewer Ambéry Ag Rhissa, un responsable des rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), chargé de la culture. Ce dernier a confirmé que l’enlèvement avait eu lieu à proximité de sa maison. « Quand il sont partis, j’ai entendu un bruit bizarre dehors, je suis tout de suite allé voir et quand j’ai ouvert ma porte, un homme enturbanné a braqué une arme sur moi et m’a dit « Rentre tout de suite chez toi! », a-t-il dit, contacté par téléphone. « Je n’ai pas pu voir combien d’hommes étaient là, je n’ai distingué que le capot de la voiture des journalistes », a-t-il ajouté. Selon son témoignage cité par RFI, Ambéry Ag Rhissa a vu des ravisseurs qui étaient « enturbannés et parlaient tamachek », la langue des Touareg. Dans un communiqué transmis à l’AFP, le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA, groupe de notables touareg de Kidal) a condamné « avec la dernière énergie l’assassinat de deux journalistes de RFI perpétré ce samedi à Kidal ».,Par ailleurs, le MNLA a dit « mettre tout en oeuvre pour identifier les coupables » et condamné « avec toute la rigueur » ces crimes. C’est la seconde fois en dix ans que des journalistes de RFI sont tués dans l’exercice de leur métier. En 2003, Jean Hélène, correspondant de la radio à Abidjan, avait été assassiné par un policier. Il a récemment été décoré à titre posthume par les autorités ivoiriennes. Ces exécutions arrivent trois jours après le retour de quatre otages français. Mercredi, les quatre ex-otages français du Niger libérés en début de semaine après trois ans de captivité au Sahel étaient rentrés en France, où ils avaient été accueillis par le président François Hollande.

SOURCE : Lesechos

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