EXTRÊME - NORD : Les femmes contre l’interdiction du port du voile intégral

Elles apprécient peu la mesure prise par le gouverneur.

 

En juillet 2015, au lendemain de deux attentats survenus en l’espace de trois jours dans la ville de Maroua, le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, a dû prendre des mesures pour renforcer la sécurité. Parmi celles-ci, figurait l’interdiction du port de voile intégral, la fameuse burqa. Ce vêtement qui couvre entièrement la tête et le corps dont une grille au niveau des yeux permet de voir sans être reconnu, est prisé par certaines femmes de la région de l’Extrême-Nord, particulièrement les musulmanes du département du Logone et Chari.

Dans cette partie du pays, le voile qu’il soit intégral ou pas, est une identité culturelle à laquelle les femmes ne dérogent pas. D’où l’importance de son port. Mais certaines femmes, vecteurs de l’insécurité, ont aussi jeté leur dévolu sur cet accoutrement pour tromper la vigilance des forces de l’ordre afin de pouvoir commettre des attentats. D’où la décision prise par le gouverneur de contrecarrer ces intentions malveillantes.

L’objectif visé par la décision de Midjiyawa Bakari était de démasquer les éventuels kamikazes qui dissimulent souvent les charges explosives sous leurs voiles. D’ailleurs, au lendemain de la prise de cette mesure à exécution immédiate, les forces de sécurité ont lancé la chasse aux femmes qui portent la burqa. Cependant, la décision du gouverneur, n’étant pas suffisament claire sur les types des voiles interdits, a créé la confusion. A Maroua et Kousseri, des policiers ont été accusés d’avoir pris le prétexte de la mesure du gouverneur pour torturer des femmes qui portaient des voiles non intégrales.

«Il y a eu beaucoup d’abus de la part des forces de sécurité, notamment la police. Certains policiers ont effectué des descentes dans des boutiques, obligeant les commerçants à brûler ou à ranger tous les voiles qui s’y trouvaient. Des femmes ont été violentées simplement parce qu’elles portaient des voiles. J’en ai été victime.

Les policiers et les militaires étaient devenus agressifs à l’endroit des femmes avec les voiles», se souvient Aïssatou Diddi, habitante à Maroua. «Une fois, comme j’étais sortie avec mon véhicule, un policier m’a suivi parce que je portais le voile. On doit vraiment y réfléchir sinon il y aura amalgame et l’islam ne tolérera jamais que la femme se dévoile», poursuit Fadimatou épouse Toukour, présidente de l’Association des femmes musulmanes du Diamaré (Afemdi).

Pour la directrice de la Sar/SM de Maroua, «indépendamment du contexte de l’insécurité ou autre, la femme musulmane doit normalement se couvrir tout le corps. Pour cela, elle peut utiliser soit son voile ou le hijab, tout comme elle peut porter ses pagnes simples pourvu qu’elle se couvre. Mais on ne peut pas empêcher une femme musulmane de se couvrir. Il est vrai que parfois les kamikazes se déguisent en femmes musulmanes, ce qui ne veut pas d’ailleurs dire que ce sont forcément des musulmanes».

RECADRAGE

Victimes des abus, les femmes ont porté cette situation à l’attention du gouverneur. Midjiyawa Bakari a promptement réagi en faisant une sortie sur les ondes de la Crtv radio de l’Extrême-Nord pour recadrer les choses en précisant quel type des voiles est interdit. «Depuis le recadrage du gouverneur, les choses ont changé. Les forces de sécurité ont compris que c’est le voile intégral qui est interdit », se réjouit Fadimatou épouse Toukour, présidente de l’Association des femmes musulmanes du Diamaré (Afemdi).

© L�Oeil Du Sahel : JEAN AREGUEMA

 
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