L’École polytechnique se cherche un nouveau patron

Jusqu’ici, un militaire représentait l’école. Les professeurs espèrent une succession plus apaisée qu’à Sciences Po. Sur le campus de l’école, située sur le plateau de Saclay (Essonne) balayé par les vents, les enseignants ne parlent que de ça, espérant «ne pas assister à une saga affligeante, façon Sciences Po ».

«Mais nous avons pour habitude d’être plus discrets», glisse avec une confiance souriante un professeur. Polytechnique se cherche un nouveau chef. Un décret fixant les nouvelles règles de gouvernance de l’école a paru la semaine dernière au Journal officiel. L’appel à candidatures avec le profil rêvé du nouveau président -un mouton à cinq pattes, forcément- doit paraître ces jours-ci. Une vingtaine de candidats auraient déjà signalé leur intérêt, car ce poste prend de l’importance: le président de Polytechnique, également président du conseil d’administration, va devenir le véritable chef de l’école. Jusqu’ici, c’était le directeur général, un général venant des forces armées, qui la dirigeait de façon continue depuis 1830. La présidente actuelle du conseil d’administration, Marion Guillou -parallèlement responsable de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) jusqu’en 2012-, n’est présente que quelques heures par semaine.

Gouvernance complexe

Son successeur, lui, sera doté de fonctions exécutives qu’il exercera à temps plein. Et sera rémunéré. Il incarnera l’image de l’école à l’extérieur et aura autorité sur le directeur général. C’est une vieille revendication des anciens de l’X qui jugeaient le mode de fonctionnement de l’école obsolète. En 2010, déjà, ces derniers souhaitaient «que l’école soit incarnée par un personnage central, avec une vraie légitimité académique, une vision stratégique et la durée pour lui, comme c’est le cas des grandes universités américaines et de nos écoles de commerce».

D’aucuns considéraient qu’en raison de sa gouvernance complexe Polytechnique n’avait pas fait suffisamment entendre sa voix dans la récente recomposition du paysage universitaire de Saclay. Un ancien affiche surtout sa volonté de voir Polytechnique «se moderniser»: «Nous espérons quelqu’un davantage ancré dans le monde économique et académique…» Sur les 400 élèves de l’école, seuls 70 à 80 se retrouvent ensuite ingénieurs dans les corps techniques de l’État: «Même s’ils représentent la vocation initiale de l’école, son ADN, c’est la portion congrue», observe Laurent Billès-Garabédian, le président de l’association des anciens.

Pour Yves Demay, l’actuel directeur général, le futur président devrait être «un professionnel de l’enseignement supérieur et de la recherche avec une renommée académique importante, un profil scientifique et une expérience à l’international». Avec ses compétences mixtes, scientifiques et de management, Pierre Tapie, directeur de l’Essec et ancien de l’X, est parfois mentionné, «mais ce n’est pas le seul».

Une fois nommé en Conseil des ministres, d’ici à six mois, le mouton à cinq pattes devra aussi offrir une réponse aux critiques de la Cour des comptes .Cette dernière jugeait l’an dernier que la gestion de l’école était «insuffisante» et pointait un manque de diversité dans le recrutement des élèves. La renommée de l’École polytechnique était aussi attaquée: «Sa position éminente apparaît aujourd’hui menacée aux yeux de ses responsables», résultat d’une «stratégie globale qui reste encore à définir pour mieux figurer dans les classements mondiaux».

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