Sécurité: La France interdit le Cameroun à la famille Moulin-Fournier

Le jour de sa libération, Tanguy Moulin-Fournier avait indiqué vouloir revenir au Cameroun «très bientôt».

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Aujourd'hui, des voix s'élèvent, depuis le Palais de l'Elysée, pour l'en dissuader. Cette famille française avait été enlevée dans le Parc du Wouaza, au Nord Cameroun, par un groupe se réclamant de Boko Haram. Ils ont été détenus deux mois dans des conditions difficiles, avant de recouvrer la liberté le 19 avril au Nigeria. La recommandation vient de l'entreprise GDF-Suez qui emploie le père de famille, mais, également des autorités françaises. Un retour dans ce pays d'Afrique serait «trop dangereux dans l'immédiat», dit-on des deux côtes. «Ils ont été médiatisés, leur visage sont désormais connus. Sur place, les parents et les enfants pourraient devenir une cible», explique un diplomate qui a suivi l'affaire. Sauf à imaginer une improbable protection rapprochée, reprendre le quotidien dans leur maison de Yaoundé serait une prise de risque, analyse un autre proche du dossier.

Pour le cadre de GDF, sa femme Albane et leurs enfants qui se reposent actuellement en région parisienne, cette recommandation est très douloureuse. Il y a encore quelque jour, selon plusieurs sources, Tanguy Moulin-Fournier affirmait qu'il rentrerait chez lui avec sa famille, même si aucune échéance n'était fixée pour l'instant. "Chez lui": comprenez au Cameroun où, depuis 2011, les Moulin-Fournier ont tissé de solides amitiés, aussi bien avec les Camerounais qu'avec les expatriés. Même si la prise d'otages n'a pas altéré l'amour de la famille pour ce bout d'Afrique centrale, l'entreprise de Tanguy Moulin-Fournier préférerait aujourd'hui qu'il accepte une autre affectation, hors de ce "beau pays", comme il le décrivait lui-même le 19 avril dernier, jour de la libération.

On se rappelle qu'une grande polémique, non dissoute jusqu'à ce jour avait entouré la libération de ces orages français. Selon le quotidien français le Monde, Une rançon de 7 millions de dollars (environ 5,4 millions d'euros) aurait été versée et seize islamistes appartenant au mouvement ont également été libérés par le Cameroun. La chaîne de télévision française i-télé quant à elle, précisait au moment de la libération que les otages avaient d'abord été enlevés par des coupeurs de route au Cameroun le 19 février dernier. Ces premiers ravisseurs étaient favorables à une libération rapide mais, ont ensuite décidé de «rétrocéder» la famille à la secte islamiste Boko Haram. Là, une cellule de négociation composée de notables locaux et liée à la présidence du Cameroun s'est mise en place pour négocier.

Assez vite, rapporte i-Télé, un accord se dessine autour de la libération de 14 membres de Boko Haram emprisonnés au Cameroun. Mais les ravisseurs se ravisent et réclament de l'argent et la libération de deux membres plus importants de leur mouvement. Ce qui a été accepté et a abouti à la libération de la famille Moulin-Fournier, deux mois, jour pour jour après son enlèvement. Un heureux dénouement qui avait suscité beaucoup de questions, car François Hollande avait réaffirmé, quelques jours avant, la doctrine de la France en pareille circonstance: aucune rançon n'a été versée ni par l'Etat, ni par GDF/Suez, l'employeur du père de famille.

De sources officielles nigérianes ont évoqué le versement d'une somme de 1,6 milliard de francs CFA (2,4 millions d'euros) et ajouté que jusqu'à la dernière minute, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, en a exigé le double. Il a finalement accepté de revoir ses exigences à la baisse en échange de la libération de certains membres de son organisation emprisonnés au Cameroun. Le porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma Bakary, Ministre de la communication avait pour sa part déclaré: «Le Cameroun n'a pas payé de rançon.» Les vrais otages dans cette affaire restent, donc la vérité et la vraie version sur la libération des Moulin-Fournier.

© ANATOLE BIHINA | L'Anecdote

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