Cameroun: Paul Biya, un vieux Android

On sent le président de la République de plus en plus en difficulté pour construire un discours adapté à la jeunesse et audible par elle.

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33 allocations pour redire les mêmes choses avec des mots différents à ses « jeunes compatriotes » n’est plus qu’une épreuve de rhétorique, cela devient un exploit d’affronter ce moment alors que les bonnes nouvelles manquent et que chaque année est pire que la précédente.

On voit bien qu’il force le trait avec sa nouvelle trouvaille : l’économie numérique ; et qu’il a dû demander conseil autour de lui peut-être à sa fille Brenda, qui sait ce que « Android » veut dire. Le message à la jeunesse est sans doute la plus mauvaise des trois prises de parole rituelles de Paul Biya chaque année. Pour le 31 décembre, il fait des promesses, que parfois il tient : en 2015, il a annoncé et réalisé la baisse du prix du carburant et l’augmentation des allocations. Lors de ses vœux au corps diplomatique, il se donne un bol d’air de politique internationale, assène des poncifs et revisite les sentiers battus, mais il ne bouge pas les grands équilibres géopolitiques, personne n’en attend plus. Le 10 février, devant les jeunes, il est face à son plus gros échec en 33 ans de règne. C’est son cauchemar.

La jeunesse lui renvoie l’image de ses atermoiements, de ses inconséquences et de sa gestion qui n’a pas réussi à s’adapter aux évolutions du monde. Paul Biya a hérité d’une jeuesse pleine de foi dans l’avenir, patriote et dynamique. En un tiers de siècle, il en a fait des zombies sociaux, des débrouillards, des kamikazes, mais aussi des exilés, volontaires ou non. La société que le Renouveau a construite a généré plus de jeunes que n’importe laquelle avant.

Mais, dans une démarche paradoxale, elle a été progressivement vieillie, pour reposer aujourd’hui sur une gérontocratie qui refuse son droit à la retraite. Notre pays s’est figé dans le temps, comme filmé en timelapse : tout semble être vite allé, mais peu de choses ont bougé. Pourtant réalisateur du film, Paul Biya se réveille au milieu du tournage et ne comprend plus le scénario, mais il veut poursuivre le film.

La rhétorique sur l’économie numérique ne résiste pas à l’épreuve de la réalité. Il n’est pas sûr que le gouvernement mesure seulement l’ampleur du décalage entre l’appropriation par les jeunes des nouvelles technologies et la timide volonté politique que manifeste le chef de l’Etat. Quel ministère est dédié au développement de l’économie numérique ? Le Minpostel, qui a été très actif sur la 3G/4G cette semaine ? Le ministère des Mines, de l’industrie et du développement technologique, qui préfère les mines ? Le ministère de la Recherche scientifique et de l’innovation, qu’on oublie souvent ? Ou le ministère de la Communication, trop occupé à polir l’image du Président ?

Le discours présidentiel reste sans répondant concret, hors-sol et l’économie numérique reste un effet de mode. Régulièrement, un membre du gouvernement publie un communiqué pour regretter les faux comptes créés avec son nom, et est presque fier d’annoncer qu’il ne possède aucun compte Facebook ni d’aucun autre réseau social. Il ne sait donc pas ce que le million de Camerounais de Yaoundé et de Douala titulaires d’un compte Facebook véhiculent sur ce réseau social. Comment Paul Biya entre-t-il en contact avec les jeunes de son pays, plus des 3⁄4 de la population ? Il ne reçoit ni les associations de jeunes, ni le conseil national de la jeunesse créé par le gouvernement, ni les jeunes de son parti le RDPC.

Il ne se rend à aucun événement organisé par ou pour les jeunes. Il refuse d’abaisser la majorité électorale à 18 ans et exclut plusieurs centaines de milliers de Camerounais, assez vieux pour se marier et pour être jugé et condamné mais pas pour voter. Dans ses gouvernements successifs, il a fait peu de place à des Camerounais de moins de 40 ans. En fin de compte, Paul Biya se méfie de la jeunesse, il la craint mais il sait qu’il a besoin d’elle pour continuer à diriger le pays. Qu’il se force le 11 février 2017, en invitant 100 jeunes, dix par Région, à un dîner-débat au palais de l’Unité. On y verrait alors les Arthur Zang, William Elong, Francko et bien d’autres partager avec le président de la République leurs problèmes et leur rêve pour le Cameroun.

Parfait N.Siki

237online.com

 
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