Cameroun : Un système sanitaire exécrable, âmes sensibles s’abstenir

La société camerounaise va mal, dit-on. La crise, présente dans tous les secteurs de la vie sociale, économique et politique, est devenue le lot quotidien. En fait, y a-t-il une vie au Cameroun au-delà de la crise sanitaire ? Malaise et tensions sociales, paupérisation insidieuse, insoutenable inconfort de la vie en ville et en campagne, gestion aberrante des ressources naturelles …

Nous sommes en mars 2016, dans un pays situé un peu au-dessus de l’équateur, en Afrique centrale : le Cameroun. Nous sommes à l'hôpital Laquintinie à Douala, chef lieu de la région du littoral.

C'est l'occasion de montrer les difficultés d'une médecine dont le schéma est imprégné par le modèle occidental, mais qui fonctionne dans les conditions de dénuement total à l’image du pays. Le décalage entre l'image que les patients et soignants ont de la médecine avec le mythe d'un âge d'or colonial et la dure réalité alimente les frustrations et crée des tensions permanentes entre infirmiers et malades.

Dame, Koumaté Monique, 31 ans,conduite ce samedi dans un hôpital public pour accoucher, arrive à l’hôpital ayant déjà perdu connaissance. Elle n’est ni admise à l’hôpital, ni prise en charge, malgré son état critique. Finalement, un médecin vient constater son décès. Dépassé par cet abandon de la part des autorités sanitaires, l'époux de la décédée dépose le corps devant l’hôpital.

La sœur de la dame, dans le souci de sauver les enfants (des jumeaux), procède à une opération à la lame de rasoir et sort les enfants du ventre de la dame. Aux dernières nouvelles, les jumeaux seraient décédés eux aussi et la « sœur accoucheuse » aurait été arrêtée et jetée en cellule. Voilà comment on fonctionne au-dessus du chaudron sanitaire camerounais.

 A l’hôpital Laquintinie, à l’entrée, le patient doit préparer la monnaie. Il est accueilli par une nuée de rabatteurs qui lui proposent de le "guider" dans les méandres de l’hôpital, et qui n’hésitent pas, pour le convaincre de la "qualité" de leur service, à lui faire part de leur propre diagnostic. Ici, tout se monnaie. Un repos médical vous sera proposé par le rabatteur pour la modique somme de 2 000 F CFA ; on peut également vous fournir, si besoin, et contre espèces sonnantes, un document antidaté ou un certificat médical plus vrai que nature… Le rabatteur, véritable cicérone et maître des lieux, vous proposera "son" médecin, qui se trouve être en consultation dans son "cabinet privé". Qu’à cela ne tienne, votre guide pourra vous y conduire, d’autant que ledit "cabinet privé" est situé… dans l’enceinte même de l’hôpital !

Du coup, le médecin vous réclamera des honoraires plus élevés que ceux auxquels vous donne droit votre carnet hospitalier, puisqu’il s’agit d’une "consultation privée"… Sur la somme perçue par ce médecin, une commission sera reversée au rabatteur. Hallucinant… Mieux vaut ne pas avoir besoin d’une hospitalisation de longue durée, car la "chaîne" de faux frais et de commissions diverses ajouterait à votre état un diagnostic supplémentaire.

Devant les mêmes locaux de ces centres de santé, tout se vend. Jusqu’au moindre service. Si le malade décède, juste en face de la grille d’entrée principale de l’hôpital ou du dispensaire se trouve les services de pompes funèbres qui brandissent à la longueur des journées des affiches ventant leurs produits et qui cherchent preneurs dès qu’un cri strident se fait entendre dans la rue.

Des corbillards occupent le parking des usagers à la quête des clients. Tout se passe comme si ces derniers souhaitaient la mort de tous les patients. Paradoxe. Dans ces institutions sanitaires, le médecin est roi et ne vous reçoit que si vous aviez préalablement pris un ticket à la caisse. Quelquefois, le patient est obligé de se rendre dans une clinique privée où travaille le même médecin pour recevoir des soins appropriés.

