Italie : le Berlusconi nouveau est arrivé

Dans un changement radical de stratégie, Silvio Berlusconi adopte une ligne soft après sa condamnation à 4 ans de prison.

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Ce n'était pas vraiment une surprise, mais, en confirmant hier la sentence contre Silvio Berlusconi à 4 ans de prison et 5 années d'interdiction d'exercice de toute fonction publique, la cour d'appel de Milan a mis une hypothèque sur la carrière politique du Cavaliere. Certes, la condamnation pour fraude fiscale ne sera effective que dans un an après le jugement de la Cour de cassation. Mais l'ancien président du Conseil est également inculpé dans un procès pour prostitution de mineure dans lequel il encourt une peine de deux ans. Si les deux sentences sont confirmées, c'est à six années de réclusion que Berlusconi serait condamné, car il perdrait les bénéfices de l'amnistie adoptée par son propre gouvernement. Il serait également contraint d'abandonner son siège de député. À 77 ans, Silvio Berlusconi ne sera pas embastillé, mais il pourrait être assigné aux arrêts domiciliaires.

De nombreux observateurs redoutaient que ce scénario provoque la chute du gouvernement d'Enrico Letta. En effet, en retirant sa confiance à l'exécutif, Silvio Berlusconi a le pouvoir de provoquer des élections anticipées. Alors que tous les sondages le donnent en tête, il peut jouer le tout pour le tout dans les urnes et tenter de redevenir président du Conseil. Une fois élu, il aurait les moyens législatifs d'arrêter les procès.

C'est pourtant un Berlusconi étonnamment modéré qui a rassuré Enrico Letta de son soutien. Alors qu'au mois de mars il avait fait occuper le palais de justice de Milan par les élus du Peuple de la liberté (PDL) pour protester contre "l'acharnement politique des magistrats communistes", il a intimé aux faucons de son parti de faire profil bas devant sa condamnation.

Un changement de stratégie qui ne doit rien au hasard

Silvio Berlusconi est le grand vainqueur de la situation politique actuelle. Alors qu'on le donnait irrémédiablement battu, les élections du mois de mars l'ont placé au centre des jeux politiques. Il a réussi à faire réélire le président Napolitano au détriment de son ennemi, Romano Prodi. Il a obtenu la création d'une "grande coalition" au sein de laquelle il a placé ses hommes, aussi bien dans le gouvernement que dans les postes-clés, comme la commission parlementaire sur la justice. C'est lui qui dicte l'agenda politique, notamment sur l'abolition de la taxe foncière. Enfin, chaque jour qui passe affaiblit davantage un Parti démocrate (PD) partagé entre la nécessité de doter le pays d'un gouvernement et le dégoût de devoir siéger dans le même exécutif que le Cavaliere. Le cabinet d'Enrico Letta est une machine létale pour la gauche.

Berlusconi a toujours un oeil sur ses affaires et son groupe n'a rien à gagner de l'instabilité politique. Au cours des dernières semaines, les actions Mediaset ont regagné 50 %. Pour la première fois depuis des années, la capitalisation de l'empire de "Sua Emittenza" dépasse le montant de ses dettes. Détail non indifférent alors que le Cavaliere, outre la pension alimentaire de son épouse, a été condamné à payer une amende de 500 millions d'euros à Carlo De Benedetti.

Enfin, Berlusconi cherche à se créer une image d'homme d'État responsable. Pour les livres d'histoire, mais également car il ne dédaignerait pas d'être nommé sénateur à vie. Ce titre, accordé aux Italiens qui ont servi la nation, le mettrait à l'abri de ses casseroles judiciaires. Le Cavaliere ne peut donc plus se permettre de diviser le pays en vilipendant la magistrature et en tenant des discours éversifs qui dénigrent les corps constitués. Modéré, respectueux des institutions, dialoguant avec le président du Conseil de gauche, assagi dans sa vie privée : le Berlusconi nouveau est arrivé. Pour combien de temps ?

Le Point.fr

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