ESCROQUERIE : LE « CERVEAU » DÉTOURNE 243 MILLIONS DE FRANCS CFA À LA BEAC

beac-siege201009300.jpgLe Congolais Guy Serges Youlou Kouya, ancien chef de l’émission monétaire et de la circulation fiduciaire au siège de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (Beac) à Yaoundé, est un vrai cerveau. Il a contribué à la mise en place de 80% du système informatique de la Beac. Avant de quitter son poste, il a délesté l’institution d’un peu plus de deux cent quarante-trois (243) millions de francs CFA, grâce à sa maîtrise du réseau informatique et de ses défaillances.

De son bureau, il agissait seul, effectuant des « mises à dispositions. Il s’agit [d’une] opération de versement des sommes d’argent, à la caisse (dans un centre de Beac Ndlr). Dès lors que cette somme est supposée être versée à la caisse, l’agent procède au transfert de cet argent dans un autre centre de la Beac » explique Maitre Sidou Ngapout, avocat de la Beac.

A partir du moment où l’argent est transféré dans un autre centre de la banque, il peut être retiré par le destinataire. Dans le cas d’espèce, une partie de l’opération (versement et transfert) était fictive. En revanche, les retraits étaient réels et profitaient au « cerveau » « il n’y avait pas de versement en tant que tel. C’était un jeu d’écritures. Youlou était en même temps, l’émetteur, le caissier et le récepteur » explique Maitre Ngapout.

D’après celui-ci, soit le cerveau allait au Congo, soit il descendait tout simplement de son bureau, pour aller à la caisse, toucher l’équivalent du versement fictif. Par moment, il utilisait les noms des tiers, pour faire des versements fictifs à leur insu.

Deniers publics

Au terme de chacune de ses opérations frauduleuses, l’accusé retournait dans le système informatique, pour effacer toute trace. Il a opéré ainsi de 2007 à 2010, avant d’être démasqué, début octobre 2010, à l’occasion d’un contrôle interne. Par la suite, Monsieur Youlou Kouya a démissionné. Il a adressé une lettre au gouverneur et au vice-gouverneur de la Beac, pour admettre sa faute et présenter ses excuses. Il a précisé qu’il agissait seul et ne bénéficiait d’aucune complicité.

Sa démission déposée, il a pris l’avion, pour une destination pour le moment inconnue.

Lors de l’audience de 1er Octobre dernier au Tribunal Criminel Spécial(Tcs), le procureur général a expliqué que l’argent en cause constitue des fonds publics dans la mesure où la Beac est une banque multinationale alimentée par les dépôts des six Etas membres. Le tribunal a invité le parquet et les avocats de la Beac à produire les copies certifiées de certains documents présentées comme pièces à conviction, à l’instar de la lettre d’excuse de l’accusé.

Ce n’est pas la première fois que la Beac fait parler d’elle cause des affaires de détournement de fonds en son sein. En 2009, la presse avait révélé, un détournement de plus de dix-neuf (19) milliards opéré à son bureau extérieur de Paris. A ce jour, une seule personne, Roger Kemadjou, Camerounais, a été jugée par contumace à Yaoundé et condamné à perpétuité. Limogé pour « faute de gestion » à la suite de la révélation de ce scandale, le gabonais Philibert Andzembé, gouverneur de la Beac au moment des faits, n’a jamais été inquiété. Mieux, il réclame toujours des indemnisations, alors que les administrateurs de la Beac avaient estimé qu’il ne pouvait y prétendre.

© Source : Kalara

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Date de dernière mise à jour : 12/10/2013