Cameroun : Un universitaire écrit à Paul Biya

Correspondance à Paul Biya, président de la république du Cameroun.

Paul Biya, président de la république du Cameroun | © PRC

Paul Biya, président de la république du Cameroun | © PRC

EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,

Nous militants du parti politique UNIVERS, réunis en ce premier Congrès de notre parti,

En accord avec les Forces vives de la Région de l’Adamaoua, les élus du peuple de la Région de l’Adamaoua, les Conseillers municipaux dans les communes de l’Adamaoua, les Chefs traditionnels, les enseignants, de nombreux élèves et étudiants, des agriculteurs et des éleveurs, des commerçants, des professionnels de la médecine, des transporteurs, des employés de maison, des sportifs de toutes les disciplines, des personnes sans emploi, des call-boxeurs et des Benskineurs, des bagagistes des gares routières et ferroviaires, des travailleurs du bâtiment, du bois et des métaux et biens d’autres citoyens camerounais.

Réunis ce jour en l’hôtel « Relais » de Ngaoundéré, avons pris la résolution d’adresser à Votre Excellence, cette correspondance, en utilisant des mots que tout le monde peut comprendre ; des mots qui nous viennent du fond du cœur. Nous parlons, non seulement au Président de la République, Chef de l’Etat du Cameroun que vous êtes, mais aussi au Compatriote, au Frère, au Père, au Grand-père et à l’Arrière-grand-père que vous êtes.

EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,

En 1982, le Premier Président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, a posé les bases d’une alternance politique au Cameroun. Quasiment tous les Camerounais ont applaudi pour votre accession à la tête de l’Etat ; une page de l’histoire du Cameroun venait de se tourner ; une autre page, pleine d’espoirs, venait de s’ouvrir.

Cette page, nous la lisons depuis trente-quatre ans.  Deux mots que nous aimions lire sur cette page se sont effacés avec le temps : « Rigueur » et « Moralisation ». Sur la même page, sont désormais inscrits des mots bizarres comme : corruption, détournement de deniers publics, faux et usage de faux, achats des postes des administratifs et politiques ; crimes rituels, églises et sectes vendeuses d’illusions, mépris de la loi, refus d’exécution des décisions de justice, chômage des jeunes, désordre urbain…

Sur la page de votre présidence, toutes les valeurs ont été renversées : l’honnête citoyen est traité d’idiot ; l’escroc est glorifié pour son « intelligence » ; le tricheur est salué pour son « réalisme » ; l’artiste le plus grossier est inscrit au « Panthéon des grands hommes » …

En réponse au « braquage » des finances publiques, fait marquant de l’histoire de votre présidence, vous avez trouvé une solution de saupoudrage en sacrifiant quelques-uns de vos collaborateurs ; ils ont « rendu gorge », sans pour autant rendre compte.

Vous avez décrié l’incompétence et l’inertie des hommes qui font partie de votre système de gouvernance. Ces hommes vous répondent en utilisant un slogan que vous avez vous – même lancé : « le Cameroun, c’est le Cameroun ».

EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Cette inertie dont vous parlez ne vient-elle pas de vous-même ? A 83 ans, on est censé ne plus être dans la gestion des affaires publiques. Les grands penseurs de la Fonction publique ont estimé qu’à plus de 55 ans, on ne peut plus administrer une Région, un Département ou même un tout petit Arrondissent : c’est pour cela que les administrateurs civils prennent leur retraite à cet âge-là.

Un être humain de plus de 55 ans est incapable de bien administrer un Arrondissement au Cameroun. Il est déjà vieux pour l’administration publique ! Au regard de cette vérité implacable, peut-on estimer que l’on peut bien administrer les 360 Arrondissements du Cameroun alors qu’on a déjà 83 ans ? Répondre à cette question par l’affirmative relèverait de la sorcellerie !

Si des voyageurs acceptent que le bus dans lequel ils prennent place soit conduit par un homme de 83 ans, il faut comprendre que ces passagers sont suicidaires ;

Si des patients, dans un hôpital, acceptent qu’un chirurgien de 83 ans les opère ; il faut comprendre que ces malades ont tous envie de mourir ;

Dans nos traditions africaines, un homme de 83 ans ne va, ni au champ, ni à la chasse, ni à la pêche : il dort, il mange, il raconte de belles histoires à ses petits-enfants et arrière-petits-enfants … Il ne travaille plus pour les autres ; ce sont les autres, les plus jeunes, qui travaillent pour lui.

Depuis un certain temps, on entend, ça et là, des citoyens appelant un homme de 83 ans à continuer de travailler, pour plus de vingt millions de personnes. Visiblement, ils ont perdu la raison ! Nous demandons à Dieu de leur pardonner, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Par contre, nous avons des choses à dire à celui qui les envoie faire ces appels à candidature.

EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Pourquoi envoyez-vous vos amis et proches collaborateurs faire des appels à candidature pour vous ? Pourquoi n’annoncez-vous pas vous-même cette candidature ?  Pourquoi le « Dieu » qu’on prétend que vous êtes se cache-t-il derrière ses « créatures » ? La Constitution que vous avez modifiée vous permet d’être candidat ad vitam aeternam ; aucune loi, aucun règlement ne vous empêche de déclarer votre candidature, quand vous voulez et où vous voulez.