Dans les salles d’hospitalisation, les meubles coloniaux et les patients se disputent de l’espace. L’infirmier qui assure le suivi de votre traitement ne revient que si vous lui aviez préalablement " motivé " comme ça se dit ici. Les médicaments prescrits ne se trouvent que dans les bureaux des médecins. N’allez surtout pas les chercher ailleurs, vous serez abandonnés à vous-mêmes.

Un autre constat, n’ayez pas surtout mal aux dents car le médecin dispose d’un outil rudimentaire similaire à un marteau et d’une pince de menuisier pour vous arracher la dent cariée. Les rapports sont si tendus qu'il n'est pas rare de voir les personnes souffrantes fuir l'hôpital avant la fin du traitement.

Troisième lieu décrit, un centre de maternité situé dans un quartier populaire ( New-Bell) et qui souffre des mêmes pénuries en moyens. Toutes les femmes en voie d’accouchement doivent avoir sur elles la somme exacte requise avant accouchement. Et l'on est étonné des rapports de confiance qui se nouent entre les futures mères et les sages-femmes. Quelquefois, certaines d’entre elles sont obligées de rentrer en famille avec les risques que cela comporte : accouchements non hygiéniques, sans suivis. Ni les patients ni les soignants ne sont marqués par cette image qui exacerbe les conflits d'un État à la fois "providence" et "défaillant"

Que dire des médicaments vendus à la criée comme des bouts de pains ?

Certains médecins vous conseillent après leur diagnostique d’aller vous procurer des médicaments à vil prix dans la rue. Les fournisseurs ici ne sont que des médecins et pharmaciens de nos hôpitaux publics. Ne cherchez pas surtout ici à lire sur des étiquettes des dates de validité des produits achetés. Tout a été gratté. Les bâtons de manioc, les fruits divers, la cigarette se côtoient désormais sur les étagères les médicaments sans que cela n'émeuve les pouvoirs publics. Là bas ça s'appelle le non contrôlé..


Les drames humains sont devenus l’ordinaire de la relation entre les patients et le secteur hospitalier. Exemple récent. Un homme ayant conduit son épouse à l’hôpital a dû en ressortir, après quelques heures, pour aller chercher les médicaments destinés à soigner son épouse. Pendant qu’il attendait à l’extérieur de la pharmacie de garde un malfaiteur a tenté de lui arracher son porte feuille et l’a poignardé.

Il a eu la force de revenir à son point de départ, l’hôpital, où il est décédé des suites de ses graves blessures. Mort, tout compte fait, parce qu’il n’y avait pas à l’hôpital de médicaments pour soigner son épouse… Des drames comme celui-là, il s’en produit tous les jours dans nos hôpitaux.

Dans ce Cameroun, l’insécurité sanitaire a atteint des sommets. Le pire, c’est qu’on s’y est habitué, imperceptiblement. Toutes les villes et campagnes du Cameroun sont victimes de cette pratique devenue le lot quotidien, devant les yeux inertes de nos dirigeants. Désabusés par des soins douteux et des médicaments coûteux, certains camerounais , les mieux nantis ont choisi la voie de l'étranger, où ils trouvent des structures hospitalières plus modernes et un personnel plus accueillant. 

On ne le dira jamais assez ! N'en déplaisent à ceux qui ne veulent pas voir la réalité des yeux, l’hôpital se veut être moderne, accessible, disponible et sensible aux difficultés des populations les plus vulnérables et les plus riches. Un lieu où on retrouve l’espoir de vie et non un mouroir. Un temple de sécurité et non le lieu par excellence du vol, des détournements, de la cacophonie et d'abandon… Si rien n'est fait pour du moins répondre à ces critères, le Cameroun continuera à fonctionner comme une prison de 475 440 km2 dans laquelle  les déténus sont condamnés à subir ou mourir.

Camer.be

 
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