Cameroun/Centrafrique - Préséance en zone Cemac: Bozizé, l’arme fatale de Biya contre Déby

Avec le retour, la semaine dernière de l’ex-président centrafricain à Yaoundé, le chef de l’Etat reprend la main dans la rivalité sourde qui l’oppose à son homologue tchadien. Idriss Déby Itno a eu son instant de gloire.

On l’a vu à l’œuvre lors du dernier sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) organisé les 9 et 10 janvier 2013. Le président tchadien qui conduisait ces assises de main de maîtres avait pu obtenir le départ de son filleul, Michel Djotodia, le chef des mercenaires de la Séléka arrivés au pouvoir en milieu d’année en Centrafrique. Ce départ analysé dans les chancelleries de la sous-région comme le point de départ de la pacification tant espérée en Rca était jusque là mis à l’actif du président tchadien qui ne cache plus ou cache mal sa volonté de se positionner comme tête de proue parmi ses pairs de la Cemac. Voilà que Paul Biya sort de sa poche la carte Bozizé. L’ex-général qui avait d’abord été en simple transit après sa chute à Bangui avait été installé dans le quartier résidentiel du Golf à Yaoundé avant de disparaître des radars puis… réapparaître en France et même au Kenya.

Pourtant le secrétaire général de la présidence de la République camerounaise, Ferdinand Ngoh Ngoh affirmait que «le président Bozizé a trouvé refuge au Cameroun en attendant son départ vers un autre pays d’accueil». Le Messager qui a appris de bonne source que Bozizé qui revient à Yaoundé à la suite d’un Ok donné à sa demande d’asile introduite auprès des autorités camerounaises avant son départ du Cameroun a également pu établir que le tombeur de feu le président Ange Félix Patassé, a été accueilli par les éléments de la Garde présidentielle et du contre espionnage camerounais. La nature et la composition de ce dispositif d’accueil et d’escorte laisse penser que l’hôte qui n’est pas n’importe qui devrait bénéficier des bons soins de la Princesse. Mais pour quelles fins.

Transit

Dans les allées du pouvoir, une explication revient. Celle du pied de nez à Idriss Déby voulu par le président Biya. Le président tchadien n’a jamais, en effet, voulu que l’ancien homme fort de Bangui séjourne tout près de la Rca et n’a pas manqué de le faire savoir à son homologue camerounais qui a accordé une «hospitalité exceptionnelle » à François Bozizé, violant même les usages diplomatiques au Cameroun qui veut qu’un acteur de premier plan dans un conflit dans un pays étranger ne puisse jouir que de transit en terre camerounaise. L’autre déterminant du retour de Bozizé, fortement soutenu dans le sérail est la participation des cadres du parti du Nkwa na Nkwa dont Bozizé est le fondateur dans les discussions envisagés pour un retour à la stabilité en Rca après l’élection d’un nouveau président de la transition.

En servant de porte avion à Bozizé et ses partisans, Yaoundé entendrait ainsi jouer sa partition dans le retour à une situation tout au moins moyennement normale en Rca. Surtout qu’ après le départ de Michel Djotodia vers les poubelles de l’histoire, François Bozizé redevient « fréquentable ». Ce projet aurait le don, d’après nos sources, de trouver une solution de fond au conflit centrafricain, mais aussi positionnerait Yaoundé comme une des destinations inévitables dans les pourparlers auxquels songent déjà l’ensemble des pays « amis » de la Centrafrique qui œuvrent en ce moment soit par des moyens diplomatiques soit par des voies militaires pour la pacification du pays. Mais une analyse sérieuse de la situation ne peut éluder les risques encourus par le Cameroun dans cette nouvelle opération.

Car jamais, une personnalité de premier plan dans un conflit ou un chef d’Etat déchu n’avait retrouvé une terre d’asile au Cameroun. Même le Général Malloum du Tchad, ami intime du président Ahidjo n’avait eu droit à ce privilège. Idem pour Hissène Habré, Ange Félix Patassé etc. Les différents appels des partisans de Bozizé qui pourraient être diversement interprétés chez les Seléka et leurs sympathisants ou chez les anti-balaka et Cie à travers le prisme de la présence de Bozizé à Yaoundé, n’auront-ils pas d’effets sur la sécurité des populations des régions de l’Est et de l’Adamaoua au Cameroun? Les nouveaux plans de Biya ont-ils intégré cette dimension?

© Rodrigue N. TONGUE | Le Messager

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