Intervention au Mali : la fin du consensus en France

L'union nationale que le président Hollande avait réussi à cristalliser au début de l'opération Serval n'est plus de mise. La politique semble reprendre le dessus. Dans l'opposition mais aussi au sein des partis alliés, des voix discordantes se font entendre pour critiquer l'intervention militaire au Mali, sa supposée impréparation, et l'isolement de la France.assemble.jpg

La décision du président de la République française d'engager, vendredi 11 janvier, l'armée au Mali avait été saluée sans réserve autant par la droite que par la gauche (à l'exception notable du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon dénonçant l'absence de débat préalable). C'était donc quasiment « l'Union sacrée » en France. Epoque désormais révolue. De plus en plus de voix se lèvent pour remettre en cause les choix militaires et stratégiques de François Hollande et de son Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault. Les critiques portent moins sur la nécessité d'intervenir que sur les modalités et les conditions de l'intervention.

A droite : Villepin, Copé, Juppé

A droite, Dominique de Villepin, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, a été l'un des premiers à dégainer. Avant même que s'ouvre le débat parlementaire, celui qui s'était opposé à la guerre en Irak et à la politique anti-terroriste des néo-conservateurs américains a rappelé qu'il était vain de combattre le terrorisme avec les armes. « Jamais ces guerres n’ont bâti un Etat solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les Etats faillis, la loi d’airain des milices armées », a-t-il écrit dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche du 13 janvier. Il a aussi pointé le manque d'objectifs clairs qui, à terme, risque de conduire l'armée française dans une guerre d'enlisement : « Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI sont autant de guerres différentes. »

Un flou stratégique que Jean-François Copé, le président de l'UMP, s'est aussi mis à dénoncer une semaine plus tard sur BMFTV et RMC : « Quels sont les objectifs ? Il faut que le président de la République dise à partir de quels critères il considérera que les objectifs ont été atteints. Est-ce que c'est la lutte contre le terrorisme international. Contre le terrorisme dans cette région ? Est-ce permettre la réunification du Mali ? […] Union nationale, mais questionnement légitime, unité, mais vigilance. »

De son côté, le centristes Hervé Morin de l'UDI, ex-ministre de la défense, a souligné que « la France devait intervenir, mais, non nous n'avons pas vocation à être en première ligne au-delà de quelques semaines au pire quelques mois. » Quant au président du Modem, François Bayrou, il a salué, sur BFMTV, « la détermination » et « la rapidité » de la réaction de François Hollande mais a déploré « l'absence d'une Europe de la volonté, notamment en matière de défense ou de protection du territoire européen ».

A gauche : Mélenchon, Mamère, Joly

A gauche, c'est Jean-Luc Mélenchon, l'ancien candidat du Front gauche à l'élection présidentielle, qui s'est montré le plus virulent : « Nous ne sommes pas le Zorro de la planète », a t-il lancé le 20 janvier sur les ondes de France Inter dans l'émission "Tous politiques". « Beaucoup de points sont très obscures dans cette affaire, a t-il ajouté. Le chef de l'Etat dit que les intérêts de la France ne sont pas engagés : dans ce cas que faisons-nous là-bas ? Car la France n'a pas vocation à intervenir partout, comme l'a dit le chef de l'Etat, où les populations ont besoin.»

Dans la même mouvance politique, Madjid Messaoudene, élu municipal à Saint-Denis en banlieue parisienne, alerte sur les risques d'islamophobie en France. « Cette intervention a permis à des intervenants très divers de remettre le musulman au centre des préoccupations françaises. On ne va pas tarder à nous dire qu'il y avait des Français parmi ceux qui ont mené la prise d'otages en Algérie. Et de là, à faire le raccourci en disant que dans les banlieues ça recrute à tour de bras pour le djihadisme et que chaque musulman est un ennemi potentiel de la République parce qu'on ne sait pas faire la différence entre les musulmans et ces personnes qui se revendiquent djihadistes. On est dans un climat où l'islam n'est pas perçu comme une religion à part entière. On pousse les gens à se refermer sur eux et sur leur religion. »

Chez les écologistes, dès le 16 janvier, le député Noël Mamère a fait entendre sa « voix discordante » , en dénonçant, dans les couloirs de l'assemblée nationale, « la propagande » du gouvernement. « J'entends la propagande, j'entends ce qui est dit par les militaires. Les militaires ne font que répéter ce qu'on leur dit au plus haut niveau. » « Quand on dit qu'on a répondu à l'urgence, a-t-il poursuivi, on a d'abord répondu à l'appel du président malien qui n'est que la marionnette des militaires, lesquels militaires s'apprêtaient à le déposer dans la semaine. Alors qui a-t-on sauvé ? Le président du Mali ou le peuple malien ? […] Nous avons toujours combattu la "Françafrique". Les gouvernements de droite ou de gauche qui se sont succédé n'ont fait qu'aider des dictateurs, des spoliateurs et des corrompus. Nous en payons le prix fort aujourd'hui avec cette intervention militaire. »

Quelques jours plus tard, Eva Joly, l'ancienne candidate écologiste à la présidentielle, lui a emboité le pas en évoquant le risque d'un « remède pire que le mal ». Mais ces mises en cause restent isolées parmi les Verts. Le 20 janvier, le conseil fédéral d'Europe Ecologie les Verts a adopté massivement une motion approuvant l’intervention militaire de la France au Mali, réaffirmant son soutien au parti socialiste.

Quant à l'"opinion publique", elle a été soumise aux inévitables sondages sur la question. La dernière enquête en date, réalisée par l'institut IFOP et publiée en fin de semaine dernière, estimait que 65% des Français soutenaient l'engagement de la France dans la guerre au Mali.

tv5.org

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