L'agresseur présumé de Clément Méric inculpé, l'intention de tuer pas retenue

Un skinhead de 20 ans, Esteban M., principal suspect dans l'enquête sur la mort d'un militant d'extrême gauche décédé après une rixe survenue mercredi à Paris, a été inculpé samedi pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner.


Trois autres hommes de 19, 23 et 25 ans ont été mis en examen pour violences volontaires en réunion, et une femme de 32 ans pour complicité de violences en réunion. Tous les suspects sont sympathisants du mouvement d'extrême droite radicale Troisième Voie. Clément Méric a succombé jeudi aux coups reçus lors d'une rixe avec des skinheads à Paris mercredi soir, selon les premiers éléments de l'enquête. Quelque 6.000 personnes ont encore rendu hommage samedi au jeune étudiant, à Paris, Toulouse et Limoges. Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a annoncé sa décision d'engager une procédure de dissolution du groupuscule Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).

D'après une source policière, les JNR, composées de 20 à 30 militants, sont le service d'ordre du mouvement d'extrême droite radicale Troisième Voie, qui compte "4.000 sympathisants et 1.000 adhérents", selon Serge Ayoub, ancien chef des skinheads parisiens dirigeant les deux structures. Ce dernier a été entendu vendredi par les enquêteurs. Les cinq personnes présentées à la justice ont toutes "reconnu être sympathisantes" de Troisième Voie, a indiqué le procureur de la République de Paris, François Molins, lors d'un point presse. Seule la femme, Katia, a "reconnu être adhérente", son petit ami et principal suspect, Esteban, affirmant "n'avoir été encarté que 6 mois". Deux jours d'enquête ont établi qu'Esteban aurait porté les coups mortels au visage de Clément Méric.

Pour le procureur, il s'agissait bien d'une "intention d'homicide", thèse non retenue par le juge d'instruction. Le parquet a requis le placement en détention provisoire d'Esteban et des trois autres hommes. Un juge des libertés et de la détention devait en décider dans la soirée. Les "premières conclusions" de l'autopsie ont démontré, selon le procureur, qu'il y a eu une "multiplicité" de coups et que "le décès n'est pas dû à un hématome causé par la chute par terre, mais aux traumatismes crâno-faciaux occasionnés par les coups de poing portés à la victime". "La force et la violence des coups de poing portés au visage de Clément Méric (...), les suspicions d'usage d'un poing américain, et enfin la cause de la mort due à plusieurs coups portés et non pas à la chute consécutive", ont convaincu le parquet d'ouvrir une information pour "homicide volontaire", a expliqué le procureur. Ni l'enquête ni l'autopsie n'ont confirmé, comme l'assure un témoin ami de Clément Méric, l'utilisation d'un poing américain par Esteban, qui soutient "avoir frappé à mains nues" et donné "deux coups", a précisé M. Molins. Deux poings américains ont toutefois été retrouvés chez lui lors d'une perquisition.

La police judiciaire a écarté la thèse du guet-apens, la présence des deux groupes impliqués à une "vente privée de vêtements de marque anglaise" dans le quartier Saint-Lazare, mercredi à Paris, semblant "totalement fortuite". Selon M. Molins, "il apparaît d'abord qu'un ami du groupe de Clément Méric (...) a chambré verbalement un membre du groupe Troisième voie qui se trouvait à l'intérieur de la salle de vente. D'après son audition, il aurait indiqué 'les nazis viennent faire leurs courses'". Les suspects "prétendent avoir répliqué" aux coups qu'ils disent avoir reçus dans un premier temps, a expliqué le procureur.

Il a décrit une "rixe", une "scène de violence avec échange de coups" en s'appuyant sur l'audition de "témoins objectifs" -deux vigiles de la salle de vente- et des personnes impliquées. Aujourd'hui, "il est évident (...) que ceux qui ont voulu cette bagarre sont les nervis, les petits amis de Clément" Méric, a déclaré Serge Ayoub lors d'une conférence de presse. "Il y a un proverbe québécois qui dit 'quand tu mets des claques, attends-toi à en recevoir'. Je crois que c'est l'épitaphe de ce Clément", qui "a voulu faire l'intéressant", a ajouté le dirigeant des JNR et de Troisième Voie.

@AFP

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