De quoi avez-vous donc peur ? Pourquoi cette panique ? Auriez-vous des doutes sur la sincérité de votre dernière élection, celle de 2011, qui vous a pourtant crédité d’une majorité écrasante de plus de 80% ? L’obésité de cette majorité vous gêne-t-elle ? Les textes de votre parti politique font déjà de vous le candidat, sans concurrent, de ce parti-là à toutes les élections présidentielles, anticipées ou non : pourquoi donc cette comédie des appels à candidature ?

EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Chaque chose a son temps ! Le Président Ahidjo a gouverné ce pays ; il est parti de lui-même ; il vous a laissé la place, après vous avoir initié aux choses du Pouvoir politique.

Chaque chose a son temps ! Vous avez déjà fait votre temps ! Laissez la Présidence de la République à quelqu’un d’autre. Nous sommes convaincus que vous n’avez initié personne aux choses du Pouvoir politique ; vous n’avez mis en place que ces « créatures » qui chantent vos louanges à longueur de discours ; Toutes ces « créatures » disent qu’aucune d’elles n’est capable de gouverner le Cameroun ; elles prétendent que vous êtes le seul camerounais né-pour-être Chef de l’Etat ; elles pensent que si vous n’êtes plus Président de la République ; le soleil ne se lèvera plus au Cameroun ; l’air que nous respirons ne rentrera plus dans nos poumons ; le ciel tombera sur le Cameroun.

Nous, avec le parti UNIVERS, sommes convaincus que parmi les camerounais qui ne sont pas vos « créatures », on peut trouver des milliers de compatriotes, compétents et de bonne moralité, capables de diriger le Cameroun. C’est pour cela que nous avons lancé, au cours de ce Congrès du parti UNIVERS, un appel à candidature pour le poste de Président de la République du Cameroun. Dans quelques jours, nous allons recevoir les dossiers y relatif ; après dépouillement, nous retiendrons un candidat en vue des élections de 2018.

Avec tout le respect que nous devons à votre Excellence, Monsieur le Président, nous vous invitons à ne pas être candidat à cette élection de 2018. N’anticipez rien : consommez votre dernier mandat jusqu’au bout. Vous prendrez votre retraite, bien méritée, en 2018.

La retraite n’est pas une sanction ; tout être humain a droit au repos ; même Dieu, après avoir travaillé pendant six jours, a pris un repos le septième jour.

Il y a bien une vie après avoir été à la tête d’un Etat. Nous vous invitons à regarder du côté des Etats-Unis où vivent des Présidents retraités : Jimmy Carter, Ronald Reagan, Bill Clinton, Georges Bush, Georges Bush Junior. En France, vous verrez : Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ; En Afrique, vous avez : Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Jerry Rawling, Amadou Toumani Touré, Alpha Oumar Konaré, Olusegun Obasanjo, Goodluke Jonathan…

Ce sont là de bons exemples à suivre.

Votre destin ne doit pas être comme ceux de Blaise Compaoré, François Bosize, Laurent Gbagbo, Hissene Habré, Hosni Moubarak, encore moins ceux de Mouammar Kadhafi ou de Samuel Doe.

Ne faites pas comme Robert Mugabé, Denis Sassou Nguesso, Paul Kagame, Pierre Nkurunziza, qui entendent s’éterniser au pouvoir ;

Nous vous prions de faire comme vos cadets : Barack Obama, Catherine Samba-Panza, Thomas Yayi Boni : ils ne sont pas candidats aux élections présidentielles organisées dans leurs pays, alors qu’ils sont en ce moment Chefs de leurs Etats respectifs.

Nous, militants du parti politique UNIVERS, réunis en ce premier Congrès de notre parti,

En accord avec les Forces vives de la Région de l’Adamaoua, les élus du peuple de la Région de l’Adamaoua, les Conseillers municipaux dans les communes de l’Adamaoua, les Chefs traditionnels, les enseignants du primaire, de nombreux élèves et étudiants, des agriculteurs et des éleveurs, des commerçants, des professionnels de la médecine, des transporteurs, des employés de maison, des sportifs de toutes les disciplines, des personnes sans emploi, des call-boxeurs et des Benskineurs, des bagagistes des gares routières et ferroviaires, des travailleurs du bâtiment, du bois et des métaux et biens d’autres citoyens camerounais,

Avons pris la résolution de mettre en place, dès ce jour, un mouvement dénommé :

« 2018 : TOUT, SAUF PAUL BIYA ».

Nous vous invitons, par la même occasion, à vous joindre à nous dans ce Mouvement. Si vous le voulez bien, nous vous offrons le poste de Président d’Honneur de ce mouvement.

Au moment où nous déposons cette plume qui nous a permis de vous adresser la présente correspondance, nous prions Dieu Tout-puissant de vous accorder longue vie, en récompense de votre renonciation à une autre candidature à la Présidence de la République.

De notre côté, nous agissons aujourd’hui, et agirons demain, pour que :

Vive la République et pour que Vive le Cameroun.

Ngaoundéré, le 20 février 2016

NKOU MVONDO Prosper,

Elu du Peuple camerounais,

Capitaine politique opérationnel du Parti UNIVERS

Porte-parole du Parti et du Mouvement

« TOUT, SAUF PAUL BIYA »

 
Commentaires (4)

1. hassana (site web) 23/02/2016

Je suis fière de vous Monsieur k'Allah vous protége

2. Vautour 25/02/2016

Va de l'avant cher frère!

3. ben jamel 26/02/2016

Vraiment fière de votre message, tout y est claire et précis, il n'ya que les fous et imbéciles pour ne pas comprendre.

4. Mbokam Leonce 29/02/2016

Que vive la Republique que vive le Cameroun

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