Ayrault : "Un retour de Cahuzac à l'Assemblée serait d'une indécence terrible"

Le Premier ministre a assuré que son ministre de l'Économie Pierre Moscovici ne savait rien des mensonges du ministre du Budget en décembre.

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Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n'a pas mâché ses mots vendredi matin sur RTL à propos de son ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, homme de la rigueur qui, après avoir menti pendant plusieurs mois, a finalement avoué avoir ouvert un compte en Suisse pour échapper à l'impôt."Je ne peux pas faire autre chose que d'appliquer la loi (juridiquement, Jérôme Cahuzac peut récupérer son siège de député, NDLR), mais je dis, franchement, pour l'honneur de la République et son honneur à lui s'il en a, que ce serait une indécence terrible qu'il remette les pieds à l'Assemblée nationale", a lancé le chef du gouvernement. "Et il y a autre chose que je lui ai demandé aussi, car là aussi je dois appliquer la loi (...), j'ai demandé à Jérôme Cahuzac, par décence, de renoncer à ses six mois de traitement, a-t-il ajouté. Je n'ai pas sa réponse, il est maintenant face à sa conscience."

Le projet de loi sur la moralisation de la vie politique, qui sera présenté le 24 avril en conseil des ministres, prévoit une réforme de la loi de 1958 qui régit ce système d'indemnisation des anciens membres du gouvernement. Et sur ce texte qui prévoit aussi la transparence du patrimoine des élus, le Premier ministre a assuré qu'il ne faiblirait pas. "Il y a un besoin de transparence, vous savez bien", a-t-il déclaré à la question de savoir s'il publierait lui-même sa déclaration de patrimoine. "Ça ne me pose pas de problème, j'ai déjà rendu publics plusieurs fois mon patrimoine et celui de mon épouse", a-t-il ajouté. "Quand on exerce une responsabilité publique (...), je crois que la transparence est nécessaire. (...). D'autres pays l'ont fait avant nous et ne s'en portent pas plus mal", selon lui. "Nous irons jusqu'au bout à travers le projet de loi" qui sera présenté le 24 avril, a-t-il renchéri, même s'il a entendu "des craintes de certains élus". "La publicité" sera faite pour les parlementaires, a-t-il promis, et pour les ministres "dès lundi". Seront également concernés à l'avenir les patrons des grands exécutifs locaux, a-t-il rappelé. "De toute façon, si ce n'est pas dans la loi, ceux qui refusent de le faire seront contraints de répondre à une question qui sera posée par l'opinion", a fait valoir le chef du gouvernement.

Soutien à Pierre Moscovici Quant à son ministre de l'Économie Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault a affirmé qu'il "n'avait pas d'information" en décembre sur l'existence d'un compte caché de Jérôme Cahuzac à l'étranger, contrairement à ce qu'affirment certains articles de presse. "J'ai demandé à Pierre Moscovici au mois de décembre quelles étaient les informations dont il disposait, il a dit exactement ce qu'il a dit à l'Assemblée nationale, aux journalistes, aux présidents des commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat : il n'avait pas d'information", a assuré le Premier ministre. Interrogé sur l'envoi d'une mission en Suisse pour enquêter sur un éventuel compte, comme le sous-entendait jeudi l'hebdomadaire Valeurs actuelles, il a répondu : "À ma connaissance, non."

Quant à savoir si Pierre Moscovici a "instrumentalisé l'administration fiscale", Jean-Marc Ayrault a ajouté : "Je ne le crois pas un seul instant. Quand il y a eu cet article de Mediapart (...), j'ai posé les questions à Pierre Moscovici qui n'avait pas d'information et, le 5 décembre, Jérôme Cahuzac s'exprime devant l'Assemblée nationale dans les termes que vous savez, et vous-même, vous avez réagi comme nous : quelqu'un qui parle dans un lieu pareil, c'est qu'il dit la vérité." Interrogé sur l'existence de rumeurs entourant la personne et le passé professionnel de l'ancien ministre délégué au Budget, il s'est encore défendu. Il n'avait connaissance d'"aucune". "Tout le monde dit ça après", a-t-il dit. "J'ai même lu des papiers disant que Jérôme Cahuzac est tellement brillant que ça pouvait être un prétendant sérieux à la succession de Jean-Marc Ayrault à Matignon", a-t-il rappelé. "Et qui écrivait ça ? Des journalistes. Franchement, il faut, avec un peu de recul, arrêter de dire n'importe quoi."

Le Point.fr

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Date de dernière mise à jour : 12/04/2013