Cameroun: L’ancien directeur général de Thalès poursuivi pour 175 millions

Jean Claude Fabre est accusé d’avoir détourné cette somme entre 2006 et 2012 en complicité avec une prestataire.

Cet argent public était destiné à la fourniture et à l’établissement des cartes nationales d’identité.  
L’audience du 5 janvier 2015 au Tribunal criminel spécial (TCS) était assez particulière. Un ancien colonel de la gendarmerie française, Jean Claude Fabre, est accusé de détournement en coaction avec Marie Gondang, propriétaire d’un établissement de fourniture de matériels informatiques, de la somme de 175 142 100 francs CFA.

La toute première audience de cette affaire s’est ouverte, en l’absence des deux mis en cause, déclarés en fuite et faisant l’objet d’un mandat d’arrêt valant inculpation. Seul, leurs avocats, Me Pierre Alexis Bayebec, qui défend les intérêts de Mme Gondang, et Me Romain Kail, venu de France pour représenter Jean Claude Fabre, étaient présents à cette audience.

En remontant le cours de cette affaire, on en vient au contrat entre Thalès security systems, filiale du groupe Thales au Cameroun, et la Délégation générale à la sureté nationale (DGSN). Depuis 1995, Thalès security systems dont le directeur est Jean Claude Fabre est sous contrat avec la DGSN pour la fourniture et l’établissement des cartes nationales d’identité, des cartes de séjour et des cartes de résident. Pour l’exécution de ce marché, Jean Claude Fabre s’est attaché les services des établissements Gomas, dont la propriétaire est Marie Gondang, pour la fourniture en matériel informatique. Mais l’affaire, elle, commence entre 2006 et 2012.

L’Agence nationale d’investigation financière (Anif) constate « d’importants mouvements de fonds effectués sans justificatifs par le site Thalès Security Systems au profit de Gondang Marie et de ses établissements Gomas ». Une enquête est ouverte. Les fins limiers de l’Anif découvrent que Jean Claude Fabre, qui reçoit des fonds du ministère des Finances en sa qualité de partenaire technique de la DGSN, « a payé par chèque et par divers virements à son employée Gondang Marie au titre de règlement de diverses prestations la somme de 175 142 100 francs CFA sans justificatifs ». A cet effet, souligne le juge d’instruction, « l’affectation de ses fonds s’assimile à un détournement de deniers publics ».

Cette affaire telle une eau calme est très profonde et parsemée de nondits. Le plus intéressant étant qu’en décembre 2014, la DGSN décide de rompre brusquement et avec effet immédiat le contrat avec la firme Thalès Security Systems. Thalès estime que c’est une rupture abusive et n’entend pas rester là. « La meilleure défense étant l’attaque, l’Etat du Cameroun décide alors de contrecarrer en instituant cette procédure devant le Tribunal criminel spécial. Une procédure qui nous semble légère », confie Me Pierre Alexis Bayebec.

Une autre curiosité de ce procès est le fait que les accusés, Jean Claude Fabre et Marie Gondang, aient été déclarés en fuite alors « qu’ils n’ont jamais été notifiés ou convoqués », s’insurge Me Pierre Alexis Bayebec. Y aurait-il une demande d’extradition ? Connaissant les répercutions diplomatiques que cela impliquerait, la question reste posée. La suite de ce procès nous dira davantage. Prochaine audience le 2 février prochain.  

237online.com

 
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