Afrique du Sud: hommage à Mandela, dépouillé, à hauteur d’homme

Avec le tête-à-tête bouleversant de milliers de personnes avec Nelson Mandela reposant dans son cercueil, le monde a pu mesurer le chagrin, immense mais contenu, d’une Afrique du Sud désormais obligée de vivre sans héros de rechange.

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Vendredi, c’étaient 50.000 personnes qui patientaient, en silence et dans la sobriété, pour tenter de le voir une dernière fois avant son enterrement dimanche. A ceux que les images d’émeutes et de combats de rue durant la lutte anti-apartheid avaient marqué et qui s’attendaient à des déluges d’émotion avec des attroupements désordonnés de gens extériorisant bruyamment leur tristesse, l’Afrique du Sud a offert depuis une semaine le visage d’un pays normalisé. Et celui d’une démocratie laissant chacun libre de rendre hommage à Mandela à sa façon, sur son lieu de travail, à l’école, dans sa paroisse…

Aucun média n’aurait pu rendre compte de la multiplicité des hommages, minutes de silence, hymnes, choeurs, lectures, conférence-débats, rassemblements de vétérans, organisés ici et là. Le “flop” populaire de la grande cérémonie d’hommage de mardi, où environ 50.000 personnes se sont rendues alors que le gouvernement avait réquisitionné quatre stades, s’explique en partie par des raisons pratiques. “Le fait que le stade de Soweto n’était pas plein n’est pas l’indice d’un manque de commémoration ou de gratitude envers Mandela de la part de la population”, souligne Devan Pillay, directeur du département de sociologie de l’université de Witwatersrand, frappé au contraire du caractère absolument unanime de l’hommage. Même ceux qui ont la dent dure et accablent la nouvelle Afrique du Sud telle qu’elle a été mise sur les rails par Mandela, laissant son infrastructure économique intacte mais aussi ses inégalités, “même ceux-là lui rendent hommage”, dit-il.

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Pas de parade à la soviétique

“Autour de moi, je ne connais personne, quand bien même tous s’attendaient au décès de Mandela, qui n’ait pas versé de larmes”, dit-il. Selon lui, la grande erreur a été de ne pas déclarer un jour férié. Une vérité attestée par plusieurs employés interrogés, pompiste, commerçants. Mardi à Soweto, il faisait un temps de chien et la population a été dissuadée par les avertissements officiels sur l’impossibilité de se garer. En fait rien de tel ne s’est produit. Bheki Methula, 38 ans, arrivé à 7h00 au stade, a trouvé de la place sans problème. “Mais je connais beaucoup de gens qui ont été découragés”, dit-il. Plus prosaïquement, souligne la sociologue Lucy Holborn, l’Afrique du Sud est orpheline de Mandela depuis déjà plusieurs années. Le deuil était fait. “Même si cela peut sembler bizarre vu de l’étranger (…) il était comme déjà mort depuis quelques années et l’Afrique du Sud l’avait davantage réalisé que le reste du monde”, ajoute Mme Holborn.

Malade et âgé, retiré du pouvoir depuis 1999, Mandela n’apparaissait plus en public depuis 2010 et se gardait de commenter la politique menée par ses successeurs en vertu du principe voulant que l’ANC ne critique pas l’ANC. Il n’y a guère que sur le sida qu’on l’a entendu, en 2000, indirectement mettre en cause l’immobilisme du président Thabo Mbeki. Les ratés de la cérémonie de mardi, la pluie, sa piètre sonorisation, l’absence d’immense parade à la soviétique, auront finalement offert à Mandela un hommage plus dépouillé, plus simple. Tout sauf une apothéose, mais à l’image de ce qu’il a toujours revendiqué être: un homme et rien qu’un homme.

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