Hôpital régional d’Ebolowa : Le cauchemar des riverains de la morgue

Fantômes, mauvaises odeurs et corps qui traînent. La vie dans le coin n’est pas facile.

 

Des corps qui traînent dans des véhicules. Parfois exposés à même le sol, en attendant l’arrivée des agents en service à la morgue de l’hôpital régional d’Ebolowa. Ce n’est pas facile de vivre à côté de la morgue, avertit Sandrine Ngo Mandeng, une riveraine. La ménagère fonde son point de vue sur le fait qu’il n’est pas rare de croiser au quotidien des cadavres que les familles viennent déposer à la morgue de l’hôpital. Des personnes pour la plupart, décédées hors de l’hôpital. Un vrai traumatisme pour les riverains. La maison de Sandrine, encore en chantier, jouxte l’entrée principale de la morgue de l’hôpital régional d’Ebolowa.

La jeune dame affirme : « en journée, c’est encore supportable. Mais la nuit tombée, aïe ! J’ai trop peur, je ne peux pas sortir. Je ne sors pas de chez moi à partir de 20h. Je ne rentre jamais tard, je n’ai pas ce courage ». La riveraine se justifie : « je me dis que je peux rencontrer un fantôme en route, une personne qui va disparaître devant mes yeux. Imaginez un peu ! ». La jeune femme ajoute : « même les motos n’acceptent pas se rendre dans ce quartier à une certaine heure de la soirée ». Derrière la morgue de l’hôpital régional d’Ebolowa, ce vendredi 15 janvier 2016, Sandrine n’est pas la seule riveraine à exprimer la peur.

Joël Mbole, couturier, y a passé l’essentiel de sa vie. Et bien qu’il soit natif de ce quartier, il admet lui aussi que « c’est difficile, il faut avoir un coeur solide pour vivre à côté de la morgue ». Le riverain commente alors : « c’est un cauchemar, la vue des cadavres au quotidien. Chaque jour, un véhicule arrive pour mettre le corps à la morgue ». Joël justifie sa résidence dans le quartier par le fait que « le grand-père avait acheté le terrain ici, bien avant que la morgue ne soit construite à cet endroit. Si c’était la location, nous serions déjà partis ». Le riverain témoigne aussi que nombre de ses hôtes n’aiment pas séjourner dans son quartier, surtout à des heures tardives de la soirée. Ils s’impatientent toujours à vite rentrer pour ne pas traverser la morgue à une certaine heure de la soirée. C’est par exemple le cas de ses coreligionnaires de la jeunesse d’action protestante et évangélique (Jape) de l’Eglise presbytérienne camerounaise (Epc), dont il est membre.

Pollution

Le riverain confie que « lorsqu’ils arrivent chez moi pour des séances de prière et de méditation, ils ne supportent pas y rester au-delà de 19h. Alors qu’ailleurs, ils passent plus de temps, parfois jusqu’à 21h00 ». Joël Mbole dit les comprendre car, le couturier lui-même ne s’est pas encore totalement remis du traumatisme à lui causé par une terrifiante expérience vécue dans la nuit du 24 au 25 décembre 2015. Ce soir-là, il revenait d’une virée nocturne. Joël raconte que vers 23h00, « je rentrais seul, un peu éméché. Subitement, j’ai marché sur quelque chose. Quand je me suis retourné pour bien regarder, je me suis rendu compte que j’ai piétiné un cadavre qui était exposé sur mon passage dans l’obscurité, non loin de l’entrée principale de la morgue. La famille était certainement partie à la recherche du morguier. J’ai eu une de ces peurs de ma vie. J’ai sursauté et j’ai pris la fuite ». Depuis ce soir, le riverain dit ne plus prendre le risque de rentrer seul au quartier à une heure tardive.

Les fantômes

Eric Meyong Nna, un autre riverain, s’apprête carrément à déménager avec sa petite famille. Si le conducteur de moto se plaint régulièrement des pleurs en provenance de la morgue, lorsque les familles viennent déposer leurs corps dans la nuit, ce qui trouble fréquemment le sommeil, c’est surtout le problème des odeurs nauséabondes de la morgue qui fait partir le mototaximan du quartier. Eric s’insurge en effet : « les odeurs là ça dérange. En plus, il y a des nouveau-nés dans le quartier qui respirent ces mauvaises odeurs ». La voisine du conducteur de moto témoigne par exemple que « vendredi, 8 janvier 2016, il y a eu comme d’habitude des levées de corps à la morgue de l’hôpital régional d’Ebolowa ».

Elle raconte que, « les morguiers après avoir lavé les cadavres, ont versé cette eau souillée juste à côté de la route, près de nos maisons. Toute la journée, nous nous craignions à force de respirer les mauvaises odeurs ». La riveraine se plaint surtout de la fréquence du phénomène. La voisine d’Eric résignée, admet elle aussi : « on habite ici parce qu’on ne loue pas. Si on louait, on devait déjà partir d’ici ». Les riverains rencontrés vendredi 15 janvier 2016, derrière la morgue de l’hôpital régional d’Ebolowa ont aussi chacun, sa petite histoire à partager sur des phénomènes bizarres dans le coin.

Joël Mbole, natif du quartier, raconte par exemple : « un mercredi du mois d’octobre 2015, un couple est arrivé en soirée au quartier à bord d’un véhicule. Le couple s’est garé non loin de la morgue et s’est rendu au bar d’en face pour prendre un pot. Ils ont bu pour 5 000 FCFA. Après avoir bu, le couple a signifié à la vendeuse qu’il avait un problème de monnaie, qu’il abandonnait le véhicule sur les lieux pour aller chercher l’argent et revenir payer la note dans moins de 30 minutes ». Le riverain poursuit : « l’homme et la femme sont partis et ne sont plus jamais revenus, abandonnant le véhicule sur place.

© Le Jour : Jérome Essian

 

 

 
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