Diplomatie: Le Cameroun abandonne son ambassade d'Italie

Ambassade du cameroun a washington 0 4 cimages s4655 500x378 cache amdabbLes personnels sont sans salaires depuis plusieurs mois. La chancellerie et la résidence sont inhabitables du fait de leur état de délabrement avancé

Si les ambassades sont la vitrine des pays qu'elles représentent, tout Italien est aujourd'hui convaincu que le Cameroun est un pays en panne. Car depuis 2012 en effet, les agents administratifs de l'ambassade du Cameroun à Rome en Italie vivotent dans la capitale italienne. Ceci parce que les salaires sont de plus en plus irréguliers et incertains. Il arrive parfois que les personnels de cette représentation diplomatique du Cameroun cumulent plusieurs mois d'arriérés de salaires. C'est le cas en ce moment où les agents administratifs n'ont pas été payés depuis près de quatre mois. L'heure est par conséquent à la débrouillardise. On n'est plus loin de transposer les pratiques camerounaises pour survivre et joindre les deux bouts. Au détriment de l'image du Cameroun.

Si les personnels diplomatiques et administratifs ont connu une embellie de leurs conditions de travail depuis qu'ils sont dans des installations provisoires, cette situation n'aura été que de courte durée pour les personnels administratifs. Depuis 2012, il y a une incertitude quasi permanente dans le paiement des salaires. Interrogés sur la question, certains employés affirment que leurs difficultés ont commencé dès la nomination de M. Marcel Belinga au poste de payeur. «Là où ce monsieur [M. Marcel Belinga, qui a auparavant été directeur financier au Labogénie] passe les salaires trépassent. Nul n'ignore les grèves qui étaient devenues le lot quotidien des employés de cette structure parapublique à cause des problèmes de salaires. L'ambassade du Cameroun à Rome est aujourd'hui menacée à son tour», fait remarquer un agent.

ARROGANCE

Le phénomène des salaires impayés a fait son nid, sans que cela ne préoccupe personne, même pas l'ambassadeur qui «s'en fout d'ailleurs», pestifère un agent, qui confie que les agents sans salaires tiennent tant bien que mal «et on ne sait jusqu'à quand est-ce que ça va durer». Le problème risque de mettre en péril le fonctionnement de l'ambassade, tant il est vrai que ce sont ces agents administratifs qui font le gros du travail.

Les interpellations adressées au payeur n'ont souvent généré que des réponses arrogantes qui contribuent à envenimer la situation. Joint au téléphone mercredi 13 août 2014 autour de 11 heures pour prendre connaissance de la suite réservée au protocole d'interview datant de 10 jours, le secrétariat de l'ambassadeur demande «d'attendre parce que l'ambassadeur est très occupé en ce moment». Pas de réponse non plus au ministère des Relations extérieures le 11 août 2014 sur le même sujet.

L'ambassadeur, Dominique Awono Essama, arrivé en 2009, n'a pas hérité d'une représentation diplomatique confortablement installée. A l'origine acquises par l'État camerounais, les infrastructures qui abritent cette ambassade n'ont visiblement pas toujours bénéficié de l'entretien nécessaire. Ce défaut d'entretien a progressivement conduit à la ruine totale de l'édifice. Les plaintes des riverains et les multiples missions interministérielles ainsi que le tête-à-tête en 2011 entre Paul Biya et l'ambassadeur n'y ont rien changé. D'où l'option de la location provisoire dont les coûts avoisinent les 15000 euros, soit environ 10 millions de francs CFA par mois.

Les regards des personnels sans salaires sont désormais tournés vers le cabinet civil et pour cause, seule la veille des visites présidentielles a souvent permis le règlement hâtif des impayés. Or, aucun évènement majeur n'est en vue au Vatican dans les mois à venir. On comprend donc pourquoi dans les couloirs de l'ambassade, les agents parlent avec nostalgie et entrain des 2005, 2011 et 2014 respectivement aux occasions des obsèques, de la béatification et de la canonisation de Jean-Paul II. En attendant une éventuelle visite de Paul Biya à Rome, «l'ambassade du Cameroun en Italie est au bord de l'implosion», alerte un agent de cette mission diplomatique.

© Athur L. Mbye | Repères

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