Centrafrique : François Bozizé, ce prisonnier

A l’exception des personnalités de la sécurité et de l’administration présidentielles, l’ex-dirigeant centrafricain n’est pas autorisé à recevoir des visites.

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L’hôtesse d’accueil de l’hôtel Hilton ne semblait pas d’emblée embarrassée hier aprèsmidi, lorsqu’elle nous invitait à aller décrocher l’un des deux téléphones blanc crème posés sur un pupitre à l’opposé du «front office». Quand elle nous voit revenir à elle en un laps de temps, sans mot dire, elle nous tend une feuille de papier et stylo à bille pour rédiger un message à notre éventuel interlocuteur.

«J’ai compris que vous n’avez pas été servi ; vous pouvez écrire votre message», insinue t-elle avec un sourire commercial qui caractérise souvent le personnel d’accueil dans ce type d’établissement d’hébergement. Trois lignes sont écrites sur un format A4, juste pour saluer François Bozizé et lui proposer une visite de courtoisie. La réceptionniste réagit quand elle prend connaissance du nom du destinataire de l’enveloppe : «Je ne vous garantis pas que je ferai parvenir cette enveloppe à son destinataire», prévient- elle. En lui répliquant que ce destinataire a droit d’avoir des relations, la réceptionniste perd de sa superbe. Elle devient subitement incisive et tranchante : «Je n’ai pas ce client dans ma liste», tranche t-elle en nous remettant aussitôt l’enveloppe.

«Vous voulez dire, madame que M. François Bozizé originaire de Centrafrique ne fait partie de vos clients depuis hier soir ?», interrogeons nous. La réponse de l’hôtesse, de plus en plus agacée ne variera pas. Dans le hall de l’hôtel Hilton, la fébrilité est perceptible. Des visages étrangers se déportent sur toute personne qui entre dans ces lieux. Les vigiles souvent prompts à renseigner des visiteurs, ont certainement reçu des instructions pour ne pas parler aux personnes étrangères. Ils regardent plutôt discrètement les toutes personnes qui empruntent ou sortent des ascenseurs.

A l’entrée de l’hôtel, un poste de police a été expressément installé. Les quatre agents qui y sont placés dévident parfois bruyamment, mais toujours le regard posé sur toute silhouette qui franchi la porte dans un sens comme dans un autre. Le parking extérieur de cet hôtel est lui aussi truffé d’éléments de sécurité tant en tenue qu’en civil. Hier, le Hilton ne donnait pas du plaisir à être visité ; il ressemblait à un champ de mines. Cette atmosphère inhabituelle a fait dire à une personnalité qui passait par là qu’ «au Cameroun, on en rajoute toujours même à des choses ordinaires ; le conflit est à Bangui, mais la psychose est à Yaoundé».

Le Cameroun n’a pas la culture d’hospitalité des personnalités de premier plan. Autant des réfugiés de seconde zone peuvent s’établir en toute aise sur le territoire camerounais, autant il ne serait pas donné à un chef d’Etat en difficultés de trouver asile dans ce triangle national. Hâtivement, on recherche donc terre d’accueil à François Bozizé. Par ordre de préférence, le Bénin, le Gabon, le Congo ou le Maroc tendraient des bras à l’ex-président de la RCA. En attendant qu’il s’en aille, son séjour au Yaoundé Hilton hôtel est sans plus ni moins qu’un séjour dans une prison 5 étoiles.

© Mutations : X.M.

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