France,François Hollande : 45 minutes pour tenter de redonner de l’espoir aux Français

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François Hollande s’exprime ce jeudi 28 mars sur France 2. La dernière émission du même genre, c’était le 9 septembre dernier.

Le moment est important pour un président qui n’a jamais été aussi impopulaire, dix mois après son arrivée à l’Elysée.Sa mission s’annonce délicate. Le chef de l’Etat va tenter de redonner un semblant d’espoir à des Français plus que jamais inquiets quant à leur avenir. Un président dont la cote de confiance est au plus bas, 30% seulement d'opinions favorables.

Selon l’IFOP, une majorité de Français n’a pas l’impression que les choses ont changé depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir. François Hollande va donc rappeler, ce soir, les réformes qui ont été engagées, notamment en matière économique. Séquence explication. A l’heure où les Français doutent de son action, le président va lister tout ce que le gouvernement a entrepris, en premier lieu pour lutter contre le chômage. Dans un second temps, il rappelera le cap qu’il s’est fixé.

Bruno Leroux, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale

« Qu’il ait une parole qui remette tout cela en perspective, qui explique, pas simplement la situation du pays. Les Français la connaissent. Mais ce à quoi nous essayons de répondre aujourd’hui : la mobilisation totale sur l’emploi, les objectifs que nous avons, la façon dont vont se dérouler les années 2014, 2015, celles où nous allons sortir de la crise. Et surtout, rassurer les Français en leur disant que cette politique nous la menons pour eux ». Problème : ce discours d’explication pourrait ne pas suffire à rassurer l’opinion, car cet exercice de pédagogie a ses limites.

Frédéric Dabi, le directeur du pôle opinion de l’IFOP

« Cette volonté de pédagogie se heurte à deux difficultés. Premièrement, l’absence probable d’annonce forte qui permettrait de sédimenter l’opinion publique. Deuxièmement, le sentiment chez beaucoup de Français que le moyen terme ne suffit pas, l’urgence de résultats rapides notamment dans les catégories populaires. C’est dans ces catégories, qui sont les plus touchées face à la crise, que le court terme l’emporte sur un chemin, sur un cap et sur les discours de l’exécutif essayant de dresser une perspective de son action. C’est là que le bât blesse ». François Hollande va ainsi demander aux Français d’être patients.

Il pourrait aussi être tenté de les préparer à de futures réformes impopulaires, sur les allocations familiales, par exemple. Seront-elles fiscalisées, leur montant sera-t-il abaissé pour les ménages les plus aisés ? Ce sont deux des pistes à l’étude. Autre sujet pour le moins épineux : la réforme des retraites. A Dijon, il y a quelques semaines, le président avait commencé à préparer les esprits, promettant notamment de faire sur ce sujet-là, « des choix courageux ».

Dans la majorité, certains commencent à s’impatienter devant l’absence de résultats. Ces élus, qui viennent de la gauche du Parti socialiste, demandent ouvertement un changement de méthode. S’ils sont très minoritaires, ils font néanmoins régulièrement entendre leur voix. Mardi, le député de Paris, Pascal Cherki, s’en est pris directement au chef de l’Etat.

Pascal Cherki, député PS de Paris

« Quand on est le président de la deuxième puissance économique européenne, 16 % du PIB européen, on doit se hisser au niveau, arrêter de jouer petit bras, arrêter ces discours que personne n’entend, que personne ne comprend. 'Le redressement dans la justice, le nouveau modèle français'... cette espèce de novlangue imbitable. Maintenant il faut fixer des objectifs clairs, arrêter avec l’obsession de la réduction des déficits. Tous les pays qui l’ont fait...ça ne marche pas. Alors, quand on est président de la France, on n’est pas conseiller général d’un canton. Donc, on prend la mesure de la situation et on change de braquet ».

Malgré ces critiques, pas question pour autant de changer de ligne. La priorité de l’exécutif reste toujours la réduction des déficits. A droite, la critique est tout aussi virulente contre la politique du gouvernement, pas pour les mêmes raisons, bien sûr. Ainsi, le député UMP Eric Woerth dit ne pas attendre grand chose de l’intervention de François Hollande.

Eric Woerth , député UMP de l’Oise

« Je pense que la France malheureusement va à vau-l’eau, qu’il n’y a plus vraiment de chef de l’Etat et qu’il n’y a plus de gouvernement. On voit bien que chaque jour, une mesure plus incohérente est prise qu’une autre et que tout cela conduit dans la situation dans laquelle on est. C’est une situation socialement dangereuse, économiquement dangereuse, mais c’est une situation dont on risque de payer les conséquences pendant longtemps ». Dans cette ambiance tendue, François Hollande doit parvenir à se faire à nouveau entendre. Une seule émission ne permettra sans doute pas au chef de l’Etat de rassurer ses concitoyens et d’enrayer sa chute dans les sondages. Mais pour Frédéric Dabi de l’IFOP, ce genre d’intervention est utile pour le président, d’autant que François Hollande jouit encore d’une bonne image et que sa parole reste audible.

© RFI : Par Pierre Firtion

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