Au Zimbabwe, une « farce truffée de fraudes »

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Le président zimbabwéen Robert Mugabe, 89 ans, a été proclamé vainqueur samedi de la présidentielle avec 61% des voix. Mais l’opposition rejette le scrutin et Washington évoque « d’importantes irrégularités ».

Robert Mugabe, au pouvoir sans interruption depuis l’indépendance de la Rhodésie blanche en 1980, a été proclamé samedi par la commission électorale vainqueur du scrutin du 31 juillet au Zimbabwe, un résultat vivement critiqué par l’opposition comme par la communauté internationale. Selon la commission, le président sortant est crédité de plus de 61% des suffrages, contre près de 34% à son adversaire, le Premier ministre Morgan Tsvangirai, qui a qualifié le scrutin de farce électorale et s’est engagé à en contester les résultats devant les tribunaux.

« Mugabe, Robert Gabriel, de la Zanu-PF, est en conséquence dûment élu président de la République à compter de ce jour », a déclaré lors d’une conférence de presse la présidente de la commission électorale, Rita Makarau. Quelques heures auparavant, le candidat du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition), Morgan Tsvangirai, avait rejeté totalement les résultats de la consultation et annoncé que sa formation les contesterait « par tous les moyens légaux ». Robert Mugabe, qui est âgé de 89 ans, est ainsi reconduit pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête du Zimbabwe. La Zanu-PF s’adjuge en outre un peu plus des deux-tiers des sièges au parlement, permettant à la formation de Robert Mugabe d’amender à sa guise la Constitution.

L’UE se dit préoccupée

Validée par les observateurs africains, l’issue des élections n’en est pas moins largement remise en cause par des contrôleurs locaux indépendants, en l’absence d’observateurs internationaux qui n’ont pas été admis dans le pays. Près d’un million d’électeurs, sur 6,4 millions d’inscrits, auraient ainsi été empêchés de déposer leur bulletin dans l’urne. L’Union européenne s’est déclarée samedi « préoccupée » par les accusations d’irrégularités et le manque de transparence de l’élection présidentielle. « L’Union européenne est préoccupée par les irrégularités présumées et les informations faisant état d’une participation incomplète, ainsi que par les faiblesses identifiées dans le processus électoral et le manque de transparence », déclare dans un communiqué la porte-parole de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry est allé plus loin, rejetant la validité du scrutin. « A la lumière des substantielles irrégularités électorales rapportées par les observateurs nationaux et régionaux, les Etats-Unis ne pensent pas que les résultats annoncés aujourd’hui représentent l’expression crédible de la volonté du peuple du Zimbabwe », déclare le chef de la diplomatie, américaine dans un communiqué.

Le résultat du scrutin est « l’aboutissement d’un processus profondément faussé », ajoute-t-il. Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition) de Morgan Tsvangirai a totalement rejeté les résultats des élections. Le rival de Robert Mugabe a annoncé que sa formation épuiserait « tous les moyens légaux » pour contester ces résultats. « Je pensais que cette élection allait résoudre la crise politique. Il n’en est rien. Elle a replongé le pays là d’où il venait », a dit Morgan Tsvangirai lors d’une conférence de presse à Harare.

« Une farce truffée de fraudes »

Le MDC ne participera à aucun gouvernement issu de ce qu’il a appelé d’une « élection frauduleuse, a-t-il ajouté. Quelques heures auparavant, l’un des neuf membres de la commission électorale zimbabwéenne a démissionné en exprimant des doutes quant à l’intégrité des résultats partiels. Mkhululi Nyathi a expliqué son geste par la façon dont cette instance a géré le déroulement des élections, déjà dénoncées comme « une farce truffée de fraudes » par le principal rival de Robert Mugabe. Sa démission et le rejet des résultats par le MDC risquent de relancer d’alimenter la controverse sur la régularité du scrutin tant dans le pays qu’à l’étranger, d’accroître les tensions et d’approfondir la crise politique.

Les opérations de vote proprement dites se sont déroulées sans incident majeur dans ce pays enclavé d’Afrique australe gouverné sans interruption depuis l’indépendance en 1980 de l’ancienne Rhodésie blanche par Robert Mugabe, d’abord comme Premier ministre, puis comme président. « Alors que j’ai espéré tout au long du processus que l’intégrité du scrutin pourra être sauvegardée jusqu’au bout, cela n’a finalement pas été le cas », écrit le commissaire dans sa lettre de démission dont Reuters a pu prendre connaissance samedi. Morgan Tsvangirai, qui a dirigé un « gouvernement de cohabitation » formé sous la pression internationale après les élections tumultueuses de 2008, a d’ores et déjà demandé à l’Union africaine et à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) d’enquêter sur la consultation du 31 juillet

@Direct.cd

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Date de dernière mise à jour : 04/08/2013