Afrique – Face à la percée de la Chine…: La Gauche française veut un retour en force en Afrique

Va-t-on retourner à la case Foccart? Dans les allées du pouvoir à Yaoundé, on pense que non. Mais on redoute qu’avec les nouveaux déterminants de la politique française de l’Afrique qui se dessinent dans le rapport des sénateurs présenté au gouvernement de Jean-Marc Ayrault le 30 octobre 2013, le poids du paternalisme de l’ex métropole coloniale (pour les pays francophones d’Afrique) se fasse plus pesant.

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En tout cas, davantage que ces dernières années où l’idée de la rupture des réseaux françafricains avancée par Nicolas Sarkozy faisait quelques pas. Et cette inquiétude trouve une once de légitimité dans ce bout phrase qui guide les différents exposés des deux parlementaires suscités. « Il faut se départir des préventions postcoloniales et voir l’Afrique comme un élément clé de notre avenir»,insistent-ils. C’est que les 10 mesures du rapport intitulé «L’Afrique est notre avenir» de la commission des affaires étrangères du Sénat inquiète au sein du sérail au Cameroun. Et ce, davantage sur ses aspects économiques qui suggèrent, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique qui annonce en exclusivité ce rapport, que le groupe de travail du Sénat insiste sur la nécessité d’associer les petites et moyennes entreprises (Pme) aux démarches des grands groupes présents en Afrique, tout en appelant à plus de transparence.

«Il est naturel que des grands groupes comme Areva aient toute leur place en Afrique, mais nous avons tout à gagner à plus de transparence», insistent les sénateurs. Car poursuivent-ils, le volet économique est une priorité majeure de l’action de la France qui est à la traîne de la Chine, « devenu le premier partenaire commercial de l’Afrique». Les sénateurs affirment que: «Les Chinois chassent en meutes et nous devons nous réorganiser pour mieux défendre nos intérêts». Livre blanc Mais pour sécuriser ses acquis économiques en Afrique et garantir sa percée ou le retour en force de la France, les membres de la chambre haute du parlement français qui ont sillonné pendant onze mois, plusieurs capitales africaines sur les deniers publics français, appellent à une réflexion donnant lieu à l’écriture d’un livre blanc visant à redéfinir la situation stratégique de la France en Afrique. Mais aussi conserver et surtout renforcer les huit points d’appui militaires français en Afrique (Abidjan, Dakar, Mali, Niger et Burkina Faso -, Libreville, Ndjamena, Bangui, Djibouti et La Réunion).

Les milieux politiques camerounais se montrent par ailleurs inquiets face au vœu des parlementaires français de faire adopter une stratégie régionale en matière de diplomatie pour harmoniser les stratégies mises en œuvre, avec un ambassadeur chef de fil régional. Car les sénateurs proposent «sur le Sahel, par exemple (…) une ambassade chargée de concentrer les informations et les stratégies comme intermédiaire privilégié avec Paris et les autorités locales de la région (…) et de façon similaire en Afrique centrale ou en Afrique occidentale». Et pour mieux goupiller tout cela au niveau de Paris, le rapport préconise la création d’un ministère de plein exercice dédié à la coopération, que les sénateurs appellent de leurs vœux; lequel – concentrerait les budgets et les compétences actuellement écartelés entre le «ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Économie et des Finances», rapporte Jeune Afrique. Mais quelles sont les chances de prospérer de ce rapport?

Plusieurs parlementaires et hommes politiques de l’opposition rencontrés par Le Messager Craignent qu’elles soient grandes. Et ce, parce que le ministère des Affaires étrangères français a suivi de près sa rédaction ou même en raison de la personnalité de l’un des conducteurs de travaux: Jean-Marie Bockel. L’ex secrétaire d’Etat à la Coopération annonçait vouloir, sous Sarkozy, «signer l’acte de décès de la Françafrique». Mais mal lui en avait pris. Puisque sous la pression des Chefs d’Etat africains, il tomba. Mais suivra sa ligne de pourfendeur des rapports alambiqués entre Paris et les capitales africaines francophones.

Son changement de ligne aujourd’hui – quitter sa position qui préconise une distance avec l’Afrique pour celle, subit, d’un réchauffement urgent et rapide – suggèrent à une partie de la classe politique camerounaise que ce rapport servira, peut-être, de roide à la politique africaine de la France pour les temps à venir. On en salira des bribes, certainement, au cours du sommet annoncé Afrique-France à Paris en cette fin d’année. 

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